‹ Lettres sur la RussieChapitre 86 sur 156 · X. — DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA · texte numérisé non relu

X. — DE SAINT-PÉTERSBOURG A ODESSA

yiennent de temps en temps pêcher les pêcheurs. Nous faisons, grâce aux grandes eaux, 25 verstes à l'heure, et nous pourrions être en une journée à Odessa : n^s les stations sont interminables.

Nous n'arrivons qu'au bout de deux jours à Cherson, prés de la naissance du Liman, sorte de golfe où le Dnieper vient se jeter. Cherson, chef-lieu du gouverne^ meut de ce nom, est situé sur une côte élevée de la rive droite du Dnieper. Ses rues, où les maisons en pierre alternent avec les huttes d'argile, sont bordées d'acacias en Heurs. Il y a un jardin public, et dans ce jardin une statue en bronze de Potemkin. Nous passons à Cherson une nuit resplendissante d'étoiles, sur les conûns de deux immensités, celle des steppes et celle des eaux; puis, le lendemain de bonne heure, nous échangeons notre Boltoim, qui a tenu plus que son nom ne promettait, contre un bateau de mer, le Nicolateff.

A partir de Cherson, les rives deviennent de plus en plus basses et leur aspect rappelle la Hollande sans les Hollandais. Nous ne tardons pas à entrer dans le Liman, qui nous paraît avoir 10 ou 12 verstes de largeur, et dans lequel nous naviguons pendant 3 1/2 heures. Vers le milieu, nous remarquons une énorme échancrure : c'est l'estuaire du Boug. La ville de Nicolaïeff, qui possède de vastes chantiers de construction, mais qu'il n'est pas question de transformer en un nouveau Sébastopol, est située un peu plus haut. Nous sortons du Liman, dont les rives se rapprochent à sa nais-

sance; nous laissons à notre droite la forteresse d'Otchakoff, enlevée aux Turcs par Souwaroff, à notre gauche celle de Kinboum, qui eut à soutenir, dans la dernière guerre, Tattaque des flottes alliées, et nous entrons dans la mer Noire. Nous doublons la longue masse basaltique du cap Ghersonèse et nous continuons à naviguer en vue de la côte. On trouve de nombreux vestiges des colonies grecques sur cette côte, qui est redevenue une steppe solitaire, comme au temps où elle était parcourue seulement par des pasteurs nomades, à tort ou à raison accusés de piller les naufragés et de les manger même quelquefois. Pratique barbare sans doute, mais que la mauvaise qualité du mouton pouvait jusqu'à un certain point excuser. Tout en faisant cette réflexion, bien digne assurément d'un disciple de Maltjdus, nous arrivons en vue d'Odessa.

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