XII. — LA CRIMEE
nous apercevons le sommet à deux verstes eUTiroa de notre embarcadère. Un jeune officier d'état-major, attaché au général Tottleben, M. O., veut bien nous servir de guide. M. O. a passé quatre mois à Malakoff pendant le siège, et il est revenu à Sébastopol pour en lever les plans et recueillir les matériaux d'une histoire du siège, destinée à rectifier les erreurs du journal du maréchal Niel. Nous côtoyons la baie du Sud, nous passons derrière les bâtiments ruinés des casernes de la marine, notre guide nous montre l'emplacement des docks, chef-d'œuvre d'un ingénieur anglais, et dont il ne reste plus de traces. Nous traversons un espace ouvert au bout duquel s'élève en pente raide le mamelon de Malakoff; nous nous engageons dans un mauvais chemin de terre et au bout de dix minutes de montée nous sommes au sommet du mamelon. Ce mamelon, beaucoup plus long que large, est tout bouleversé par les blindages. Une redoute en pierre, armée de quelques canons, en était la seule défense au début du siège. A quelques centaines de mètres plus loin, on aperçoit le mamelon Vert, qui- commande Malakoff, comme Malakoflf commande Sébastopol. Tout d'abord on est frappé du désavantage que cette position offrait aux assiégés, car l'escarpement du mamelon est du côté de la ville, tandis que de l'autre côté l'attaque se trouve à peu prés sur le même niveau que la défense. Il fallait, pour ravitailler et approvisionner Malakoff, que les assiégés traversassent l'espace ouvert dont j'ai
parlé tont-k Pheare, et où venaient se croiger à la fin dn siège les fenx des assiégeants; il fallait hisser à grand renfort d'hommes et de chevaux les canons de rechange et les mniutions par on chemin escarpé et non payé, que les pluies rendaient presque impraticahle. n fallait enfin improviser des fortifications en présence même de rennemi. Le général Tottlehen y pourvut de la manière tout à la fois la plus efficace et la plus économique, au moyen de hlindages. Ces blindages consistaient en d*énormes excavations creusées, à grande peine, dans un sol pierreux. Lorsque Texcavation était faite, on y enfonçait des poutres verticales, sur lesquelles venaient s'appuyer d'autres poutres horizontales. Venait ensuite un lit de branchages sur lequel on rejetait trois ou quatre pieds de terre. On avait ainsi des abris à l'épreuve des bombes ou à peu près. On logeait dans ces trous de taupes des escouades de 50 à 250 hommes qui fournissaient le personnel nécessaire au service des batteries. D'abord, il n'y avait qu'une douzaine de pièces dans le fortin ; il y en eut plus tard une centaine sur le mamelon. Un petit fossé de quelques pieds de profondeur protégeait les ouvrages de défense à l'extérieur. Dès que les Français se furent rendus maîtres du mamelon Vert, ils en firent partir une tranchée qu'ils avancèrent jusqu'à 24 mètres de Malakoff. Les colonnes d'attaque n'eurent donc que ce faible intervalle à franchir à découvert sur un terrain plat, à descendre dans le fossé et à gravir un rempart