SUR LÀ MM
tes (bncHons administratives. Les poètes Darjaviii^t Dmitrieff farent ministres de la justice. Le grand cliancelier Romantzoff , cliefdu cabt« net de la polîflque-exlërîeure sous le règne d'Alexandre, bien (]\\]\ n'ait point été homme de lettres actif, a rendu les plus grands services à la science et aux lettres en Russie. Ils sont suffisamment connus du monde civilisé. Bien des hommes d'état de nosjoursontdu leurs premiers titres, leur première célébrité, à des succès littéraires, comme Daschkoff, que la mort vient de ravir au pays au moment où dç vastes travaux législatifs venaient de lui être confiés j Blowdoff, ci-devant ministre de rinférieur, ministre de la justice; et aujourd'hui successeur de Daschkoflf" en qualité de président de la conimission législaiîve ; Ouwaroff, ministre de llnstruction publique.
« Bientôt après l'hommage solennel rendu au talent et à l'homme de bien dans la personne de Karamsin , l'empereur Nicolas fit encore preuve d'une sympathie élevée et toute nationale. A son avènement au trône ^ il trouva Pouschkîn exilé à la campagne pour quelques écrits, fruits d'une jeunesse ardente et de l'esprit du temps. De son propre mouvement, il le rendit à la liberté, l'ap-
pela à lui, s'engagea à être son unique censeur, et plus tard le chargea d'écrire l*biatoir» de Pierre le Grand, après lui avoir ùài ouvrir toutes les archives de Tempire et assurer lui traitement de 5,000 roubles. Quand la fatale catastrophe qui nous enleva Pouschkin eut lieu , ce fat au milieu de la nuit que l'empereur apprit ce qui venait d'arriver. Au même instant il lui envoya son médecin avec un billet écrit de sa propre main, au crayon, et conçu à peu près en ces termes : • Si nous ne devons plus nous revoir dans « cette vie, recevez mes adieux et mon conseil de • mourir en chrétien. Quant à votre femme et à « vos enfants, ne vous en inquiétez pas, je me « charge de leur avenir. • Le souverain tint fidèlement l'engagement pris par l'homme d'une manière si touchante et si humaine. Les fils de Pouschkin, encore en bas âge, furent nommés pages de la chambre (ce qui leur assure une éducation aux frais du gouvernement et plus tard une entrée avantageuse au service); les dettes de Pouschkin furent payées , sa veuve et tous ses enfants reçurent une pension viagère » une édition complète des œuvres du poète fut publiée au nombre de dix mille exemplaires pour être vendue au profit de la famille. La Rus-
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sie reconnaissante et la posiëriié n'oublieront pas le beau rôle joué par Tempereur Nicolas aux deux lits de mort de nos deux plus grands écrivains.
« Tous ces exemples et faits prouvent assez que la culture des lettres n'est point chez nous une vocation ingrate, et surtout un objet de défaveur aux yeux du pouvoir. •
1^ temps est venu où la littérature russe doit prendre une nouvelle direction et s*élancer dans de nouveaux domaines. Après avoir passé par 1 étude des modèles étrangers , par les œuvres d^ tradition et d'imitation , les écrivains russes doivent tendre désormais à doter leur patrie d*une poésie neuve et vraiment nationale* Pour inspirer leur génie, pour enrichir leur pensée, ils ont là toi^te une histoire imposante, variée, dramatique , des trésors de traditions populaires , des mœurs toutes nouvelles à observer, des contrées inconnues à décrire, les tableaux les plus étranges à retracer et les idées les plus larges à formuler. Déjà Karamsin , Pouschkin et d*atttres écrivains modernes ont donné Texemple de ces études nationales. Des savants explorent les anciennes chroniques russes avec im zèle ardent , et plusieurs recueils périodiques, entre autres le
Moseoviiêj signalent avec un louable empressement tous ces travaux, et encouragent sans cesse tous ceux qui s'y livrent. L'impulsion étant ainsi donnée , on doit espérer qu'elle sera suivie , et l'époque n'est peutétre pas éloignée où la Russie, si longtemps disciple obscur des autres peuples , énumèrera à son tour avec orgueil ses poètes, ses arlistes, et étonnera ses premiers maîtres par l'éclat et l'originalité des ses productions.