X. — DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA
les banqueroutes sont de mauvaises spéculations pour les gouvernements aussi bien que pour les particuliers, depuis que les banques, les assurances, les chemins de fer, les entreprises industrielles demandent à leur tour des capitaux, sous forme d'actions. ou d'obligations, en payant pour la plupart exactement de jolis termes à leurs actionnaires ou à leurs préteurs, les capitaux se sont portés avec moins d'empressement vers les bâtisses; et quand ils s'y portent, c'est à la condition d'être grassement dédommagés pour les gènes, les vexations, les ennuis, les charges maintenant exceptionnelles de ce genre de placement. Que si vous ajoutez encore à cela l'interdiction de fonder des sociétés anonymes pour exploiter l'industrie du logement et le déplacement devenu plus facile des populations, attirées trop souvent d'une manière artiâcielle sur certains points privilégiés du territoire, vous aurez un aperçu des causes générales qui agissent aujourd'hui pour renchérir les loyers. A ces causes, il ne faut pas non plus oublier de joindre la vindicte publique que vos vigoureux pamphlets s'efforcent d'attirer sur la tête de ces affreux propriétaires, ô monsieur Weill. Car si l'on traite les propriétaires comme des négriers, il faudra bien qu'avec les inconvénients du métier ils en aient les profits, et qu'à leur tour ils traitent leurs locataires comme des nègres. C'est ainsi que, sans le savoir et sans le vouloir, vous contribuez à augmenter la férocité de ces vampires et à aggraver le sort de leurs victimes, ô M. Alexandre
Weill. Voilà pour les causes générales de renchérissement des loyers.
Voici maintenant pour les causes spéciales qui concernent Alexandrosk. G*est, d'une part^ la cherté des matériaux et du travail : les briques se payent à raison de 13 roubles le mille, la journée du maçon à raison d'un rouble et davantage; c'est, d'une autre part et surtout, la centralisation... On me cite une dizaine de propriétaires ou de capitalistes qui ne demanderaient pas mieux que de bâtir des maisons pour profiter du haut prix des loyers, mais qui sont obligés d'attendre jusqu'à ce que le nouveau plan de la ville soit revenu de Pétersbourg. Car c'est à Pétersbourg que l'on perce les rues de la Russie entière, ce qui fait que toutes les villes et toutes les rues ont l'avantage de s*y ressembler; résultat immense que la centralisation seule pouvait procurer ! L'empereur Nicolas, grand amateur de l'uniforme et de l'uniformité, y veillait en personne, et pendant trente ans, on n'a pas percé en Russie une seule rue sans lui en avoir soumis le plan. Quand la direction proposée ne lui plaisait point, il en indiquait une autre avec l'ongle de son pouce, et personne ne s'avisait bien entendu d'y trouver à redire, car l'empereur était infaillible jusqu'au bout des ongles. A la vérité, la raie n'était pas toujours bien marquée, et la plume administrative qui la passait à l'encre pouvait se tromper de chemin, surtout quand la voie était obstruée par quelque obstacle métallique. Voilà pourquoi les maisons