‹ Lettres sur la Russie, la Finlande et la Pologne (volume 3)Chapitre 11 sur 16 · VIBORG · texte numérisé non relu

VIBORG

A WZOHSIi OHSTA&ZZR.

L'industrie des bateaux à vapeur a pris depuis quelques années un grand accroissement dans le Nord, et nulle contrée ne doit mieux en apprécier les avantages que ces lointaines provinces de la Finlande et de la Scandinavie , isolées à l'extrémité de l'Europe , séparées Tune de l'autre par des bras de mer et des golfes , enfermées pendant plusieurs mois dans] une barrière^ de

glace. Le bateau à vapeur est le magicien béni qui abrège les milliers de wersles, qui rapproche Tune de l'autre ces peuplades dispersées sur un espace immense, qui apporte en quelques jours, comme par miracle , les rickesses d'une autre terre, les fleurs du midi. Dans ce pays de rochers, de montagnes coupées par tant de fleuves, le chemin de fer est impossible , c'est le bateau à vapeur qui le remplace! Plusieurs bateaux à vapeur passent chaque semaine à Helsingfors , les uns allant à SlOtckbolip, d'aulreft à {level et à Pélcrsbourg. Ce sont de grands et beaux bâtiments construits en Angleterre ou en Amérique, et ornés avec luxe. Leur nom aristocratique annonce à la fois leur caractère imposant et les habitudes du pnysauquel ils appartiennent; l'un s'appelle le Grand-Duc , l'autre le Prince MenUchikoff,' un troisième , beaucoup plus faible et plus modeste , porte tout simplement sur sa poupe le nom de Hehkigfûrê, Il s'en va de ville en ville, le long des côtes , et, si le vent et le courant ont quelque complaisance pour sa petite macliine , il s'avance jusqu'à Viborg. Le 5 jum, j'allai m'embarquer sur ce bateau, et fen parle avec reconnaîssauce , car il m'a felt faîrtî un doux et heureux tr^|et. Rien de plus frais, <iQ

SUE i»4 ¥Vlsi£. 211

plus rjdai» ^ Yoiri fW vn be^^uîour d*é4é| que lo» rives du goU^ de Finkiode t à partir d'Qel&iQg«- (ûi«. £a k>|ige9aàt les <;ôtesi on Bavigve saiis cess0 ei^^r^ des bois el deci ooUiaes divnt tes eopiiHirs» les forsies , les couleurs , vsMrietit ù clm^ue ipM^ftt* Ici c*sst viie tle arrondie et couverte de sapins, posée comme uoe corbeille de verduiv, au milieu des eau:^ i ^ <^*^&t ^u^^ 1^^^' gue vaUée oiQt)ragée par les bouleaux aux bran* çbe^ pendantes çoimue celles des saules et parseinée d'babÀtaiious s plus loin» on renconue les cbatnes de rocs^ les pyramides de granit irouge et veiné çù Von a taillé la colonne d*Alexandre et le piédestal de la statue de Pierrele-Grand. Parfois la mer, coupée par des Iles parallèles, apparaît d^ loin comme un fleuve plus large q^ le Rb&aei» plus pittoresque que le Rhin, puis elle s'étendj^ elle s'élargit de nouveau, et Ton n'enMreiKût plus qu'à rborîsou loiotain la grève noyée dans une brume d'azur, fiieuiôt cependant on rentre dans un vaste archipel, et, à voir ces forêts nouvellement reverdies, ces rameaux de pins et de sapins, d*aunes et de bouleaux aveo leurs diverses Aiiancçs» cçs promontoires effrangés par les vagues, ces baies mystéri9W^% q/A ^'^mmk <to^ l'i^C^» on

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dirait un parc immense silloiiné par des rivières , traversé par des lacs. Un vent léger plissait comme une dentelle d'argent la surface des flots, un ciel sans tache s'étendait sur nos télés, et la mer reflétait tour à tour dans son sein les rayons du soleil, la pourpre des rochers, la verdure des bois.

Je m'éloignais à regret pourtant de cette ville d'Helsingfors où j'avais passé tant d'heures charmantes , et les regards tournés vers le ri* vage, qui peu à peu fuyait derrière nous, j'adressais à ceux qui m'avaient accueilli là avec tant de bontés ce dernier espoir et ce dernier adieu :

Oh ! oui, je revieiidrai sur vos riantes plages. Où ramitié» Tétude, ont en si peu de jours Jeté dans mon esprit tant de fraîches images Et tant de souvenirs <iui me suivront toogoors.

Je reviendrai revoir votre viUe si belle.

Avec ses verts jardins, son large Sveaborg, Et sa mer, où» courlté sur la forte kantele, le dieu des vers pleurait en disant ses runor*

Nous irons eontempler vos cascades chéries, Vos lacs miroir du ciel, vos grands bois de sapins Qui dans leur long rempart entourent les prairies Et couronnent l'azur des horizons lofaitains.

Nous irons vfsiter dans votre Carélie

Ce peuple qui maintient les mœurs de ses aYeui^

SUR LA RUSSIE. âlS

Et chank encor ses cbaDts pleins de mélancoiUe Que Lœnrot réunit avec ud soio pieux;

Puis votre noble Abc, votre d^oie gotliique, Radelma qu*illustra,la beauté, le savoir, Aminé où l'on retrouve un beau nom historique,. LemmsoBbolm dont l'aspect sourit à noire espoir.

Et surtout nous irons, nous irons voir encore Standsvik que l'on parcourt le soir d'un pas rêveur, Trsskenda qu'embellit le rayon, de l'aurore, Mailand qui chasse au loin les noirs chagrins du cœur.

Ah ! lorsque le poète errant dans son voyage Recueille quelques fleurs au chaste et doux écUt, Il ne les livre point au souffle de l'orage, II ne les brise point sous un autre climat.

Sur son chemin souvent une voix le rappelle Aux jours qu'il a bénis, aux lieux qui l'ont charmé, 11 revient les chercher, confiant et fidèle.

Heureux de les aimer et de se croire aimé;

Six heures après notre départ, nous arrivions à Borgo , pauvre petite ville dont les. maisons chéiives, les rues tortueuses et obscures, faisaient un singulier contraste avec Téblouissant spectacle que nous venions d'avoir sous les yeux. Borgo est cependant le siège d'un évêché, et c'est là que demeure Runeberg^ le poète chéri de la Finlande. Heureusement la nature qu'il aime et qu'il chante avec un rare talent n'est pas loin

de lai : il ii*a qti^à faire quelques pas hors de sa sombre cité, et 11 retrouve cette nature sérieuse et belle , et elle lui parle te doux langage qu'il traduit eu vers harnaonieux. Le lendemain, nous entrions dans la ville de Louisa, qui méri* tait vraiment d^ porter un nom de femme , car elle est riante et graeieuse. Une de ses ruesdescend jusqu au bord de la mer, d*auii*es sMlèvent en amphiihéùtre sur les flancs d'une colline; son origino ne romante pas au-delà d*liB siècle ; elle a la (Wifcbeur et la gailé de la Jeunesse,

Le Hehingforêy qui uo^s conduisait ainsi de station en station , est bien le bateau le plus complaisai^t que Ton puisse voir; ses heures de départ et de balte ne lui sont guère prescrites que pour la forme. C'est un philosophe qui ne se soucie point de se donner des faiigues inutiles ; il ne court pas, il se promène d'île en île, comme un heureux mortel qui aime à respirer l'air frais et à contempler la belle nature. S'il y a un passager en retard, il l'attend; si un pécheur errant sur le golfe invoque son obligeance , il lui jette une corde et leremorquebénévolement. Grâce à ces caprices du bateau, au lieu d'arriver à Frederikshamn à cinq heures , selon les promesses du programme , il était près de minuit

ÈVVi LA MSSIB. 118

qitiiiid nowi vtniift poindre la fltehé de Icm dô» chéri

Un remporl eonstrtiit d'ftprds te sytième de Vauban entoure cette ville depuis^tm eiède $ U Tant qu'il soil bail Bttr un plan bien dëfectiwmi et dans nne «iioation bien mauvaise , pour que la Russie le laisse tomber en ruines , car dont ce pays ^ partout où il se trouve une tie , un nw qui puisse défendre un coin de terre , on peut être sâr qu'il y a là un bastion ou des eoldtlSk En venant de la puissante fbrtéresse de Sveu« borg, nous avons vU sur notre route unecilâ^ délie à SvarUioIm^ une autre à quelques lièdeé plus loin , à l'endroit où^ il y a soiianie ans | Gustave III rettiporiii une victoire natale suf* les Russes y une autre encore à stx Werstes dé Viborg.

Frederikshamn était autreftili la résidence du gouverneur de la province \ une tour massive, bâiie au milieu d'une place, la dominait, et ton* tes les rues aboutissaient au pied de cette tour comme les rayons d'une roue. C'est là que Ait signé, le 5 septembre 1809^ le traité de paix qdl sanctionnait la conquête de la Finlande par le Russie. Un incendie a ravagé, Il y a quelques années, leç ru^s codslraite$ sous les autpicov

d'un roi de Suède, et la maison où les plëiiipotenliaires d*un de ses successeurs abandonnaient au descendant des tzars le pays tant de fois envié et éwràbi par les Russes $ le trailé seul esc resté, et Dieu sait quel incendie il faudrait pour l'anéantir ! Ce n'était cependant pas» je l'avoue à ma honte, un souvenir bistorique, ni ui^ sentît ment poétique qui m'attirait à minuit avec mes compagnons de voyage dans cette ville; c'était simplement le désir d'obtenir un morceau de pain, car le restaurateur du Hekingfar*, per* suadé qa/à nous irions, selon la coutume admise à bord du bateau, dtner de c6té et d'autre, n'avait pour tcmte provision que du thé et de l'eou de vie, la denrée obligée des équipages de mer. Les bons habitants de Frederikshamn dormaient déjà depuis trois heures d'une profond sommeil \ pas une porte ouverte, pas un léger, nuage de fumée au dessus d'un toit. Le garde de nuit, sa hallebarde à la main, s'en allait seul de long en large, criant l'heure à tue*téte, et ne sachant trop que penser de notre invasion nocturne.

Peut-éure aurions-nous été fort mal reçus par cette vigilante sentinelle préposée au repos du bourgmestre et des citoyens, si nous n'avions eu avec nous un efiicier ryilandais, dont on

SUR lA ttOiUSIE. iiJ

vcrjttit brHler'au d&îr de la lune les épauïettes d*arfent. Vép&tâBUe est, dans les domaines de FesDpiife russe» le symbole dn ponToir ; tont le monde la redoute et la respecte. Le garde de liât s^lmerrompit dans son reMin en nous voyant passer, et salua militairement comme un homme <pn sait sa eensigne;' Ce fut rofficier qui se ohargea de iions héberger; il frappa à Isl porte d'me' petite maison en I>ois, décorée dit nomdlidtel. Unevieille femme mit sa tète éche* velée à la fenêtre, murmvra d'une toix aigre qtelqiies parcdes fort peu courtoises, puis dis^ parut, et tout retomba dans le silence. Pendant de temps, nous regardions les rues, oh pas une ame ne. remuait, et les étoiles, qui ataient l'air de se linoquer de nous. An bout d'un quart d'heure, l'officier, se croyant méconnu, frappa de nouveau d'une main impérieuse ; alors la vieiUe femme vint elle-même nous ouvrir la porte dans un eostume que je n'essaierai pas de décrire. Elle nous fit passer par une chambre où toute une famille dorlnalt dans quatre coucheties voisines l'une de l'autre, et nous conduisit dans une petite salle sombre où elle avait eu déjà la sage précaution de déposer une lumière, ce qui «nous empêcha de fouler le corps d'un

su utrrus

eAfsuçA 4^M«!SW:Uiiei batte èe p«ilidv'M4eimMi i^urber contra wiMKjte bahut quftfaàfcfaiti à mail* tié le pass^e^ifouBiiiAm MstoMes eitaiiehèeml^ un hskw nu.tiquei pour na pn^ uroifUer le iiepoa ^e^pâuvresigott) qui en avaient' probàUemciM grand besoin» La âî06ke bàltase ouvrait fse» ar^ moice, rôdaît d'un pied léger àkas la coinneç l'aspect magnue dea-épiiideilee Iw ^naitéenné TactivUé il? lajenq^se. <^ppè%)^ea>ne«l]reu«6a to.ijurn^eai eUe revint jrattpoitsMMdeatgâiàttea de pain^^Vrce, du k^^fe quiiétail exoelièèiy et r^u^ljimes vefir^^.46.,lMt* Le» rawf^uM)^ é^. Ijbôtel n'âu^^/es^ p^ p(pf^ loip^.^ti fKnrde^iliie^. Un^ C^ljlai)tpas ytonger» Ton^ile^.^uvai^lnrea dp.iarinaifi^ et ujie pariie 4e ta paille, de :fai gr^ge éu^t^t déjà x)cottpée8v D'aiMeuri, nooi nous S(erioq8 fait un< scrupule de tenir (dua long^ temps sur pied oour^J^opne vieille fenune) noue la remercjâmes- donc très cordialemeint de. son hospitalité, patriarchalei pn appii^utuos reioerciem/enu de quelques.roublest et. uaus retour^ n&mes à bprd. ,

Le bateau n'avaiitipour tout meuble cfue quatre banc^ en baisjpt »i^ pliant} les qu4ti;e bancs et le pont furent en un inai^nt occ)ipé^ par ones cOfl^pagnpAi» 4e ya)[$(ge, Lfff^Uiifi? él^tan^i»

SUR tk Russie; tK

BQrid pllàtt éûmme un pacha sur son tapis. Pstr bonheur, la chaloupe suspendue à Tarrière du baneau restait vidé; elle n'avait rapporte que qiiek)U6s flots d^eau Salée à la suile de ses ex^ cursions. J'y jMiai mon manteau, et, tout seul à l'écatt-dans mon lit aérien, je m'endomrs bercé (tûimfne une mouette par la brise de la nuit, eu dépit d-u»e nuée de cousîns. Le jour suivant, B0U8 continuâmes noire mute à travers une large m^r dont on ne distinguait plus que de loin en lûîn les= côtes vaporeuses. Rien ne ralentissait plus notre voyage. A quatre heures de Faprès-midi, nous arrivions dans le port de Viboi^, in beau et large port formé par deux grandes» lies qui coupent la mer comme deux jetées. 11 y u là une oeniaine de maisons occupées par des marchands, des ouvriers, des aubergistes, et une immense quantité de planches 0t de poufi*es')(|ui, dans quelques mois d'icf, coavriroui peul*4tre les murailles d'une vlfle poriogidse ou d'un pàïats de Cadix ; car la Fin'lande expédie ses bols jusque dans les contrées los pkis reculées de l'Europe.

' La ville est à douze werstes^flii port, au fond d*uiie large baie dimt elle couvre le rivage avee Mi vieux rempsHis et $es'<leux ibubourgs.'Sim

cbâieau, ravagé par un iopendie, Umbfi aujourd'hui en ruines; il fut construit en 1293 par le \aleureux Torkel Knttdtzon, Tun des homines les plus illustres drat les annales de la Suède aieut gardé le souvenir; les remparts datent du quinzième siècle. Yiborg étqit alprs Tune des cités les plus importantes de la Finlande, le siège d'un évédié, le cheMieu d'un des trois grands districts du pays. A différentes époques, elle fut attaquée par les Russes, et leur résista plusieurs fois vaillamment. £n 1710, Pierre-le- Grand en fit le siège et s'en empara après quelques semaines d'une lulte opiniâtre. £n i72t, le traité de Nystad lui en concéda la possession définitive avec oelles des terres environnantes. £n 1743, le traité d'Abo élargit encore cette première conquête.

Pendant un siècle, les dîstdcts désignés sous le nom d'ancienne Finlande (jganUa Fmland) furent soumis aux mêmes rè^ements, àla même administration que les autres provinces russes* 'Après la conquête entière de la Finlande, un ukase impérial les a réunis au pays dont ils avaient été disjoints, et leur a accordé les mêmes privilèges. Yiborg est aujourd'hui le cbef-lieu d'un gouvernement et le siège d'une cour su-

SUR LA RUSSIE. S2i

prême de justice. On y compte trois mille habitants et plusieurs milliers d'hommes de garnison. La Russie ne Ta pas régi si longtemps sans y marquer fortement son empreinte. Cette ville a plus que toutes les autres cités de Finlande^ y compris même Helsingfors , Taspect d'une ville russe. Vous traversez une place, et vous arrivez à une caserne ; vous tournez un coin de rue, ei vous voyez un corps de garde; vous allez un peu plus loin, encore une caserne ou un bastion ; partout les officiers revêtus du matfn au soir de l'uniforme, et partout des soldats. Le clairon sonne à chaque heure, le tambour bat de tous côtés ; c'est une compagnie de cosaques du Don qui monte à cheval, un bataillon d'infanterie qui va à la parade , un corps d'ingénieurs qui fait l'exercice, une escouade de gendarmes qui manœuvre. Nous sommes pourtant en pleine paix.

La population bourgeoise se compose de qna^ tre races distinctes : les Finlandais, qui les premiers ont occupé celte province; les Suédois^ qui l'ont conquise ; les Allemands, qui sont venus à diverses époques s'y établir, et enfin les Russes, qui dominent le tout. Chacune çie ces peuplades a son église à part, ses prêtres et ses

uftages partienltèrs. Par complaisance Tune pour l'autre, et quelquefois par nécessité, elles essaient de parler tour à tour les quatre langues admises dans la vie publique et privée de Viborg, et il en résulte une incroyable cacophonie de dialectes et d'accents. Cliaque idiome, jeté ainsi à force de barbarismes dans la circulation, a pourtant son domaine à part, et, s'il voulait rester dans ses limites, il ne serait pas trop maltraité. La langue suédoise est la langue judiciaire et administrative; la langue russe est celle des soldats ; Tallemand est employé surtout par les négociants, le finlandais par les gens du peuple et les domestiques.

La science et les études sont représentées à Yiborg par les professeurs du gymnase, qui possèdent une bibliothèque de quelques milliers de volumes -, Tart et la littérature, par des musiciens et des comédiens qui, en faisant le trajet de Pétersbourg, daignent accorder leurs instrumentsou chausser le cothurne pour les habitants de Viborg.

Le jour de mon arrivée dans cette ville, j'eus le bonheur d'assister à une de ces représentations extraordinaires que de temps à autre la forttme procure aux dignes habitants de Viborg,

SUR LA IfiSIE; tSS

pmr maintenir isms leur esprit le g(yfttdeft bel« les choses. A voir du dehors lasalle de spectacle, eB FeùL prise pour réiat-major do la place. Tous les gi*adtns étaient garnis d'officiers et de sol«v dats ; c'était un soldat qui recevait les billets, un soldat qot faiçait le métier d'ouvreuse de loges, un autre circulait le long des couloirs pour saluer les officiers & leur passage, afin qu^ilS' trouvassent Jusque dans le sanctuaire des Muse» le tribut d'honneur qui leur est dû.

Quatre qutnquets éclairaient la rampe, un piano flanqué d'une basse et d'un violon servait d'orchestre, et une toile, représeniant trois évé^ ques la mitre en tête, formait lé fond Inamovible de toutes les décorations. Pourquoi ces évoques étaient ils là? c'est ce que je n'ai pu comprendre; Probablement la toile sur laquelle ils avaient été peints pour figurer dans quelque tragédie chré* tienne, était la seule qui pût fermer convena-* blement la perspective du théâtre, et les vénérables prélals se trouvaient ainsi condamnés à assister en effigie à la comédie, au drame, à l'opéra et au vaudeville, car on jouait tout cela sur le théâtre de Yiborg, et tout cela dans une même soirée. Voici le programme delà représentation à laquelle j'ai assisté, ec^ié fldèlemeni sur Taf*

i3& tETTKBS

fiche : l*" une grande scène de Topera de Tanrcrède^ T deux scènes du Don Carlos de Schiller^ 3"* uu grand air du Mariage de Figaro^ &** une petite comédie de Saphir, 5*" une comédie en un acte'de Kotzebue, 6"* une scène de Sargines^ opéra de Paer, T la scène du serment dans la Normaf de plus, en guise de ballet, la cocIim" eha, dansée par Mlle Rothmeyer. C'était une seule et même famille, une famille composée de quatre individus, qui donnait ainsi au public,^ moyennant 1 fr. 50 cent, par personne, cet échantillon de tant de chefs-d'œuvre. Le père jouait dans la comédie les grands seigneurs, les, vieillards, et. dans Topera faisait tour à tour la^ basse et le ténor; la mère figurait tantôt comme duègne et tantôt conmie grande coquette. Les, jeunes filles représentaient dans la même soirée des chevaliers, des princesses, des héros, des. prétresses majestueuses et des amantes éplorées. A la fin de la dernière pièce, tous les acteurs furent rappelés Tun après l'autre ^ heureusement ils n'étaient que quatre. Mlle Rothmeyer mit la. main sur. son cœur et adressa au public un petit discours qui n'était pas annoncé sur le programme, et qui mit le comble à l'exaltation du public. Son père, qui parut ensuite, proipit de re^

veuji^ Thiver prodbaia et de prendra de$iAeswds pour que le théâire fût chauffé. Les speclaUAiirs se reiirèreot en bénissani^ cette bçuf euse perspective.

Le dt$irict de Yiborg &'ét^nd jasqjGi'à ^ fro»tière russe, à huit lieues environ de PétersJooiirg. Ses habitauts jouissent en «général d'une plus grande aisance que ceux des autres provinces de la Finlande; il e$t rare qu'ils soient oUigés d'avoir recours au paiu d'écorce de bouleau, comme cela arrive assez fréquemment aux pauvres gens de Tintérieur du pays. Un grand nombre d'entre eux vivent du.produit de Ja chasse et de la pèche, d'autres naviguent pour le commerce sur les bâtiments de Finlande. Ils ne gagnent pas plus de 12 à 15 francs par mois , c'est assez pour satisfaire à leurs modestes besoifis. D'autres, plus ambitieux, s'engagent sur les navires anglais, où on les accueille $(vec emprear sèment, car ce sont d'excellenls marins. Ils reçoivent là 60 à 70 francs par mois, et s*en reviennent quelques années après riches de leurs économies. Beaucoup d'enu*e eux sont rangés dans la classe des tarpars ou fermiers. Le torr par cultive pour son propre compte une certaine étendue de terrain, et p^e spn. propriétaire et

St6 Lffrm&d

jcmtùéH de tr&V£d}» quelcpiefois deux, quelque-' flifs irons par semi^iie; quelquefoii^ encore 11 tfeiigdge à Mte pbàt son mdtre tin oit deux voyages par an à Pélersbourg ou à Viborg. Cest iÊMe espéee de serrage volontaire régie par un ))aU, «n servage assez péMble, si l'on pense que lé torpAr est souvent obligé de quitter son champ dans leâ moments les plus Importants et de s'en alier Itti^^éme, à cinq ou six lieues de distance, se medre à la disposition de sou propriétaire'; maisle Fiotandais est doué du caractère le plus forttent et le plus résigné. Nul autre peuple n'accomplit comme cehtlHil la sentence de la Bible : «Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. • Il travaille sans murmurer, et soutfré sans se plaindre. Tel je l'ai vu, il y a trois ané, dans les «Mii^res provinces du Nord, teljeîe retrouvé •loi sur ces côtes méridionales, et je rôbserve tKVeic iHi profond sentiment d'intérêt et de sympathie.

Malgré le mélange de races établi dans la ÇfoVince de Viborg par la conquête et les colonisations du commerce , la tribu finlandaise â encore conservé plusieurs de ses anciens usages. On rencontre encore çà él ïà des foniilles nomkreiMOS qui di^puis phisieups générations for-

svA tUL imniB. 119

mMÉ«tt peUiÉMmde h p«il, ctflt^iinMfii IMmëH ehâmpB ^ viveftt de la nlèmë vie ^ et lie «^KlUeiit S Attoune femltie éiradgère. Uil d^é Vtelllm ds de la tribu a sar elle M Moendanl j[)!ilr!areal ; f( ordonne et il coHfieUle^ H apàteè les diBei^ëirts et oondamae tes!«oirpiiMe&i Sa pâk*ôle.est aimée et respectée comme celle d'un père , et son jugemam. a pM d-ariÉt^té ^ ëettfr dM tHbutïuL A voir «ne do t^eë hott^l(>^ faMiHèé rëunié dans Fsnoelate de se» âdtttttîhes^ flHëlîynt ))a^^ adc mêmes JUifttattm e« ^*à^feétit^dl atix MêiHes 'fêtes , ofi dibEai une 'iâatlluikiiÉ tlë frè^e§ ifid^âtes , mdins lei fig«e«r6 d'iihis t6i systématique ^et la (Hkitiri»ittC»:d'(in> dëVtMr jmitilttli^r. Tbut èsl ià

amoufy uâtoii (i<)âfiaûKië; ttitiâi les membres dé cette eowniuiiaiiié adnt aitàéhé§ Furi à l'autre parl^ Buuvetiirs d'une aO^Uon héréditaire j pal" les lietis du satigt ^Itfl c|Ui lëâ dkigë e^l leulpârent à lau8> leur pèi*e, et leur aieitl, letir Nes^ tor par Tàgey imt Meâto^ pârT^s^tpët^ieuce, Itnit* ikÊÊlre par un feentUnent réciprt)que de confiance et de tendretoO; L'iniérèi et Torfueiloet titnené la rétoite daiis le saDctisnire de eeti piéu^s 06«sociaUons. De jour en jour leurslleusserelftobettl et sô brisât Un vieux provGii)e fltilaoddU éil^t

» MîN» viiA uM liogfiegQefVi âti'itiie mmi^atev

2^8 tnrTfiES -

paix 'y q«^d le& membres de randenne communauté senteAt que les fondements de la concorde générale sont ébranlés i ils se retirent et s'en vont chercher ailleurs une autre demeure^ Bien* tôt il ne restera plus de ces. touebantes réunions de famille qu'une image voilée et un souvenir lointain.

Les cérémcpiei» usitées autrefois dans les flan-* cailles et le mariage subsistent encore dans lâ l^lupart des paroisses. Qutmd on jeime homme veut se marier, il choisit parmi ses parents ou çarmi les paysans les plus e^Lpérimentés du village un orateur chargé de formuler sa demande. Tous les deux s'en vont devant la maison de celle dont ils veulent solliciter la main $ les parents de la jeune fiUei prévenus de leur visite, les amis et les voisins 9 sont réunis dans une même salle. L'orateur prend la parole , il énumère en termes pompeux les qualités , les mérites du prétendant, tout ce qu'il pos^de déjà et tout ce qu'il possédera un jour. Quand il a fini > sa Jmrangue, son client s'avance et offre des pré* sents aux plus proches parents de la Jeune fille , un anneau à celui-ci > une ceinturera celui-là, quelques pièces d'argait au père et à la mère. 'Sices présents 8(uitikcoe|>téSy û est atois o^mme

SUR Lk RUSSIE. )29

fiance, et H a la pennission (TaHèr dans Id chambre voisine cbereher sa fotpreëponse, qui, pen*dam ce temps, est restée sede à l'écart. Les fiançailles se célèbrent ordinairement dans lé dmeiière : est-^e une idée pidlosophiqne qui pmène là le jeune couple? esltee une pensée re^ llgieuse? Lescdeux fiancés, en. échangcaiilt leur anneau sar la demeinre des morts y dolvent^ils abaisser leurs regards vers la terre et se dire que là est le terme de toutes tes Joies bomaines , ou les élever vers lé ctd et songef^ces régions étemelles bù cenx qui se sdnt «imés dans ce inonde se réunissent un jour pour ne pins se quitter?

• ' Quand cette première cérémonie est accom-plie, la fiancée s'en va avec une femme, qni est son interprète, faire une tournée dans la paroisse. L'oratenr féminin prend la parole et appeDe la sympathie de ses auditeurs sur celle qui bientôt quittera son heureuse vie de jeuiie fille pour se dévouer aux soucis, aux anxiétés d'épouSe et de mère, et chacun alors lui apporte son offrande. eelui*ct hii donne de la laine pour tisser ses vête* ments, cet autre quelques ustensiles de ménage, m du linge, on une pièce d'argenterie. Cest là ki complctnent de sadcir^f humble trésor qo^dle T. I. 20

M -, unrtftfis

reewUle aveejote ut rècbntiatBfiattte y bar à cfao* Dira deoe$ taideftl«t prësenis tst attache tin vœA du^œur^ ua seaiinent tfaflfecdoo» Les Jettaes fll* tes mhea fom testa oette oollecie nuptiale ; si dles R*olit pdft beaom des dons qui leur sont of* feptsv elles aiiiieDipoui*iantà placer auiôii^tfellea^ éails tenr nouirélle demeur», ees dîmes volonui^ rl9s de Tamitté^ ooauiie des égidei prateetrioas eu dea amilettes^

, LesQiMmaeeéiè))ratita!fecuiiegraiidep(nnpéi XoUs tes pai^HS;ei amiayBônt ibvîtës h pMieurri Meues. è la reAde« La «ait^ apparaît ad milîM d^e&cKkivîTes avec une oonroime dorée qui he loi appartient pas; elle l'emprunte le maitn et la read Ht soir. M'esl^œ pas uki teuchant en méldncolique symbole du bonheur qui brIUé aUjoiîN d*hiEi sai* UQ froat ria&l et detnain répand ses lueurs oélesies sur un abire visage ? A la fin dU fltoeri la «aariée s'avaatee comoie uhe Walkyrîe des t^n}ps anciens, ei ?erse elte-niéme la bière à tous les.eonvives; puis on lui fait encore de nouveaux présents pour la reAiereier de son hosN pîAaltté^ et elte fi|tti(te ta odailon de sèi^ |iai*ehia pour entrer daa^ eeltede son époi»«

. Daiis quelques paroisses , oa croit i)ue lea HWt(S^&'i»yeiUe0t de ifarbKit dOmmeil trois M|

l^ar an» ftmt muMlmSit^s va11« oanoUtai^Mpi»-

Pàquçs fit à la :^ii|t7J^q. G^s JMfi^rl^^ilfliif»

i^rocbe^ timn^ éijm^ w^ \^^ t^miio cu^ i^t^

tes d^ )^i^ I ite^ piif» cto iiûm^oq vulgstremeiit appeléf^ ^^J\^ |@ piiy^ firitgM^, ftiA qu'en «bidch vfipt )4 ^f^i^i^ gHi 9Q}«rrQ Iftiir imi-DuélI, ila wurouveai up so^Yepir â^f^/4ie^ «ui 1^ i#>aiiMienli çt (^^ éir'e$ awé^ qui le9 pélébn^iii^i ^viu^wv;. Après avoir vu ^t i>fff n |^ (Uis<)rnça4d Vibtrf» yisiia spq éfilû^ gr^P44fP 9\W^ tf iiOWW #A dp florwe&i p^rçQ^ru fif^ onvlrQ^fi, ^ Mit U4s ba;iy X. ei( Mrçi^ pi^^^^ifu^^i çivm IPUr |)i MO* avD^ ^ faup^foqfialre (»t (^ p^ir^Maod» rû£9âiw ei 1^ ^Pnrg^a, il fatf^ir e^B^pdan^ ^fl«^r è «oiUîMMr ]»4 f o^tft Y^ro P^ter^urg i «t ^ niét^it pa« 0» .peUt Bi^^làm^t VuQiai)o 4iUeet6d qui eûitak ici il y a quelques fiupéda ^çmaé «« vn^rages^ it i'QP fqTQqwi«9 Yf4« te «eqèim d; w bateau à vflr jf^fiur i il vHï m a poip^ Force mit tu di avok . mi- «pprs ^niL 4^airfH04 da payma^aiapaBie lîwrar 4^ waiNm tflliia,mit# qui jouit dam ^teoté k f^i))gi»494'uifaJuM«0éla)»iid* Paf ibonbëar, t'^ v^s i\MicaAli)éiii| n^aaiaiiitdA LyâDy M.fiaaaan, j9Hna btfMftad'uii «^Nrifcaukîvé^d'miailNaBeir am «t toolaMy tii ai prtpiaaik da fiûw la

«232 LBTtHEg '

-Métti^ traiîét,iftt je itte j'ôlgiiis 5 M avec Joie. À «De si longue distance du'sôl lïatsrf', au milieu 4*1016 peuplade étrangèi^e, il est tà doux de re- -trouver Himnonie de la langue maternelle , dé sranrer la main d'un eompau'îcite, d^enténdre parler de ki France avec amour et expansion !

Nous voilà donc tous deux montant sur une i^harrette découverte , à quatre roues , et nous asseyant qui de ci , qiii de là , sur nos malles et Bos valifies^ le corps sans appui, les jambes pettdantes^ très occupés de nous tenir en ëquf* lH»re sur u« siège vacillant, et demandant ati del dVnrHver autant que posi^ble sains et saufe àPétersbourg* Si Sétrt<m nous eût vus sur notre tott^reau , avec nos cartons à cliapeau d'un «6té, nos sacs de nuit de Tautre, nos oscillations à chaque <»boc, il eàt ajouté un cb£(pitre'dep!us là sou Itomian eomiqtte. Tout alla bien cependant sur un espace de quelques milfés. LeisToi- -taresétaieiUiassez larges, les^pôstiHoiis honn&tesiet complaisaats, la contrée pinoresquè. Nous (étions partis lé soir, et nous jouissions avec boiibôiré'une de^^esbellesnuità, ou plutôt d'un de ces charmants ^demi-^ours qui pendant t*été ré^ poBdmt sur les paysagissâo Nord «M 4e teinter -m dottceft)d'oid^ *fi|t de IwnîèreiiNws éous eaa

SVR LA RUSSIE. %hh

allipns sur notre rude siège, taui^i couieuiplant en silence 9 à travers le feuillage des arbres^ les teintes de pourpre de Tborizon que le soleil n'abandonnait que pour un instant, tantôt nous rappelant l'un à l'autre avec enthousiasme les plus beaux sites de notre pays, et évoquant dans nos causeries, au milieu des profondes fori&ts de la Finlande , les riants aspects de nos vallées et de nos montagnes.

Mon compagnon de voyage n'avait qu'une prédilection qui me chagrinait fort. Il vantait toiyours les rives du Rhône et de la Saône , les vertes prairies d'OuUens, les coteaux deFourvières, moi je voulais qu'il se passionnât également pour les bords du Doubs et les montagnes de Franche-Comté , et c'était là un long sujet de discussion. Alafin, nous fîmes un traité de paix, et il fui convenu que nos chères provinces étaient les deux plus beaux pays que l'on pût voir et leurs habitants les pfais excellentes gens qui se trouvassent dans le monde.

La satisfaction qui entra dans notre coeur lorsque nous eûmes conclu et arrêté avec une sagesse de diplomates tous les artkles de ce contrat patriotique, fat bientôt amèrement troublée par l'aspeei dies nouvelles stations, ou nous cbaiï-.

234 LETTEES

gions de efaêvaux et de voitures. A là place des larges charrettes qne nous avions trouvées aux environs de Viborg , voici dea tombereaux où nous ne parvenons à nous asseoir qu^en nous pelotonnant sur notre tolfre, le menton sur nos genoux. A la place de nos bons et officieux postillôns de Finlande, voici des paysans qui appartiennent à je ne sais quelle race, et qu'on prendrait pour des sauvages; la civilisation n'a encore rien fait pour ces hommes-là ; le rasoir n'a point attenté à leur barbe, les ciseaux du coif^ feur n'ont jamais touché leurs longs cheveux semblables à une quenouille d*étoupes; le tail* leur ne s'occupe pas de leap vôtdmeni. 11k ne portent qu'une grande paire de bottes et une chemise nouée sur les flancs par une ceinuire de couleur; qudques uns mettent une veste ronde en toile sur cette ehemHe, mais il nous a paru qu'en général ils rer^rdaient oe «arorrtt de vétem^t comme un luite fort inutile. Les maisons où nous nous arrêtons exhalent une odeur fétide. A sept heures du matin , nous en apercevons une dont l'aspect extérieur nous se* dttît. Notts entrons dans le corridor { il est oe«? cupé par quatre paysans étendus tout de leur long sur le plaiieher. Pans la chambre totsiae.

SUR hk UltftSIE. %M

vmhnai» t^oonehëa à nuQiUé hm sus la eouv«Pture de son }U; Mm ^oufamsBoiis asseoir 0t toutes les obaises séM eiHif ertes ûkine si épaisse peu^sière, que nous m satiMis eoiDnitent les prendre. Notre intemim «s entrant là était dé démoder «ne ta«*e de lait : il ne Mkiit ipie Jeter un coup A'asXL sur les piéoes de vaisselle ëbrë-' chées et dispersées de eAié et d'autre peur ou* blier aussitôt la sôif la plus impérieuse.

Quaat h la rouie où notre postillon nefus con-* duisaii, comment la décrire f Dans quelle lan« gœ y dans quel diotionnaire trouver des mots assez caractéristiques pour représenter ces lam* beaux de pavésinterrompuspar des crevasses, coupés par des ornières , ces amas de pierres jetées pèle-^mMe, ees bonds impétueux de notre cbarrette et ees vadlleraents perpétuels? Le meilleur earrosskr de Paris n'inventerait pas, avec toute sm babfleté, des ressorts assez flexi-btos pour rendre supportables les secousses d'un landau dans cet atroce u^àjet. Que Ton juge de ce qu'oo doit soufficlr dans un tombereau posé sur deux- brancards! A tbaque instant nous étions obligés de nous cramponner aux lambris de notre équipage pour ne pas rouler dans une on^àre^ ou d'étendre les deux siaius sur no-

23G LETTRXS

tre bagage de voyageur pour rempâoiieréefler perdre eo pleine campagne. Après uoe demi béure de,marotie ^ ou p«ar aûeiiaL dire de aavi- : galion orageuse sur oes^roes et eea éoueils» le cadenas d'une de i¥>s miAles ^ysài éclaté eu morceaux , une de nos valises s'était- biisée, un de nos sacs de nuit était déchiré;, un carton à. chapeau s'en allait en lambeaux* £n arrivant à « Pétersbourg» tout ce que nous avions emballé avec une rare dextérité de voyageurs était renversé^ froisséi couvert de boue et de poussière. Quelques paysans de cetie province, qui aboient que les morts peuvent à certaines épo* qijes visiter leurs maisons , et <|ui n'ont nul en- . vie de les revoir, placent le cercueil qu'ils con- . duisent au dmeiière sur la cbarretiela plus rude et la font passer par les cabots les plus violents, afin que dans leur fosse , les pauvres morts se souviennent des fatigues de cette route crudle et ne soient pas tentés d'y remettre le pied, li me semble que les chemins et lescbarriots de poste de Vlborg ont été fait en vue des étrangers avec la même intention, et ceux qui ont eu cette idée ont parfaitement atteint leur but. Je suis bien sûr qu'à moins d'y être absolument forcé , pas un voyageur qui aura connu par expérience l»^

durcies de ce chemin de ViboBg ne l08 affrontera de nouveau.

 huit lieues euvirou de Pétersbourgi* notre cocher arrêta ses dievaux au pied d'une large barrière en bois qui traverse la route , ôta re^ pectueusement son chapeau , et.entra avec une profonde humiliié dans une maison gardée par des factionnaiies. Nous étions à la frontière russe, et cette maison était la douane. La Finlande est pourtant incorporée à la Russie depuis plus de trente ans. Probablement on ne se fie pas encore assez à son contrôle, à ses lumières, pour lui abandonner le soin de visiter et dé juger les voyageurs qui arrivent dans la capitale de Tempire. Du gouvernement de Yiborg, conquis par Pierre-le-Grand, on entre dans celui de Péiersbourg comme dans ime qontrée étrangère.

Deux hommes vinrent prendre nos malles et les visitèrent avec un soin minutieux. Les livres surtout attirèrent leur attention ; j'avais eu la précaution de renvoyer à Stockholm tous les ouvrages d'histoire ou de littérature que j'avais recueillis pendant mon séjour en Finlande; il ne me restait qu'un dictionnaire russe et un roman russe de Sagoskin ; un employé supé-

SSS tBTTAES

rteur prit cês ouvrages, les fèailletd ei) tous sens piour s'assurer qu'ils ne renfermaient pas quel-que supercherie, et les montra h un de ses collègues pour se mettre à l'abri de tout soupçon. Après cette double inquisition , mes innocents Hvres russes me furent rendus ; mais une malheureuse feuille égarée d'un journal français allongea la visite d'une bonne demi-heure. Les employés rcprh'ent l'un après l'autre mes effets pour voir s'il ne s'y trouvait pas encore quelque fragment de ces feuilles fimestes, et comme , grâce à Dieu, je n'en avais nullement fhit provision, on nous congédia très civilement; nous regagnâmes aussitôt notre voîture.

Après les employés de la douane , c'était le tour du maître de poste ; il vint nous demander à voir noire podoroshna. Le podoroshna est le titre officiel en vertu duquel un voyageur obtient des chevaux le long de sa route, ou, si l'on aime mieux, un supplément de passeport inventé pour soumettre à une seconde rétribution tout individu à qui il prend fontaisie de se promener en voiture dans le pays. Le maître de poste nous rapporta notre podoroshna visé , bien entendu, moyennant une nouvelle taxe , et nous força de payer quatre chevaux , ce qui était encore un

6vit M tmstt^ Itt

autre iMie d'impk \ iftut a^QVboft tftiqnsanili i;sbevi|ttxii»i|uè4ày «iJi iioas êfenibliiHiloee'tfliitl bien ûssent QiiQtlâ4rimt tfiiisirëfiéQObDèlDjpilè par rattbleaet pftr kopeohs^ il nous iMomb M doigi an cabarel r<yn^ cœimM un qe& de InK* yeuPi et non» demanda si tnoUs né tontion^ poB y entrer pour boire ^^ disah^'ll ^ «neimme bon** taUe de vlQ. Cknte fois H bimis pardt qall ontre^ passait ifs pègl^ai^nts^ et, malgréi notre Kspeet pour sa'caM|i|#UeQ galoas^et sas Habit à ooltec vôr4i, m^^eviktmB p^Hivoir^flansBonsJtendikeiMH paMes d*utte (rop grande însubDt'dhiatta%ré0ifl^ ter àsademaAde;

A la aiatioii^uifontâ , nduivl examen du po« doroslma ei nouvelle taxe t lioua. n'étions filiio «api'àquatre Keuesde PéieiMoiirg, et novsatHona pu nous croire au nlHiendiâii aomljre» et silob^ cieux di6iri(9ts. du NoT tlaaA ^ ûnvi de vous eôlés^ nous ne voyions qu'ltos épaisse forêt éè piiis et de bouteanx i et pas une .pcunir de eloclMer ^ pas une . babiliUî^n* Çnfin^ no«§ anivons à la barrière gairdée par «ne d^nli'âollBairie^de fccK tionoatre^ et un,:bataiik>o de grenadiers) on douanier visîie encore de fond en comble nos coffres, un ofBcier fait une inspection minuiieusn de nos papiers ; grâce à Dieu, c'est fini, et nou9

2&0 LETTRES suit LA KUSSIE.

scrnimes à l^étersbourg» Pas du tout r les puissants maîtres de Pétersbourg gut, dans le cours d'uB siècle , ont couvert d'édifices un si vaste espaee, aspirent à en occuper un plus vaste encore , et, pour ne pas. être obligés dé reculer quelque Jour les barrières de leur capitale, il les ont mises, par une sage précaution , à une bonne tt&œ de ses linhes actuelles. Nous voilà donc errant encore pendant une grande heure sur notre charrette , sautant comîne des poupées de carton sur ses brancards et supportant avec une merveUleuse résignation ces secousses inattendues. La première chose que nous cherchâmes en arrivant dans la capitale de Fempire russe, ce ne fut , je Tavone , ni l'église en marbre dlsaac, ni le Palais d'Hiver, ni tout autre édifice dont le Guide du Voyageur nous avait dépeint les magnificences dans ses métaphores ojBBcielles : ce fut une maison de bains. Cette prï^»ière incmrsion mtra muros nous procura la satisfaction d'apprendre, en payant cinq francs pom:* une heure de repos, que nous étions dans la ville dTurope où la vie est le plus coûteuse «

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