X. — DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA
dent pas moins que les arbres ne poussent pas dans la steppe et que les fruits n'y sauraient mûrir. Ce sera malgré eux, et en maudissant les novateurs, qu'ils se résigneront un jour à s'asseoir à l'ombre de leurs arbres et à manger les fruits de leurs jardins. Je m'appuie sur lin tronc d'arbre pelé, dans le jardin de M"*K... Il en sort un bourdonnement formidable. Ce tronc pelé est une ruche. La flore parfumée de la steppe fournit une matière première exquise aux abeilles, qui en tirent un miel délicieux. Pendant l'hiver, on remise les ruches dans une cave. Je vais encore visiter un énorme tumu^ lus qui fait partie de la propriété de M"** K... On n'y a point fait de fouilles. Il renferme, selon toute apparence, quelque tombeau de chef scythe, avec des armes et des poteries grossières. On trouve aussi des objets précieux dans les tumulus; mais en général ces objets ont tentée à une époque déjà reculée, les archéologues errants des steppes, et ils sont devenus rares. Nous quittons enfin ce modeste village où nous nous réconcilierions avec le servage si la bienveillance pouvait suppléer à la liberté, et nous retournons à Alexandrosk, d'où notre bateau part le lendemain. La steppe, avec son horizon infini, son immense tapis vert qu'émaillent par larges plaques des fleurs rouges, jaunes et bleues, ses tumulus, ses meules de foin quadrangulaires, ses campements de moutons, ses avrotschkis, ses lézards, ses corbeaux, ses pies et ses vautours, se déroule de nouveau h nos regards. Nous la traversons rapide-
ment, et nons passons encore nne demi-journée à Alexandrosk.
Cette petite ville, avec la colline allemande do Schônwiese, qui en est séparée par la Noya-Moscowka, est devenue le foyer d^une certaine activité, depuis que la compagnie de navigation de la mer Noire j a établi sa dernière station sur le Dnieper. Son avenir s^annonce plus brillant encore. Le chemin de fer de Moscou à Théodosie doit s'y raccorder avec la navigation du Dnieper, et, à une centaine de verstes de distance, le bassin houiller de Backmquth que j'entends comparer pour la richesse à celui de Newcastle, viendra déverser dans ses futurs embarcadères d'innombrables charge* ments de diamant noir. Aussi les terrains sont-ils en hausse à Alexandrosk, et les Druses de la propriété commencent-ils à y égorger avec une indescriptible férocité les Maronites de la location. Des maisons en clayonnàge a^ec couverture en chaume, qui ont coûté 600 roubles à bâtir, se louent à raison de 200 roubles. Un conducteur des travaux de la grande compagnie des chemins de fer paye, dans la colonie allemande, à raison d'un rouble par jour, la jouissance de deux chambres à peine meublées. Il serait logé à meilleur marché au grand hôtel du Louvre ! Cependant, je prie M. Alexandre Weill — ce vaillant défenseur des locataires opprimés, — de ne pas trop se hâter d'appesantir son bras sur les propriétaires d' Alexandrosk. Cette cherté excessive des loyers peut s'expliquer, voire