MODERNE
UTTÉRATURK MODERNE.
A SAiMTz Bsmrs.
Les Suédois , en s'emparant de la Finlande , en la convertissant au chrisiianisme , y importèrent leur langue. Celle langue fut adoptée successivement par tous les hommes qui se rattachaient au pouvoir des conquérants, par les prédicateurs des nouvelles paroisses, par les écoles, quand il y eut des écoles. Elle devint la langue administrative , officielle et littéraire du pays, et il arriva une époque où la Finlande était tellement unie et assimilée à la Suède que les écrivains des deux contrées formaient un ppi^ipe
faisceau dlUastrations poétiques et partageaient la même auréole. Les chants qui retentissaient au bord du Melar étaient accueillis avec un sentiment national sur les rives de TAurâ » et les travaux de l'université d'Abo s'alliaient à ceux de l'université de Lund et d'Upsal. Lé même fait est arrivé par les mêmes causes dans une autre partie des états Scandinaves. Les poètes norvégiens Wessel et Hi^lberg sont inscrits dans les fastes de la littérature danoise , et trois poètes finlandais occupent une noble place dans le panthéon des célébrités suédoises : c'est Cho^ raus, Franzen et Runeberg. La terrequiles a vus nattrCy les réclame aujo.urd'hui comme ses enfants, et elle en a le droit; car, quoiqu'ils se soient développés par l'influenee de la civilisation suédoise , qu'ils aient composé leurs vers en langue suédoise, ils n'en soat pas moins Fia^ landais par le cœur et par les souvenirs, par lé caractère partieolier de leurs talents et de leurs inspirations.
Choraeus ^, le moins distingué des Urois poèftes que nous venons de citer, était le fils d\in pau-» vre prêtre. Privé de son père à l'âge de seiss ans , sans ressource aucune et sans soutien , il
> Né à GhrbtinesUd ea 1774» nort à AIk) en 1800.
SUR M »«$s»; 189
partit un beau matin pour la Suède, eomsie on part quand ai est jeune avec la muse qui cbaite au fond de notre oeeur e( Tange des doocea illu-^ sionsqui, pour nous faire oublier les'rîgueura du pré&€C»t, déplQie un voile d'or sur Taveiiir.
A Westeras, Cboraeus trouva ua brave oncla qui eut piiié de lui et qui Téleva. Il étudia à Up* sal, puis vint faire un cours d'éloquence à Tuni*. versité d*Abo» et fut nommé ensuite professeur de théologie à la même université.
Nous avons de lui un volume de poésies lyriques d'une nature peu hardie et peu élevée , il est vrai , mais tendre et touchante. Naïf enfant du peuple, mais simple et religieux , il n'a point cherché & s'élancer hors de l'humble sphère que le sort lui avait assigné; il a dit d'une voix émue les souffrances du pauvre peuple , les regrets de l'orphelin et de la mère, et les consolations que la foi répand dans Tame de ceux qui pleurent. Nous choisissons dans son recueil une des pièces qui , selon nous , peuvent donner la plus juste idée de son caractère mélancolique et pieux et de son talent. Elle a pour titire : Une Pennée MUT mon Tombeau ^
Al Tanke pa min êffen Graf, Ses poésies o«t été pubHéei pour la prenièi^ Um k 0Br«k9 eo tSU. De uiMae en tm, «
l'SS LETTABS
é Ou 661 mon tombeau ? ou est la demem^e sombre ou j'irai reposer solitairanem. Plu* sieurs fois j'ai songé à ce dernier asyle, et j'y ai posé le pied avec calme.
Hélas ! non. Peut-être serai-je conduit vers une terre étrangère, peut-être ma dernière couche sera-t*elle préparée par une main in^ connue.
Peut-être nul ami ne sera»t*ii près de moi au moment suprême pour adoucir ma douleur, et répondre par sa prière au dernier battement de mon cœur.
Pour dissiper par sa tendresse les doutes qui me voileraient la lumière d'un monde plus heureux, poiu* recevoir les vœux de mon affection et mes derniers adieux ,
Mes adieux pour ceux dont la main a guidé mes premiers pas dans le sentier de la vertu, pour ceux qui verseront en apprenant ma mort des larmes dont je ne pourrai les remercier.
Mais soit. Qu'importe eu quel lieu tombera ma dépouille mortelle ? J|e sais que partout je dois voir luire l'étoile d'un religieux espoir.
Je sais que partout je suis près de toi, ô notre père. Dieu de miséricorde ! que partout tu 9Ç-
corderas à mes derniers jours un repos compa* tissant.
Un monument! Ah ! je n*en ai nul besoin. Je le laisse à ceux qui Tont mérité. Un monument n'ajoute rien à la paix du tombeau.
Ab ! que je vive seulement dans la mémoire d'un de ceux dont l'amitié me fut chère, d'un de ceux qui ont connu ma vie et mes souffrances. Ce sera là ma gloire.
Que quelquefois il accorde à ma destinée le tribut d'une larme, que quelquefois il prononce encore mon nom, je ne désire pas un autre hommage.
Et alors, à terre chérie, 6 ma bonne mère, reçois*moi dans ton sein , reprends mon corps dans tes entrailles et ensevelis ma cendre.
Garde-la jusqu'au jour où retentira la voix de celui qid doit éveiller les morts. Douce est la croyance, grande est sa consolation, et le Dieu qui nous la donne est vrai. »
Franzen est né à Uleaborg le 9 février 1772.
Il fit ses études à l'université d'Abo et devint professeur. Après un voyage en France au beau milieu de la terreur, il retourna en Finlande, se consacra au sacerdoce, prit le grade de docteur eu théologie, et mérita par la noblesse de
iM umift
son carad&re» autant que par la dtetinetioii û^
son esprit;, d*étre appelé à la dignité d'évèque*. li occupe ai^ourd'hui le aiège de Hemcesand, révéchë le plus septeatrioDal de la Suède* Cest là que nous avons eu le bonheur de le voir, il y a quelques années, au milieu de sa belle et noble famillei au milieu des pauvres qu'il console, des jeunes gens qu'il éclaire de ses conseils, des. vieillards dont il est encore le guide et rappui«, au milieu d'une honnête population qui le vénère comme un patriarobe et l'aime comme un père« Nous écrivions, avant de l'avoir visitéi.dans sa lointaine demeure, quelques pages ^ que noua croyons pouvoir reproduire après un nouvel examen de sa personnalité et de ses œuvrea !
Franzen est un poète d'une nature tendre»
rêveuse, idyllique, qui porte en lui tout un moiide de pensées et les disperse comme des fleurs sur son chemin. £n France, je ne connais rien i comparer à ses poésies, si ce n'est quelques unea des ballades les plus simples de Millevoye. En Allemagne, on pourrait les mettre à câié de celles de Hœlty et de Matthisson i en Angle-* terre, elles rappelleraient à certains égards l'élégie de Burns ; mais Burus est phis profond et
« HiMN éto ta ittéraluitia DsMMrk et M Siède, p. SN.
8TJA LA M68tB. 191
plus varie ( et B*ilMUIi leur chercher un pen« dânt en Italie) on ne trouyerait guère que PU dylle de Métastase.
A répoqaeoùFranzen s'annonça comme ëcrtvalD, la littérature de convention régnait encore en Suède. On faisait de la poésie une oeuvre de versification coquette et parée. Il y avait dans le monde des beaux esprits une espèce d'armoire laquée où toutes les strophes galantes , les phrases à effet , et les rimes pompeuses , étaient classées et numérotées. A force de sorii*lèges , les poètes avaient même fait entrer la nature dans cette armoire, et ils l'emportaient avec eux, comme cet excellent prince que Goethe a dépeint dans le Triomphe de la sensHn- Uté. Là, on pouvait à tout instant voir apparaître la nature qu milieu de ses touffes de gazon vert et de ses bosquets de chèvrereuille. On lui mettait des fubans roses , des fhlbalas , des mouches sur le visage, un peu de poudre dans les cheveux , et ou la présentait dans les salons comme une jeune personne bien élevée.
Franzen Ait le premier qui s'arracha à cette atmosphère factice, pour chercher la nature où elle était réellement, pour exprimer une prière umehante et une tooitiHi vraie. Avec son ame
l^ LETTRES
de poète , délicate et âeûsible, mais peu osée , il n'était pas de force à tenter une révolution littéraire, ni à s'élever dans les lointaines régions dont le romantisme allemand commençait à entrevoir les routes. Il s'arrêta sur les limites de ce monde merveilleux, où Gœihe et Byron devaient se rencontrer, et rassembla d'une main diligente les fleurs semées autour de lui. Son recueil de poésies lyriques est un de ces livres que Ton aime à avoir auprès de soi > et à relire souvent. Il porte à chaque strophe l'empreinte d'un cœur candide, qui ne cherche qu'à s'épanouir. Il raconte à chaque. page un rêve qui séduit, un sentiment qui émeut, un espoir qui console. Il n'ébranle pas, il repose. Il ressemble à ces lacs qui nous attirent dans la vallée par la transparence de leurs eaux et leur vague murmure. L'eau de ces lacs n'est pas profonde, mais un coin du ciel s'y reflète sous une rangée de saules. Souvent cette poésie n'est qu'un cri de l'ame, une prière, souvent elle n'est qu'une rêverie fugitive saisie avec habileté. Puis elle de* vient l'élégie de la jeune fille qui courbe doucement sa blonde tête sous la main de la mort , et tombe comme une fleur ; l'élégie de la pauvre mère , qui endort son enfant avec sa chanson
scn LA aussiE. 193
entrecoupée de soupirs , ou Félégie de Famant. £n voici une que j*ai souvent entendu citer en Suède. Elle a pour lilre V Unique baiser (Den enda kyssen).
Tu pars. Au bord des flots je m'arrête et soupire, Je te regarde coeor. Je serai seul demain.
Pour la dernière foui montre-moi ton sourire, Pour la dernière fois, oh ! donne-moi ta main !
C*en est fait à présent de ces beuresdejoie Où la porte m'était ouverte chaque jour.
Où le frôlement seul de ta robe de soie Me faisait tressaillir et palpiter d*amour.
Les fleurs de ton salon, souTent dans ton absence* Me disaient je ne sais quels mots mjstérieux, Et tout seul à l'écart, j'attendais en silence Le bonbeur.de te voir apparaître à mes yeux.
C'en est fait à présent. De ta Toix entraînante Je ne dois plus chercher les chants haimonieox. Mi m'asseoir près de toi, ni de ma bouche errante EflUeurer en tremblant tes boucles decheyeux.
Adieu ! laisscHDQOi prendre Un seul baiser de frère ; Ce sera le premier, ce sera le dernier.
Une larme furtiye a mouillé ta paupière; Daus ce baiser d'adieu lalS|p-inot l'essujer*
Que ta famille approche et qu'elle me pardonne! Mon amour résigné ne garde point d*espoir Gomme ua eniani Umide au sort je m'abandonne ; Je sais que je ne dois plus jamais t« reroir.
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Adieu donc, et de loin peiue à celui <iut l*aime. Mais» non t garde à j[amais le repos de ion cœur* l'emporte mef regrets au dedans de moi-même. Les regrels de Famour sont encore un bonliettr.
Fraozen est un poète essentiellement lyrique. Quand il a voulu s'essayer dans des compositions d'un autre ordre, il a échoué. Il a pris une anecdote du temps de Gustave III et en a fait une comédie en cinq actes qui n'a jamais pu être représentée. Il a écrit sur le mariage de Gustave Wasa un poème en vingt chants ,* long et monotone. Il a écrit un autre poème sur la révolution française, qui n'est autre chose qu'un assez froid épisode entremêlé deréfieitions dogmatiques.
Un jour, on annonça de lui un nouveau poème intitulé : Un êoir en Laponie, C'était un beau sujet, et le public pouvait s'attendre à trouver là une description originale de ces contrées étranges où Franzen a vécu longtemps, de ces populations nomades qu'il a visitées , de ces huttes de peaux de rennes, disséminées dans le désert, au milieu des collines sans arbres et des plainessans moisson. Mais le poème n'offre rien de semblaUe. G'eMiottt simplement une couver-
Sun u àVBSiB. lis
mUoa pbikuopUque euttt un préire qui vient habiter la Lapo&ie et une femme qui déclara qu^elle prétest ces cbaam^a dépeuplés^ ces mon* tagpea nuea i aux fêtes et au tumulte des grau*' dea vilies. Du reste, Frauaen aemUe avoir lui«> méipe compris qu'en abandonnant son royanmn de poésies lyriques » il se trompait. Il avait coni« menée un long poème sur Chriatc^ihe Gotomb f et il ne Ta pas acbevé.
fiuneberg est né en i 806 > à Borgo , dans unOi eonditioii obscure. Sans aucune fortune, el pres« que sans appui, il surmonta par une énergiqw volonté les ^traves que le sort avait Jetéea sur sa route. Etudiant à l'université d'Abo « pauvre et fier, il suppléait à sa pauvreté en donnant des leçons , puis , comme eelte ressource était encore insuffli^ante , il entra comme pré** cepieur dans la maison d'un fonctionnaire > etrevint avec le fruit de son travail et de ses éoo* uomies reprendre le cours de ses études. Il esl aiyourd'bui professeur au gymnase de Borgo.
Voilà tous les événements de sa vie. ^
Mais qui pourrait dire combien d'ardentéft émotions ont traversé c^te'existence modeste» combien de douces réveriea ont entouré le poèie ^1 l'iaolement do «a demeure » combien dn
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fois le soir, au milieu de ses veilles silencieuses, il a vii passer devant lui la troupe ailée des sylphes qui venaient murmurer à soi^ oreille des chants mystérieux , car c'est là le privilège et la gloire du poète. Souvent sa vie extériemre ressemble à Teau paisible d*un lac dont nul vent ne ride la surface , et ce lac cache dans son onde les plantes vivaces qui ne germent pas sur la terre, les nénuphars aux corolles sans tache. Souvent à voir passer le poète , on le prendraii pour un homme de la foule , et Ton ne sait pas qu'il a comme Âladin la lampe merveilleuse avec laquelle il évoque les esprits et élève des édifices magiques.
Ce qui nous platt surtout dans les œuvres de Runeberg , c'est leur vérité locale , c'est leur couleur toute septentrionale et toute finlandaise. Autrefois quand nous en étions encore à chercher en poésie des thèmes classiques et à nous imposer des figures de convention, Runeberg eût peut-étt*e voulu donner aux paysages qu'il décrit .une teinte factice, et aux personnages qu'il met en scène une physionomie grecque ; au temps des pastorales, il eût peut-être habillé les rustiques habitants de la métairie en bergers coquets, et donné aux jeunes filles des chapeaux
de fleurs et des devises prétentieuses. Grâce à Dieu, ce temps-là est passé : chaque nation a été affranchie de cette soumission aveugle à des règles de convention; chaque contrée a pu, comme au sortir d'une mascarade , quitter ces vêtements d'emprunt et reparaître sur la scène du monde avec sa véritable physionomie ; chaque poète a reconquis le droit de s'abandonner à son inspiration et de composer un drame ou une épopée sans se servir des machines étiquetées par le père Boubours ou de la friperie cousue par Le Batteux.
Le premier ouvrage qui attira l'attention sur ïluneberg fut une histoire dramatique intitulée : La Tombe de Perrho , l'histoire de six jeunes frères, six enfants de la Finlande, qui s'en vont héroïquement attaquer une troupe de brigands. Cinq d'entre eux succombent; leur vieux père s'avance sur le champ de bataille , regarde ses fils bien-aimés étendus sur le sol, verse une larme amère, puis tout à coup une pensée plus douloureuse encore que sa pensée de deuil lui a traversé l'esprit. Il a regardé les morts et les blessés et n'a pas reconnu parmi eux Thomas, son fils atné , celui qu'au fond du cœur il préférait à tous, et dans lequel il avait le plus de con*
i9ft («ETTaES
fiaace. Qu'e»t devequ Thom^» &'éerîa-t-U» au-' n^it-il abdQdooné »e& frères» auraii-U jeté me 91a tête la fto^Ulure de la lâcheté? Il rentre dau sa demeure avec oe doute qui le t€a*ture 9 ei la crainte de trouver Value da la race iudîgue da lui remporte dans ^QSk awe sur le lualheur d'^ Yoir perdu les autres^
Thomas était abseu^ lersque le c(»nbat s'e^-^ gagea. Il arrive trop tard pour soutenir sest frères > mais les voyaui tous baignés daus leur s^aug y il s'élauce coomae un lion furieux à Ui poursuite des brigands, les atteint, les luassacrQ Tau après l'autre > coupe la tête de leur chef» puis s'en revient couvert de blessures , la je^ei* aux pieds de sou père, qui meurt de joie comm^ un Spartiate en embrassant ce gloriçust soutien de son nom.
L'Académie suédoise récompeasapar une mé^ daille d'or l'auteur de cette œuvre originale^ e( Buneberg poursuivit ses peintures finlandaises: £n 1833 et 1836; il écrivit deux idylles franches^ uatiureUes , plus vraies que la Parthenaïde de Baggesen ,. plus intéressantes que la LauUei^ Yoss^ inférieures ^ulement à XBermann el Diyrothée de Goethe. L'une est le roman d'a^ mour de deux étudiants qui se l'étwisseut pe«h
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dam les vacanees ehes ub prêtre de eampagne; Taulrey le récit d'une chaa&e à Félan au miliew de Thiver. Toutes deux présentent un tableau profondément senti et habilement fait de la na«* ture finlandaise, et âne tonle de détails caraeté^» rlstiques, quoique parfois un peu minutieux, sur les mœurs , sur la vie des habitants de cette contrée.
Les poésies lyriques de Runeberg dénotent la môme influence et portent la même emprunte; Ce qui n*est souvent dans d'autres pays que Tex^ pression d une pensée éphémère, quelquefois un rêve et quelquefois une erreur, est malbeureu-^ sèment ici une réalité. Ces poésies sont vraiea par cela même qu'elles sont tristes. Il semble que ce jeune écrivain ait été saisi de bonne heure par la mélancolie de ses bois de sapios, de ses lacs solitaires et de son ciel brumeux. Si nous vivions encore au temps des croyances mythologiquesi on dirait que le Nek, cet esprit des cascades et des fleurs, lui a révélé dans les nuits d'automne, ses mélodies les plus plaintives, que Hulda, la pauvre nymphe éplorée des forêts. Ta emmené dans sa sombre retraite pour lui murmurer un chant de deuîl ; car tous ses vers ont un caractère de souffrance comprimée et de douloureuse
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résigDation. Et puis on le voit, cette souffrance ne tient pas seulement à la nauire du pays, à l'inOuence atmosphérique d'oà provient, disent les physiologistes, le spleen des Anglais. L'auteur de ces poésies a aimé, il a été malheureux dans sou amour, et il exprime ses regrets dans des élégies plus douloureuses que celles de Eirke-Wfaite. Puis après ce cri de désolation, le voilà qui revient sur lui-même et lAche de se maîtriser et s'impose le douloureux repos de la résignation.
• Dor8,s'écrie-t-il, ô mon pauvre cœur, dors. Oublie ce que tu as recherché, ce que tu asaimé dans ce monde ; que nulle espérance ne trouble ton repos, et nul rêve ton sommeil.
Pourquoi songes-tu encore à l'avenir? Que peux-lu en attendre? Une plante salutaire pour guérir les blessures? Hélas! oublie encore cette pensée ; tu as cueilli les roses de la vie et la plante qui doit te guérir fleurit dans la terre du somoieil.
Dors comme le lis brisé par le vent d'automne, dors comme le cerf atteint par un dard qui saigne dans son repos. Pourquoi regretter les jours d'aulierois? Pourquoi te rappeler que
tù fas heureux? Il follaii bien que ta joie se flétrît avec tes beaux jours.
Tu as eu aussi ton mois de mai, mais il ne devait pas durer éternellement. Ne cherche plus ses doux rayons que dans les ombres de Thiver.r Il fut un temps où le bonheur était avec toi. La terre avait reverdi, les oiseaux chantaient et de suaves parfums inondaient ton temple d*amour.
Te souviens-tu des doux embrassements que tu as connus? Te souviens-tu du cœur ardent qui te cherchait et du baiser de la jeune fille aimée? Alors mes yeux lisaient dans ses yeux et ma pensée se reflétait dans sa pensée. Alors c'était le temps de veiller, 6 mon pauvre cœur.
Maintenant il faut oublier et dormir. »
Voici un autre chant que plus d'un lecteur pourrait prendre pour sa propre élégie. Il est intitulé : Le Retour du vieillard,
• Comme Foiseau de passage qui, à la fin de Thiver, revient visiter son tle et sa demeure, j% reviens à toi, ô ma terre natale^ je cherche le repos évanoui des jours de mon enfance.
Depuis que j'ai quitté tes rives aimées , j'ai traversé bien des mers ,. j'ai passé bien des années de tristesse. Souvent dans les contrées loin*
SOS izxnt»
taises j^d! goûte quelque joie yO^aiasouveiiiattft^
j*ai versé des larmes amères.
Me voici de retour. Je revois U oraison où reposa mon berceau ; je ^reconuai^ ]c bois , les flots , les champs et les rochers y tout ce moudo de ines anciens jours.
Tout est con^me autrefois. Dans Ii\ même vallée l'arbre s'élève avec la même couronne do verdure et le même chaiU retentit dans les îûrs et dans les bois.
Les vagues légères se jouent ainsi que par le passé avec le Nek el l'écho des îles répond au cri joyeux de la jeunesse.
Tout est comme autrefois. Mais moi je ne suis plus le même, 6 mon pays aimé. Mon visage a pâli y mes artères battent moins vite et ma joie s'est éteinte.
Je ne sais plus apprécier tout ce qu'il y a de doux dans ta beauté, de bon dans tes présents, je ne comprends plus le murmure de tes ruisseaux, ni le langage de tes fleurs.
Mon oreille est feroiëe au son des harpes célestes qui vibraient sur tes vagues, et mes yeux OQl cessé devoir les elfes qui dansent gur le$ collines et dans les prairies.
Quand je partis j'étai» si riche, si rtohe et si
SUft LA At)SâtE. iOâ
plein d*e^pératices ! J'emportais sous tes saints ombrages tant de pensées brillantes !
J'emportais le souvenir de tes beaux printemps et la paix de tes campagnes. Dès mon enfance , tes bons génies étendaient leurs ailes sur moi.
Et maintenant qu'aî-je rapporté du monde lointain? Des cheveux blancs , un cœur malade et l'envie de mourir.
Je ne te redemande pas, ma douce terre nalale^ tout ce que j'ai perdu. Donne-moi seulement une tombe au pied des peupliers, au bord de la source plaintive?
Là je m'endormirai en paix sous ton appui fidèle, jusqu'à ce que je renaisse pour commencer une nouvelle vie. •
Après avoir enfin subjugué la Finlande qu'il convoitait depuis si longtemps, le gouvernement Busse cherche par tous les moyens possibles à affermir son autorité dans ce pays, et un de ces moyens est de faire peu à peu prédominer la langue russe sur la langue suédoise. Il y a à l'université de Helsingfors, deux professeurs de langue et de littérature russe, et tous les étudiants qui aspirent à entrer dans Tarmée ou dans l'administration, doivent prouver, par un
examen spécial, qu'ils sont aptes à parler la lati* gue russe. Mais on ne déracine pas dans l'espace de trente années un idiome implanté depuis huit siècles dans le cœur d'un peuple. La seule langue littéraire et administrative de Finlande, est encore la langue suédoise. C'est dans cette langue que les juges rédigent leurs arrêts, et \%& gouverneurs leurs règlements^ que les professeurs font leurs cours et les prédicateurs leurs sermons. C'est dans cette langue que les jeunes écrivains s'exercent à formuler leur pensée en prose ou en vers. Il y a en Finlande dix imprimeries , et je ne sache pas^ cpfil^n soit sorti aucune page russe , si ce n'est peut être quelque ukase , ou quelque pièce de circonstance. Quelques journaux sont rédigés en finlandais, et la plupart en suédois. Soumis à une censure sévère^ ils sont d'une nullité complète pour tout ce qui a rapport à la politique. Ils ignorent les capricieux débats de nos premiers Paris et ne peuvent qu'enregistrer brièvement, sans commentaire, et sous le bon plaisir de leurs mentors j les nouvelles de la con* tréeetles nouvelles étrangères. Mais ils publient parfois d'intéressantes dissertations historiques et critiques. Le Morganilad entre
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autres , le Suomi ei le journal de Borgo se distinguent par le zèle avec lequel ils s'occupent de rassembler tout ce qui se rattache aux anciennes traditions , aux mœurs, au caractère distinct de la contrée, et c'est là qu'il faut chercher les essais poétiques les plus récents. Il en est dans le nombre qui promettent à la Finlande des hommes dont elle aimera un jour à citer les noms, et à recueillir les œuvres.