‹ Lettres sur la RussieChapitre 80 sur 156 · X. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA · texte numérisé non relu

X. — DE SAINT-PETERSBOURG A ODESSA

tie ces idoles contemporaines da vieil Eson. Elles ont été trouvées dans la steppe voisine. Quand le petit propriétaire n'est ni un avare ni un ivrogne, des relations, empreintes d'une patriarcale bonhomie, s'établissent entre lui et ses paysans. M'^* K., par exemple, est la parraine de tous les enfants du village, qui paraissent l'aimer comme une mère. Chacun s'empresse autour de json fils, le professeur de Moscou, qu'on n'a pas vu depuis plusieurs années dans le village, et^ au départ, c'est à qui viendra l'embrasser. Les paysannes ne sont .guère jolies. En voici une cependant, une jeune mariée de seize ans à peine, qui a la physionomie placide et douce, les yeux bleus innocents et limpides d'une vierge. Son cou est entouré de verroteries; elle porte .isur la tête un drôle de bonnet d'une étoffe damassée, ^on jupon court laisse voir une jambe bien faite^ elle a des bas, elle est charmante ! Son mari est un robuste .gaillard, au teint bruni, à la moustache fine, à la physionomie ouverte et fière, un vrai descendant des libres eosaques qui défendaient jadis leur indépendance avec une si vaillante énergie. Il porte le bonnet de peau de ^mouton noir, la chemise rouge, le gilet sans manches, .le pantalon bouffant dans les grandes bottes, qui ^forment le costume national.

Encore un détail. Sur le devant des isbas s'étend un rebord en terre qui est le banc aux commérages. Les paysans, sans oublier les paysannes, ont des jaseries intarissables. Le propriétaire en est le siget ordinaire.

Les paysans le jugent avec un tact très on et une critique impitoyable. Ils n'estiment que médiocrement celui qui fait de la popularité ; en revanche, ils sont pleins de déférence et de respect pour le propriétaire qui tient bien son ménage, autrement dit qui déploie, dans la gestion de son exploitation, de Tordre et de Téconomie, — deux qualités qu'ils apprécient d'autant plus qu'elles sont, hélas ! plus rares chez eux. Mais, en somme, il y a une opinion publique au village, et, pour le grand pomeschik comme pour le petit, elle est déjà, dans une certaine mesure, un stimulant et un freiu. Dans la Petite-Russie surtout, où le servage est d'institution récente, il est dangereux de braver ouvertement ses arrêts, et les excès de l'oppression y ont amené plus d'une fois des explosions redoutables. La rébellion était étouffée sans doute, les rebelles expi-> raient sous le knout ou étaient envoyés en Sibérie; mais à la place de l'habitation seigneuriale on n'apercevait plus qu'un monceau de ruines recouvrant des os calcinés. La loi de Lynchavait fait son œuvre de justice et de vengeance.

M""* K... possède un joli jardin, chose rare dans la steppe où les vrais pomeschiks s'en tiennent, de père en fils, aux moutons et aux blés. Les cerisiers ^ les pom<» miers, les noyers, les groseillers y sont de la plus belle venue. Un propriétaire du voisinage en a planté un qui remporte encore sur celui de M°" K... C'est une vraie merveille. Cependant lôs vrais pomeschiks n'en pr^a^

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