X. — DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA
même se justifier par des raisons économiques. Il y a peu de temps encore, Alexandrosk n'était qu*uii grand village dépourvu de toute activité commerciale et ne possédait pas même une auberge. Tout à coup des emr plojés de la grande compagnie des chemins de fer viennent s* j cantonner et la compagnie des bateaux à vapeur du Dnieper y établit une station. Voilà donc une demande de logements qui s'improvise. Les propriétaires se résignent à se loger plus à Tétroit pour tirer parti de leurs immeubles. Mais ils se font naturellement payer la gêne qu'ils s'imposent, et comme il y a plus de locataires que de logements, ils se la font payer cher. Jusque-là, rien que de parfaitement conforme aux loi$ économiques. — Soit! — dira peut-être M. Alexandre Weill ; mais comment se fait-il que la xsoncurrence n'ait pas agi ensuite pour mettre l'offre des logements en harmonie avec la demande? Com-r ment se fait-il que les innocents locataires d' Alexandrosk aient continué, à l'instar de ceux de Paris, de Bruxelles et d'ailleurs, à être égorgés par ces affreux propriétaires? — Ceci tient, cher M. Weill, à deux sortes de causes, les unes générales, les autres spéciales.
Les causes générales, les vqici : elles résident dans les charges, les entraves, formalités et vexations particulières qui atteignent la propriété immobilière. Un homme qui veut bâtir une maison est obligé d'abord d'en soumettre le plan à l'autorité et de se résigner à
subir les restrictions et servitudes diverses qu'il plaît aux auteurs, — naturellement infaillibles, — des règlements sur les bâtisses de lui imposer; il est obligé ensuite de payer de lourds impôts, sauf à se les faire rembourser par ses locataires; à quoi il faut ajouter que la loi protectrice du locataire, réputé innocent et digne de pitié en sa qualité de débiteur, tandis que le propriétaire est considéré par elle comme un être malfaisant et dépourvu d'entrailles en sa qualité de créancier; à quoi il faut ajouter, disons-nous, que la loi accorde à ce locataire infortuné une ibule de facilités pour se soustraire à l'obligation désagréable de payer son terme ; qu'elle exige une série de formalités peu expéditives mais coûteuses pour permettre au. propriétaire barbare de ne point le loger gratis ; enfin, lorsque ce tyran avide, las des ennuis du métier, veut se débarrasser de son immeuble, il est obligé de passer par les mains d'une corporation privilégiée qui ©e travaille pas pour rien, et de payer un droit de mutation qui équivaut à un bon nombre de p. c. de la valeur du sus^ dit immeuble. Autrefois, lorsque les débouchés ouverts au placement des capitaux étaient rares et peu sûrs, les gens qui estimaient avant tout la sûreté du placement et qui aimaient à avoir l'œil sur leur propriété, se résignaient à subir ces formalités et à supporter ces charges, sans exiger une trop forte prime pour les couvrir. Mais depuis que les valeurs mobilières se sont multipliées, depuis que les Etats ont commencé à comprendre que
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