‹ Lettres sur la RussieChapitre 85 sur 156 · X. — DE SAINT-PBTERSBOURO A ODESSA · texte numérisé non relu

X. — DE SAINT-PBTERSBOURO A ODESSA

Ion rosse flotte encore sur les mers. Cette compagnie reçoit une large subvention pour faire concurrence au Llojd autrichien j aux messageries impériales françaises et aux bateaux turcs. Gomme toutes les compagnies subventionnées, elle en prend un peu à son aise : elle a un nombreux personnel, vêtu d'un joli uniforme à moitié militaire, à moitié civil, elle multiplie les formalités et les paperasses pour occuper les bureaucrates que son tout-puissant commanditaire lui expédie de Pétersbourg, et c'est toute une afifaire de prendre un billet de passage sur ses bateaux. Le billet en question est émaillé d'une foule de prescriptions, injonctions et in« terdictions, et il y a deux ou trois signatures à donner pour l'avoir. Mais les employés sont fort polis, et le ser» vice se fait avec bonhomie.

La compagnie a fait explorer le Dnieper et elle a dé« couvert que ce beau fleuve est capable de porter autre chose que de mauvaises barques et des trains de bois. Elle y a établi un service de navigation qui fonctionne d'Odessa jusqu'à Alexandrosk, pendant six mois envi-' ron, d*avril en octobre, et qui est ensuite interrompu par la gelée ou le manque d'eau. Le Dnieper laisse assurément fort à désirer comme canal de navigation» Traversant, dans la plus grande partie de son cours, un pays déboisé, il a un volume d'eau essentiellement va-* tiable et inégal. Au moment oii noUs sommes, il a dé-» bordé sur une étendue de plusieurs verstes : une bonne partie de son imimense vallée est sous l'eau; dans d'au*

très moments, son lit est presque desséché. En un mot, le Dnieper est demeuré tel que la nature Ta fait : c'est un âeuve à Tétat sauvage.

Je m'embarque dans une petite crique peuplée de moustiques altérés de sang, dont on se préserve en se coiffant d'un filet goudronné. Notre bateau se nomme le Boltcnm^ en français le Blagueur, un nom peu rassurant! et nous voici en route pour Odessa. En temps ordinaire, le Dnieper à deux fois la largeur du Rhin. Il est tout parsemé d'iles qui occupent le milieu de son lit. C'est au point qu'on croirait voir deux fleuves entrelacés. Nous sommes au moment de l'inondation. Au delà des épaisses rangées de saules qui bordent le lit du fleuve et dont on n'aperçoit plus que les sommets, les eaux débordantes ont formé de vastes lacs. La vallée est entourée de collines basses, au delà desquelles s'étend la solitude infinie des steppes. D'intervalle en intervalle, on rencontre un village sans arbres : c'est un village russô. Ou bien encore, plus rarement, un village avec arbres : c'est une colonie allemande. Le fleuve est presque désert. Par-ci par-là une barque de pêcheurs ou un train de bois. Une fois ou deux, nous nous croisons avec un bateau à vapeur qui remorque une barge ^ En revanche, il y a abondance de cygnes, de hérons et de canards sauvages, sans parler des bandes innombrables d'hirondelles marines qui rasent les eaux. Au dessus de aes oiseaux pécheurs, dans les régions supérieures de l'air, planent les aigles et les vautourç, qui

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