SUR LA MSSII. ISI
cëdentl) dW caractère aussi passiobnë^ aiMit entreprenant que celui de WseineRKBitten le sage , de WaBinemœinen le vieua , comme Tap^ pellent les traditions, est prudent et ri^servé. Il s'appelle Louminkainen , et Ton ne ^il à quelle race il appariient ; ce qu'il y a de sur seulement^ c'est que sa mère est une habile sorcière. Elle
prévoit les malheurs auxquels 11 va s'exposer,
et veut l'empèclier de quitter le seuil paternel. Tous ses conseihi sont autant de paroles per* dues : Louminkainen aime la Jolie fille de Po-^ hiola et veut la demander en mariage. Pour Tobtenir, il faut qu'il tue d'abord un élan dans les domaines de Hiisi , le redoutable géant qui gouverne les forêts. Cette première épreuve ac^ compile, il faut qu'il s'empare d*un cheval sauvage; eafiu, qu'il atteigne un cygne sur le fleuve de la mort. Ici il est surpris par un sorcier qui lance contre lui un serpent venimeux . Il tombe dans les eaux du fleuve , et le courant l'emporte dans l'empire des morts , où les fils de Tuoui le ccmpent en morceaux. Sa mère, ne le voyant pas revenir, part avec les ailes de l'alouette pour Pohiola, apprend de quel côté 11 est allé , et le cherche pendant de longs étés et de longs hivers. <£ £Ue ne sait pas , dte le poème, elle ne
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sait pas , la pauvre mère , ce qu'il est devenu , à quelle chair la chair de sou fils est noélée , dans quel sang coule son sang , s'il est encore sur les vagues ou sur la terre , sur les rochers ou dans les bois. Elle erre dans les forêts comme un sanglier \ elle se glisse dans Teau comme un serpent aquatique ; elle court à travers les pins comme un écureuil, et à travers les rocs comme une hermine; elle le cherche sous le feuillage des arbres , sous les touffes de gazon , sous les racines de la bruyère. Elle interroge le sentier de la montagne , la lune et le soleil : le sentier et la lune ne l'ont pas vu ; le soleil lui dit qu'il est au delà des mers, dans le fleuve des morts. • Elle se fait faire alors un râteau d'acier dont les dents ont cent brasses de longueur, elle tratne ce râteau dans les vagues profondes , retire l'un après l'autre les membres de son fils ; quand tous ces membres sont réunis , elle invoque le secours de MéhiLaeiueu. L'oiseau magiqueVenvole au delà des régions du soleil et de la lune, pénètre dans les propres saurees du créateur ^ trempe ses ailes dans le miel de la vie , puis revient vers la pauvre mère, qui, à l'aide du baume céleste, ressuscite son fils.
Cependant Waaiaemœinen veut retourner à
Pohiola et demander la main de la belle jeune. fille. Par malheur sa mémoire infidèle a encore perdu le souvenir des trois mots puissants , des trois mots magiques, sans lesquels il n'ose entreprendre ce voyage difficile. Il veut aller les chercher dans l'empire des morts. Les filles de Tuoni tâchent de s'emparer de lui et lui jettent, au moment où elles le croient endormi, un réseau de fer sur le corps. Waeinemœinen , qui est sur ses gardes , se change en pierre et roule dans le fleuve , puis se change en serpent et passe à travers les mailles du réseau. Il sait qu'il peut encore trouver les mots dont il a besoin dans la bouche du vieux Wipunen ; mais la route est longue et difficile : il faut passer sur les pointes d'aiguilles des jeunes filles , sur les glaives acérés des hommes, sur les haches de combat des héros. Il se fait des souliers, des gants de fer, une armure de fer , se met en chemin, et arrive au lieu où repose Wipunen, sur le sol où il repose depuis si longtemps qu'une . forêtcpaisse s'est élevée sur son tombeau. Waain^mœinen renverse la forêt, plonge un pieu de fer dans la bouche de Wipunen, qui se réveille et cherche vainement à se dégager du rude instrument qui le torture et le déchire. Il se résout
IM LETTHES
enllii à tëder ftu Vten de son (erriblé adversaire; et chante nn chant magique. Le fleuve , en Tentendant, cesse de soupirer et la mer de gémîr.
Maître de son secret, Wœinemœlnen se dirige vers Pobiola , et son ft*ère Ilmarinen y arrive en même temps que lui. Loubl, en le voyant venir, engage sa fille à prendre Wœlnemœînen pour époux. La jeune fille préfère Ilmarinen, qui cependant ne peut obtenir sa main sans avoir encore accompli trois travaux herculéens. Lé premier est de labourer an champ plein de vipères , le second de dompter des ours et des sangliers, le troisième de prendre sans aucun instrument de pèche un brochet dans le fleuve de la mort. Ces trois épreuves faites , le mariage est décidé , et le pauvre Wfieinemœinen s'en retourne fort triste.
Les noces se préparent à Pobiola. Le grand bœuf dont la tète et la queue touchent aux deux extrémités de la Finlande, doit être servi sur la table du banquet; pendant tout un été et tout un hiver, on travaille à brasser la bière qui doit réjouir les convives. L'écureuil et la marte y apportent les ingrédients qui la font fermenter; Foiseau magique y répand le miel qu'il est allé chercher au delà de neuf mers. Louhi invite m
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festin de noces les pauvres et les ?ftgabofids, les boiteux et les paralytiques ; elle veitt aussi avoir des chanteurs » et WfBioemœiuea , surmontant sa douleur, arrive avec sa harpe et chante pea* tlant trois Jours.
La noce finie , la jeune fiUe se met à pleurer selon Tusage ancien qni existe encore dans quel* ques districts de la Finlande et de TEstonie^ Elle pleure et s'écrie : « Je le savais , Je le savais, une voix me Tavait dit dans les années fleuries de mon printemps : tu ne resteras pas sous la tutelle de ta mère , dans le sein de ta nourrice. Un époux viendra te chercher, tu au-* ras un pied sur le seuil de ta demeure, un autre dans son traîneau. C'était là le rêve de mon cœur, Tespoir demes années fleuries. Maintenant mon départ approche, mon espérance se réalise. J*ai un pied sur le seuil de ma demeure» un autre dans le traîneau de mon époux. Cepen** dant Je ne m'en vais pas avec joie , je ne quitte pas avec bonheur la maison d'or où j'ai passé ma jeunesse. Je m'éloigne et je pleure. Ma mère bientôt n'entendra plus ma voix , mon père ne verra plus mes larmes. Comment les autres fian-eées peuvent-elles être gaies? Gomment leur cour peut^il être dans ce moment joyeux comme
une aorore de printemps? Moi, le sois triste comme le pauvre cheval que l'on vend , comme la pauvre jument que Ton emmène. Ma pensée est sombre comme une nuit d'automne, sombre comme une obscure journée d'hiver ! •
La mère alors prend hi parole, la console et lui donne des avis. Tout ce chant est comme une idyllecharmante, tantôt pleine d'une grâce naive, tantôt parsemée de détails domestiques qui peignent avec vérité les mœui-s actuelles de la Finlande. « Ne t'afflige pas ainsi , lui dit-elle. On ne t'emmène pas dans un marais, on ne te con^ duit pas dans un ruisseau. Tu as épousé un homme excellent, un guerrier hardi, un habile forgeron, un maître de maison qui mange un pain pur, et qui en donnera ù sa femme un plus pur encore , un chasseur qui s'en va sur les bruyères désertes, dans les forêts , et ne laisse pas ses chiens dormir sur la paille. Trois fois déjà , dans ce printemps , il a préparé le bain de vapeur , trois fois il a peigné sa chevelure, trois fois il s'est essuyé le corps avec des branches sèches.
« Ne t'afflige pas ainsi , ne t'épouvante pas de quitter ta mère . Ton époux possède de grands troupeaux, cent bètes à cornes, mille bêtes au$
mamelles pesantes , mille autres couvertes de laine.
• Ne t'afflige pas ainsi , ne t'épouvante pas de quitter ta mère. Ton époux n'a pas une terre où la moisson ne mûrisse j pas un sillon où l'avoine manque, pas un champ où le blé ne pousse. Au bord de chaque ruisseau , ton époux a un grenier plein de grains, des amas de semences en chaque endroit , une forêt où il cache son pain , une autre où le froment jaunit , de l'argent en quantité.
« Ne t'afflige pas ainsi, ne t'épouvante pas de quitter ta mère. Ton époux a des coqs de bruyère qui voltigent autour de lui , des coucous dorés qui couvent dans ses bois , des grives qui viennent gaiement se poser sur les rênes de ses chevaux.
« Et maintenant écoute , ma douce enfant , ma jeune sœur que je vais quitter , mon chant d'amour, ma plante verte, écoute les paroles de la vieille femme. Tu t'en vas dans une autre demeure, tu vas trouver une autre mère. Il n'en est pas dans une maison étrangère , auprès d'une nouvelle mère, comme dans la maison paternelle, sous la garde de la nourrice. Ne sors pas légèrement le soir, au clair de la lune;
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le mal qnt m tett, 6n le sait dans la maison. Le mal qui se fait, le mari le saité
« Il faut que tu prennes garde aussi soigneusement aux rudes discours du vieillaitl^à sa langue acérée et lourde comme une pierre, aux froides paroles du beau-frère , aux propos moqueurs de la bellc^sœur. Si le vieillard est fougueux comme un sanglier, et sa femme farouche comme un ours, si le beau-frère est acerbe comme un serpent, et la belle-^œur aiguë comme un clou , il faut que lu leur montres la môme patience, la même humilité que si lu le trouvais devant ta propre nr.ère ; il faut que tu aies la même soumission envers le vieillard , le même i-espect envers le beau-frère.
« Écoute, mon enfant, les paroles de la vieille femme. Il ne faut pas qu'une mailresse de maison reste toujours ù la même place ; elle doit visiter la grange, entrer dans la chambre où Tenfaut pleure , le pauvre petit enfttnt qui ne peut pas parler, qui ne peut dire s'il a froid ou s*il a faim, jusqu'à ce qu'un ami lui vienne, jusqu'à ce que la voix de sa mère arrive à son oreille. »
La bonne mère se tourne ensuite vers le jeune époux et lui dit : « Fiancé, mon bon frère, il ne faut pas que tu emmènes notre douce colombe
pour lui Mre soufrir te besoia, pont* im^elie pé* trUse du pain d'écorce de bouieati ^ ou des g&* teaux de paille. Il faut que tu renunèoes dans une riche maîaoo» pour lirer le grain de l'an*moire, pour manger des listeaux avec de la crème , pour goùlor un pain de froment , pour péirir une pâte pure.
• Fiancéi mon bon frère, il ne faut pas que lu enseignas à noire douce colombe le chemin qu'elle doit suivre, avec le fouet du nmt(re$ il na faut pas qu'elle soupir^ sons la corde, qu'elle pleure sous la verge^ qu elle gémisse sous la lanière. Songe à ses fraîches années, songe tk son cœur de Jeune femme. DonneMui tes leçons avec calme, Insirui^^a quand la porte est elose^ instruts^la par lu parole la première année, par le regard la seeopde , par le geste léger la troisièn)e» Si alors elle qeVcpond pas a les vceux, (Ire un jonc du marais , une plante sèche des champs, touche-ia avec la pointe d'une baguette,cbàije-la avec un roseau, ^yeç uno branpbe d'ar-* bre couverte de laine.
« Si alors elle ne Cobéit pas, prends uoe verge dans la fiorét i prends une branche de bouleau , cache-la sous ion babit , afin que les babiu^ka d'une autre maison ne puissant la voir { frond««
ISS LETTHÉi.
lui les épsniles, aMonplis-lui le dos. Ne Ist frappe point sur les yeux ni sur les oreilles , de peur qu'en voyant son visage meurtri, le beau-père et le beau-frère ne demandent si elle a été attaquée par le sanglier et maltraitée par les ours. •
La jeune ille cependant pousse de longs soupirs. La douleur est dans son ame , les larmes coulent de ses yeux. Elle éclate en sanglots et dit : « Je n*ai pas été autrefois plus malheureuse que les jeunes filles , ni plus pâle que les poissons du lac. A présent, je sqjs plus malheureuse que les autres jeunes filles, et plus pftie que les poissons du lac.
« Comment récompenserai-j^ ma mère du lait dont elle m*a nourrie et naon père de sa bonté ? Je te remerde, mon père, de Fasyfe où tu m'as élevée, des aliments que tu m'as donnés. Je te remercie, ma mère, toi qui m'as bercée dans mon enfance, portée toute fisiible dans tes bras , et nourrie de ton sein. Je vous remercie, braves gens de la maison , ô mes amis d'enfance , vous avec qui j'ai vécu, avec qui j'ai grandi dans mes belles années.
« Maintenant il faut que je quitte la maison d'or^ la chMMbre de mon père, la demeure hospitalière de ma mère. ^
SUR^tA RUSSIE. 13S
« Que le «bonheur soit avec toi , 6 ma chère chambre, couverte de lambris ! il me sera doux de revenir ici , de te revoir encore. Que le bonheur soit avec toi, chambre de mon père, avec ton plancher de bois ! Que le repos soit à jamais dans cette hahttationy dans les beaux surbres qui l'entourent , dans les champs que je vais quitter, dans les forêts pleines de fruits savoureux, dans le lac avec ses cent tles, dans la vallée où j'ai grandi avec hi bruyère I »
. Ilmarinen «niporte hi jeune fille dans un traîneau , et s'écrie : « Adieu, maison de Pbhiola, adieu, arbustes du ruisseau, arbres puissants de la forét,.broussaiUes des champs, fruits de la val* lée, et vous , plantes du lac , et vous , rameaux de Taulne, tiges du bouleau, racines du sapin , adieu. » -
Et il s'éloigne, tenant d'une main les rênes de son cheval , de l'anire enlaçant le corps de sa jeune femme, un genou hors du traîneau, un ge-* nou près d'elle. Le cheval court avec rapidité, le tratneau glisse légèrement sur la neige. Bientôt Ilmarinen distingue la fumée de son toit ; il arrive à la porte de sa demeure, et sa mère est là qui accourt avec tendresse au-devant de la femie mariée, et les festins recommi^ncenl, et WaeJne-
1S4 twtku
iiMBiiieii^ rephniavi «a harpe, etttèbre totiri tour daos se» chaiita lea kùxen de la inaison»
A ee cbant nuptial succède ud épiaode doM rincorrtgibifi LouminkaioeD ^ qui a dëjè paaad par rempire deamoms, est encore le béros. Il a af^pris les projets do mariage, il veut lea fidta échouer^ U veut retourner à Pofaiola M épooter hii«*D)éBie ia jeune filiê. En voin isa mère ïu\ rè« présente avec angoislse lea dooleut^ qu'il a déjà souReries, les dangers auxquels il va de noovieatt s'expoaer. Le tenaoe Finlandais ne redoute rien^ il veut partir, il part, et, en apprenant que l# mariage auquel il voulait s'opposer est eonclu , que sa bien-aimée est loin, il entre dans une telle foreur, qu'il appelle au cofnfoat tous ceux qui Tentourent, et coffunence par tuer le maUre de la maison. Il revient chez sa mère et lui raconte ee qui s'est passé. La pauvre mère IV^iigage à se dérober aux poursuites de ses ennemis^ elle lut indique un refuge dans une lie où il passe d'2d)èrd une heureuse vie au milieu d*UH grand nombre de jeunes filles. On<lirait rite enchantée de Circéj et il est probable qu'il y a plus d'un souvenir de kl traâhjfa» grecque dans^ees chants du peuple Sttlaiidais.
Un beau Jeur^ LottmlMtâinen s^iperçoU que
SUR Là fttSSIE. iU
ion bèieiU eit brftië. Il en reconstruit nn ftuia^ tôt, s'abandonne de nouveau à U met^ el arrive sur lu grève de Pohiola. La terrible sorcière du logis amftsse alors une quantiié de frimas et en-* chaîne reoibarcaiion du voyageur aventureux dans les glaces. Lui-même n'échappe qu'avec peine à la rigueur subite du froid, se relire dans une forêt inoonnue, et s'écrie dans l'amer repen^ tir de sa témérité : • Malheur à moi, pauvre honoie! dans quel péril me suisrje jeté! Combien de Jours, combien d'années faudra-^^i que j'erre vainement ! Maintenant ma mère pleure i sou foyer, am uonrrioe se désole : -^ Où est mon ils f dit-elle, mon fils abandonné? Est-il dans les champs de Tuoni , dans les sombres plaines des morts? Pauvre femme que je suis ! mon fils à présent n'arrête pas le coq de bruyère dans son essor, les petits oiseaux dans leur vol, l'her* mine dans sa course , l'écureuil dans ses sauts. « Hélas ! non , ma bonne mère , ma tendra nourrice^ Tu as élevé sous ton aile une troupe de colombes et de cygnes. Le vent cruel est venu et les a dispersés. L'orage a renversé et brisé la barque des frères. Nous formions autresfois, dans des temps meilleurs, un cercle nom* breux ; la maison était remplie de mes sœurs ^
le taieao rempli de oies frères. A présmi^ H D'en reste pas on.
• Je me somriendni UMgoors des donoes années d'antrefois. Je grandissais comme une plante vigonreose dans noire maison, fêlais bean comme la llenr des champs. Beaucoup de gens alors arrêtaient leurs regards sur moi 9 et remarquaient ma force. Maintenant mon visage est noir comme les baies de la forêt.
« Je connais le sol où je suis né, et la chambre où j*ai été éleré. Je ne connais pas le lieu ou la mort me surprendra. »
Après cet épisode, nous revenons aux prindpânx héros du poème. Ilmarinen a acheté un esclave qui, selon la tradition, a rompu ses langes, a déchiré ses lisières trois jours après sa naissance. On lui donne un enfant à garder, l'esclave égorge l'enfant et brûle le berceau. On lui commande de défricher une forêt , il y jette im sort, et rien n'y peut plus croître. La femme d'Ilmarinen l'envoie paître ses troupeaux , et , pour le pimir de ses méchancetés, elle lui donne un pain dans lequel elle a mis une grosse pierre. Le maudit esclave , en trouvant cette pierre, massacre son troupeau et revient au logis avec une quantité d'ours et de sangliers qui tuent la
SUR LA KUSSIE. 157
femme dllmariaen. L*esclave s'enfuii. Ilmarinen pleure jour et nuit sou épouse chérie , et, ne sachant comment la remplacer , il fabrique une femme d*or et d'argent; mais il ne peut lui donper la parole, et, quand il repose auprès d'elle, il la trouve trop froide. Il en fait présent à son frère, qui la prend avec joie dans ses bras et s'écrie, après Tavoir serrée sur son cœur : « vous, enfants des nouvelles générations, tant que le monde subsistera , tant que la clarté de la lune brillera dans le ciel, ne vous faites pas une fiancée d'or et d'argent. L'or et l'argent jettent un froid glacial sous les plus chauds véte*ments. »
Umarinen, désolé de son veuvage, entreprend un voyagera Pohiola pour y trouver une nouvelle fiancée , et en revient sans avoir pu atteindre son but. A son retour il raconte à Wœinemœinen de quel bonheur on jouit à Pohiola par le magique effet du sampo. Waainemœinen l'engage à se joindre à lui pour s'emparer de ce talisman précieux. Umarinen cède à ses instances, se forge une grande épée et une magnifique armure, puis tous deux cherchent des chevaux pour entrer en campagne. Mais Waamemœinen entend un bateau qui soupire au bord de la mer
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et se plainl d*é(re abandonné dans Tobivelé, de ne plus sillonner les Tagnes, de ne pins com-^ battre. Les dcox héros, louches de ses plaintes, le prennent pour foire leur voyage. Wa;ine^ morinen se place an gouvernail, Ilmarinen rame. Ils rencontrent Louminkalnen, qni a une vengeance h exercer à Polilola, et se joint pAe^ ment ù eux. Tout à coup leur batean s*arréte et cesse d'obéir à la rame impatiente. WirinemœiDcn regarde d*oii peut venir Tobstacle qui les empêche d'avaucer, et s'aperçoit que leur barque est entravée par un énorme brochet; H tue fe brochet h coups d*épée, prend ses ai'cies, les dispose en forme de harpe, y met des cordes faites avec des crins des chevaux fougueux de Hiisi, des poulains de Lempo, Tesprit myst(> rieox , et la harpe est achevée , la harpe qui , dans ses profondes mélodies, doit avoir tour à tour Taccent terrible et solennel des vagues où le dieu a pris ses branches d'ivoire et le soupir mélancolique du bois où il a foçonné set eordes.
Le dieu Warinetnœlnen ofKre cette harpe aux Vieillards : ceux-ci essayent de la faire vibrer, et leur tète tremble; l*accord ne suit pas l'ao^ cordi te son joyeux ne répond pas au son joyeux.
SUR LA fttJSSlE. It^
Il te présente ant Jeunes gens : il» essayent de la ftilre vibrer, et iears mains tremblent ; Tac* cord qttlis en tirent n*est pas nn férltable ae^ cord, le son Joyeux ne répond pas an son Joyeux. Le gai Lonminkaincn la prend, puis l'habile Ilmarlnen, et ni Tun ni Tautre ne peuvent lui donner la vibration harmonieuse . Wff^inemœinen l'envoie à Pohiola , et tous les habitants de la maisoU) hommes et fbmmes, Jeunes garçons et jeunes filles, l'essayent tour à tour et n'en tirent que des sons discordants. Le vieillard se réveille dans son repos et s'écrie avec impatience : Ces« 6e2*defhire gémircetlnstntment,ce bruit fatigue mes oreilles ^ ses rudes vibrations troubleront mon sommeil pendant toute une semaine. Si la harpe du peuple finlandais n'est pas plus har* monieuse, laissez-la dormir en silence , jetez4a au fond des vagues, ou mettez-la entre les mains du maître. La harpe répond : Je ne mérite pas d'être Jetée an fond des vagues , Je résonnerai doucement sous la main du maître.
Alors , dit le chantre du Kalewaïay alors le sage Wseinemceinen , ayant purifié ses mains, s'assied sur un roc, an bord de Tonde argentée, pose la harpe sur ses genoux , la tient sons ses doigts, et s*écrie d*une voix élevée : Que celui
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qui n'a pas encore connu la douceur du chant , le charme de la mélodie, s'approche et écoute* Et il joue sans effort et il chante. Ses doigts courent sur les flancs et sur les cordes de la harpe ; le son harmonieux s'élève dans Tair, l'accent joyeux répond à l'accent joyeux. L'accord musical s'échappe des branches d'ivoire de la harpe, de ses cordes de crin.
« Nul animal dans la forêt ne continue sa course, nul oiseau dans l'air ne poursuit son vol. Le sanglier écoute dans son antre marécageux, l'ours sort de sa tanière, de sa tanière entourée de sapins ; il s'élance vers la barrière de la forêt, la barrière tombe, l'ours s'élance sur les arbres et se balance sur les rameaux, tandis que Waeinemœinen répand de tous côtés ses joyeux accords.
« Le vieux maître de ]a forêt, le sombre Tuopio , avec sa longue barbe , s'approche aussi , prête l'oreille , et tous les animaux dont il est le roi le suivent. Sa femme met ses bas bleus, noue des cordons rouges autour de ses souliers, monte sur les tiges de bouleau, se berce sur les branches de l'arbre, écoute les sons de la harpe et la mélodie de ses cordes.
« Il n'est pas m animal vivant dans les bois,
SUA LA RUSSIE. l&l
pas un être vivant dans l'air, pas im oiseau léger, qui ne s'avance et baisse la tète pour entendre ces doux accords. L'aigle vient des régibns élevées, le vautour descend des nuages, la mouette s'arrête sur les vagues , le cygne sort des lacsi les petits pinsons , lés alouettes et les serins accourent se percher sur les épaules du dieu.
« Le soleil avec ses rayons éblonissants, la lune avec sa douce lumière, s'arrêtent dans le ciel et éclairent la harpe.
« Il n'est pas un animal vivant dans les eaux qui n'agite ses nageoires et ne s'approche pour entendre. Les saumons et les truites, les brochets et les phoques accourent à la fois ; les petits poissons glissent jusque sur les bords de l'onde et s'arrêtent pour écouter le chant de Waeinemœinen.
« Atho, le roi des vagues, le vieillard à la barbe verte, s'avahce sur son siège de nacre ; hi belle reine des eaux peignait avec son peigne d'or ses longs cheveux et les essuyait avec une brosse d'argent. Lorsque le chant harmonieux arrive à son oreille, le peigne d'or tombe de ses doigts, la brosse d'argent s'échappe de ses niaius; elle s*élance en toute hâte, s'élève audessus des flots, et, la poitrine appuyée contre
110 roci écûote, ravie» le» bous de la harp^i te^ merveilleiMas mélodieft du ohant«
• Il ji*y a pas tin bëros, un homine an eoeur udarci, pas me femme qui ne soit émue jus'^ qu*aux larmes. Les jeunes et les vieux pleurent, et ceux qui sont mari<^ et ceux qui ne le soal pas, et les garçons» et les filles, et les peiils . •ufontst tons pleurent en écoutant les touchantes harmonies de la harpe finlandaise. Wsai^ nemœincn pleure aussi ; la source des larmes s'ouvre douoemeni dans son cœur, les larmes tramassent sans sa paupière et coulent plus ^UMlbreiiies que les fruits de la foréi» que les tintes d*aloueues, que les oeufs du coq de bruyère i elles roulent sur ses larges joUes, sur sa foiie poîirlne, sur ses genoux ci sur ses pieds ; elles pcnèlrenl à travers ses cinq camteolcs de luiue, ses six ceintures d*or, ses sept n^es bleues, ses huit vêtements de vadaiel-, elles rcMilent sur les rives de Vonde, et de ces rives elles tôm-* bent dans les flois limpides où elles se cban*^ gent en perles. »
J'éprouve un grand regret à rendre si mal»
dans une prose décolorée, cette page du Kafe^ wala^ qui, avec la mélodie, la richesse d*images des vers finlandais, est| sans contredit, une des
BtttlAftVlêifi. tki
p\M belles et plus ravissantes pagei qut exls« teni dans la poésie ancienne et modemei
Le chant achevé; Wœlnemteliien pose la hai^pe dans le batean, s'avance vers Pobioia, et déclare qu'il veut avoir la moitié du sampo. — Non, lai dit Louh», on ne peut partager VheniHne, et l'écnreuilest trop petit pour trois. W&Bînemceineii plonge, par sa magie, tons les habitants de la maison dans un lourd sommeil. I^s héros tfem* parent du «ampo, l-emportent dans leur bnrcpe et 8*ëlancent gaiement sur la mer. Trois Jours après, ils approdbient de leur bift, HsdlstlngtieRt les portes de leur demeure, Wselnemœlnen en* ton ne un chant Joyéwx, Une des servantes de Pohlola Téntend, pousse un crl> et tout le monde s'éveille. Louht cenirt à l'endroit où était eaché son sampo, et ne le trouve plus. La sorcière Implore le secours du puissant Ukki), elle le prie de jeter sur la route dès voyageurs un de ses plus terribles orages. Ukko exauce ses vœux : Torage soulève les vagues profondes de la mer, et Waelnemœinen y perd sa harpe chérie. Ifrriarinen, épouvanté, gémit de s'être confié aux flôrs. Son sage frère le console ei lui dit : — Les larmeii ne nous arradieni pas au danger, les gémisse-* mçnts ne nous sauvent pas des mautafs Jours;
Iftft LETTIIES
Cependant Lonhi, non contenie d'avoir, par ses invocationsi excité la tempête, s'élance sur son bateau, et poursuit les ravisseurs du sampo. Au moment où elle approche, Waeinemœinen hii jette un roc qui brise la barque où elle est assise. Pour assouvir sa vengeance, elle se change en aig^e, prend ses rameurs sous ses ailes. Vole sur le màt de Tembarcaiion du dieu, saisit avec ses serres le sampo, et s'efforce de l'enlever. En vain Ilmarinen et Louminkainen la frappent avec leur épée : elle reste attachée à sa proie et ne la lâche pas. Wœinemoeinen ne se sert pcmit de son glaive, il prend seulement la rame du gouvernail, et en donne à droite et à gauche des coups si rudes, que tous les hommes cachés sous les ailes de Louhi tombent dans la mer, et qu'elle même a les doigts meurtris et brisés, à l'exception d'un seul, avec lequel elle jette le sampo dans les flots. Une partie du précieux! talisman tombe au fond des vagues, une autre est emportée sur le rivage par le courant; Louhi ne garde que le couvercle du trésor. La sorcière, (tarieuse^ répand les maladies mortelles autour de la demeure des héros. Waeinemœinen chasse ces fléaux dans un autre pays. Elle en~ sorcèle le àoleil et la Itme» et cache leur lumière.
SUR LA RUSSIt. ihê
Ilmarioen et son fr,ère montent à la hoitième vouie du ciely pour savoir d*oii viennent ces ténèbres profondes. Là ils font jaillir, le feu delà pointe de leurs épées. Une étincelle tombe sur la terre et Tembrase. Le soleil et la lune sont encore invisibles : Ilmarinen fabrique deux astres d'or et d*argent j mais ils ne répandent aucune clarté. Wseinemœinen se résout alors à tenter encore une fois le voya|[e de Pohiola. Il s'avance intrépidement dans la maison hostile, et demande où sont les deux globes de lumière qui éclairent le monde. On lui répond qi('ils sont à tout jamais cachés dans les flancs d'une montagne. Wœinemœinen provoque tous ses ennemis au combat, et leur coupe la tête. Il revient auprès de son frère, tous deux tentent de pénétrer dans l'intérieur de la montagne magique, et leurs efforts sont inutiles. Umarinen rentre dans sa forge, et se met à fabriquer des instruments pour briser le rempart de roc. Louhi, sous la forme d'une alouette, s'approche de lui et lui de* mande ce qu'il fait.— Un collier de fer, répondil, pour la femme de Pohiola. La sorcière, effrayée, court dégager le soleil et la lune de leurs entraves, et revient annoncer cette nouvelle à Ilmarinen, qui la porte en toute hâte à son frère;
le dieu de la poésie entoDoe aussitôt un cliant enthousiaste.
Il semble que Tépopée symbolique de la Finlande devrait se terminer là. Le combat du mal et du bien est fini. Les dieux ont vaincu les esprits mauvais, le3 noires ténèbres se sont entr'ouvertes aux rayons du jour, la clarté des astres célestes a ravivé le monde. Mais Waeinemœinen a perdu sa harpe dans l'orage, et le peuple finlandais est trop amoureux de la poésie pour se représenter son dieu suprême privé du magique instrument qui attendrit la nature entière.
Un jour, il s'en allait à travers champs , la tête baissée , songeant à la joie qu'il éprouverait à faire vibrer encore les cordes mélodieuses. Il aperçoit un bouleau solitaire qui soupiré et pleure, il lui demande d'où vient sa tristesse, et le bouleau lui répond : « Je pleuré de me voir ainsi abandonné sans appui dans ce lieu funeste. Souvent, pendant l'été, les bergers impitoyables me torturent et me lacèrent. Ils déchirent mon écorce blanche, ils épuisent ma sève. On frappe sur ma lige, on coupe mcs.rameaux. Trois fois déjà, dans le cours de cette saison, la hache cruelle est tombée sur ma tête / sur mes 0anc9
et sur ma couronae. Voilà pourquoi je pleure, et toute ma vie je pleurerai d être abandonné sans soutien, dans ce lieu funeste, à l'approche du rude hiver. Chaque année la doideur me change, ma télé est pleine de sollicitudei et ma face pàHt aux jours froids, à la triste saison. Le vent d'oraga me dépouille de mes feuilles, j'aurai froid quand viendra Tbiver, Je serai faible et nu, exposé aux frimas et à la tempête. — Console-toi, lui dit le dieu compatissant; je veux changer la douleur en joie, je veux faire résonner harmonieusement tes rameaux. » Et avec les branches du bouleau, Waeinemœineii se façonne une nouvelle harpe ; puis il erre encore à travers champs, et rencon* tre une jeune fille qui soupire et murmure une parole d'amour. — Jeune fille, lui dit-il, fais-moi un doux présent; donne-moi six de tes cheveux* Elle penche la tête en riant, lui donne les beaux cheveux longs qu'il demande, et il en fait des cordes, pour sa harpe, et il chante avec bonheur. Les coteaux s'inclinent dans la vallée pour l'en-" tendre, les montagnes de cuivre tressaillent, les rocs répètent ses accords, les vieux troncs d'arbres danseni en cercle aulour de lui. Son chant résonne dans six villages , dans sept paroisses. L'aigle, en récouumt, oublie sa couvée dans son
l&S LETTRES
aire, et les larges pins se courbent humblement quand le dieu de la poésie passe sous leurs rameaux.
Mais voilà qu'un nouveau dieu apparaît avec sa pure auréole sur la terre de Wœînemœinen.
Une loi de paix et d*amour efface la loi sévère des géants ; jun essaim d'anges et de chérubins dissipe par son souffle les derniers nuages de Pohiola, les sombres brumes de l'olympe finlandais. Les poètes du Kalewala ajoutent un hymne pieux à leur épopée païenne : ils chantent avec une grâce idyllique, avec une naïve hérésie, avec nu singulier mélange de souvenirs anciens et de croyances nouvelles, la naissance du Sauveur, la vierge Marie, la douce Mariette.
Mariette est une jeune et tendre bergère, qui s'en va sous un ciel sans tache, à travers les vertes vallées. Les champs s>'émeuvèntà son aspect, les arbres l'appellent sous leur ombre, les fleurs la regardent avec amour, les petits fruits de la prairie lui sourient et lui disent : Viens , oh ! viens nous cueillir. Mariette s'arrête prè^s d'une baie savoureuse et lui dit : Monte sur mes.pieds. La baie se détache de sa tige et se pose sur les pieds de la bergère. Monte à ma ceinture , dit encore la vierge sainte, monte à mes lèvres. La
baie monte, monte, et entre dans la bouche pure de Mariette, qui, par le suc de la petite plante, devient mère. Quand elle se sent près d'enfanter, elle prie la femme d'Héi:ode de lui préparer un bain, et la méchante femme la renvoie durement. Mariette prie alors son bon cheval de lui faire, avec son souffle, un bain de vapeur, et le cheval obéit, et la douce vierge*, réchauffée par Thaleine de l'animal fidèle , donne le jour à un charmant enfant. Sa première pensée est de le porter au prêtre, son premier soin de le faire baptiser. Alors Waeinemœinen s'avance , Wœinemœinen qui prévoit l'avenir, et II s'écrie : Il faut conduire cet enfant dans le marais , lui écraser la tête , lui briser les membres avec un marteau. Le petit enfant, &gé de deux semaines, lui dit : Tais-toi , vieux magicien de la Garélie ; cette fois , tu as mal interprété la loi ^. tu as prononcé un sot ju* gement.
Le prêtre baptise l'enfant , qui devient roi de la forêt, maître des tles riches et fécondes. Le vieux Wœinemœinen se relire triste et confus , se construit un bateau de fer, navigue au loin , et se cache dans les régions inférieures du ciel , WoiS) en s'en allant, il laisse à la Fiulandç §a
150 LSTTEBS
harpe merveiUense, sa harpe qui chaule Tamoiir et réjouit le cœur.
Ainsi fiuit l'antique épopée finlandaise , par une pensée d'espoir, par un mythe chrétien, par Talliance intime de la nature avec la divinité du Christ. La nature est la base première, Télément principal de cette poésie traditionnelle. C'est la beauté, la force, la grandeur de la nature que le rhapsode populaire de Finlande dépeint par ses personnifications ; c'est la lutte et l'action des éléments qu'il représente par des images symboliques. Ce rhapsode, on le voit, n'a point étudié dans les écoles ; un savant professeur ne lui a pas enseigné d'une voix doctorale d'où vient le tonnerre et d'où vient l'éclipsé de soleil i un habile grammairien ne lui a pas expliqué, dans ses phrases verbeuses , les merveilleux secrets du langage figuré , ni la science de l'abstraction. Enfant naïf de la nature, vivant avec elle et passionné pour elle, il ne s'est point étudié à rendre l'émoiion qu'elle produit sur son esprit par des figures de rhétorique. Il regarde seulement et il admire. Il s'en va le soir le long des vallées , au haut des montagnes, il écoute le soupir du vent dans les forêts , le murmure plaintif des vagues
qui tombent sur la grève, le bruit ordgeux de la
SUR liA Russie; Ifii
cascade ; U eonteaiple dans sa mélancolie les voiles d'azur de Tborizon lointain f les brumes épaisses de Tbiveri les rayons de pourpre de Tété , et il raconte, avec enlbousiasme tout ce qu'il a vu et entendu dans les rêves de sa soittude} et lorsqu'un sentiment d'amour, une pensée de joie ou de douleur, un regret ou un espoir, s'éveillent dans son cœur, pour peindre les émotions qui l'agitent, il emploie les couleurs, les images de sa nature aimée. Il associe à ses chants de bonbeur ou à ses larmes tou^ les êtres animés et inanimés qui l'entourent, le sol on il a vécu , les arbres avec lesquels il a grandi , le ruisseau qui baigne ses pieds, les nuages qui flottent sur sa télé, les astres qui Téclairent» Ce n'est pas une liée panthéistique qui agit ainsi sur lui, non, c'est un sentiment plus naïf encore et plus intime : c'est l'alliance étroite et pour ainsi dire la fusion de son être avec les éléments. Ce ne sont pas les divinités des eaux, des bois, .qu'il recherche et vénère; c'est. la nature même dans sa grâce et sa puissance , dans ses douces barmonies et sa mâle beauté.
Un autre trait non moins caractéristique du Kalewala est la peinture continuelle du pouvoir de la magie et de ses redoutables effets. Le
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sampo, qae Wseinemœinen et Ilmarinen oui un tà grand désir d'enlever, après l'avoir donné à Pohiolay est un talisman magique qui répand le bonheur et la prospérité dans la demeure qui le possède. C'est par la magie que la mère de Louminkainen ressuscite ^on fils, c'est par la magie que les deux principaux héros du poème accomplissent leurs plus périlleuses entreprises, que la sorcière Louhi gouverne les éléments, dérobe le soleil et la lune, et épouvante les dieux eux*méines. Toute la longue lutte dont cette épopée raconte les vicissitudes n'existe point entre les fils des géants et les sombres habitants de Pohiola : elle est établie entre deux intelligences mystérieuses dont ridée abstraite se révèle par des personnifications. L'un cherche la lumière, l'autre se plonge dans les ténèbres; Tune et l'autre s'attaquent, se combattent par des moyens magiques, et c'est la magie qui donne la victoire.
Dans toutes .les traditions des peuples du Nord, on retrouve ce caractère superstitieux, cette absorption de la^ réalité 4ans la fantaisie, de l'action positive dans le symbole merveilleux. La nature sombre et grandiose au milieu de laquelle ils vivent, éveille en eux celte crainte lu-
stincUve d'où naît la superstition. Les brumes aériennes y les nuages épais amassés autour d'eux, leur montrent mille formes bizarres, milieflgures errantes auxquelles leur imagination donne la vie et la pensée. Les éléments caprê cieux dont ils sont à tout instant victimes, les phénomènes étranges qui éclatent sans cesse sous leurs yeux, devaient nécessairement, avant les découvertes de la science, produire dans leur esprit une terreur inexplicable et des croyances surnaturelles.
Les anciens Islandais expliquaient les tremblements de terre par les souffrances de Loki, comme les Grecs par les souffrances des géants. Leur tonnerre était le char d'airain du dieu Thor roulant sur les nuages, et leurs conteurs de sa* gas parlent constamment des trottes qui prédisent l'avenir, des armures magiques fabriquées par les nains. Odiu lui-même, dans le chant de TEdda qui lui est attribué, dans le Havamal , vante le pouvoir des incantations, le redoutable effet des runes.
Chez eux pourtant la Torce physique l'emportait sur la force intellectuelle. Aux yeux de cette race de pirates aventureux, le courage était la plus belle des vertus, le butin enlevé à l'ennemi
iSk liBTTUBS
après une longue bataille, le plus noble des tro^ pbées. Le berserkir s'acquérait un renom illuslre par ses duels sanglants ; le fier vikinger^ appuyé sur son glaive, bravait audacieusement le pouvoir des princes et défiait, comme Ajax, les dieux eux-mêmes.
Les Finlandais, doués d*une humeur moins belliqueuse, dominés de côlé et d'autre par des tribus guerrières, et vivant d'une vie retirée et sédentaire, cherchaient dans les rêves de leur esprit, dans les mystérieuses combinaisons des paroles cabalistiques, un soutien pour les heures de danger, une arme offensive et défensive, un élément d'influence et de fortune. « L'ignorant, dît un de leurs vieux proverbes, se donne beaucoup de peine et n'arrive à rien , l'homme habile atteint facilement son but, » et nul homme ne leur semblait plus habile que celui qui pouvait , soit par les leçons de son père, soit par ses propres éludes, acquérir la science magique.
Tandis que les Scandinaves portaient sur toutes les côtes étrangères les signes sanglants de leur bravoure, les Finlandais s'illustraient au loin par leur sorcellerie. L'historien suédois Olaus MagQus la signale en termes bien pré-
cidS Sàxo le grammairien etSnorI Sturlesou en citent plusieurs exemples dans leurs livres, et Tacite a très vivement caractérisé les effets de cette sorcellerie , quand il dit en parlant des Finlandais: Securi adversui homines^ securi ûdpersup deot. Les sorciers de Finlande bra*^ vaient la terre et le ciel ; ils pouvaient jeter un nuage sur le soleil, soulever les vagues de la mer, faire mugir la tempête, ou enfermer le vent dans un sac de cuir et le vendre aux navigateurs comme une provision de voyage. Ceux qui se dévouaient à cette honnête profession de sorciers, jouissaient d'une haute considëraiion et d'un redoutable ascendant ; on les recherchail el on les craignait; ils avaient, comme tou^ les savants des écoles , lejirs disciples et leure sectateurs, et, comme tous les puissants de la terre, leurs courtisans et leurs favoris. Malheur à qui semblait douter de leur expérience ^ à qui osait affronter leur colère ! Ils pouvaîeiitdéchaîner contre lui la peste et la famine, lancer dans sa demeure les sangliers farouches et les oura affamés, renverser sa barque sur les vagues, anéantir ses moissons, faire périr ses troupeaux.
1 « Aquilonis regio, Finlaadia ac Lappopia ita efat docta ma* leflciU olbn io pasaolsina. »
Que disrje? ils pouvaient mémo invoquer contre lui Tempire des morts, car la terre et Tair, les régions visibles et invisibles, l'onde et le feu, obéissaient à leurs enchantements. Mais si on savait les prendre adroitement, . sinsinuer dans leurs bonnes grâces, leur donner à propos une pièce d'argent, ces souverains des éléments étaient les meilleures gens du monde. Ils vidaient ime cruche de bière comme de simples mortels, et acceptaient sans difficulté un témoignage palpable d estime et de reconnaissance. On pouvait alors attendre d'eux toiites sortes d'agréables services. Ils guérissaient les maladies, ils retrouvaient les bestiaux égarés dans les bois, les objets volés, et quelquefois m^me le voleur. On venait les consulter de loin dans les divers accidents de la vie, et, quand ils se présentaient à la porte d*une maison, on accourait au devant d'eux avec respect.
Le christianisme n'effaça point ces grossières erreurs d'un peuple ignorant et crédule. Les sorciers, proscrits par les prêtres, continuèrent longtemps encore à pratiquer leurs maléfices , et la Finlande garda durant plusieurs siècles sa vieille réputation de contrée ensorcelée. Pendant la guerre de trente ans, on disait en Aile-
magoo que Gustave-Adolphe avaU parmi ses troupes une conipagoie de Lapons qui, par ses enchanlements, assurait le succès de ses armes. Voltaire lui-mémei le sceptique, le railleur Voltaire, raconte, dans son Hiêtaire de Charries XII^ que les Russes attribuaient généralement à Teffet de la magie , à la puissance du diable, la perte de la bataille de Marva. Dans la dernière guerre de Finlande, en 1808, ces cou* tes de sorcellerie trouvaient encore des oreilles crédules. A la fin de l'hiver, les Russes, essayant dé conduire quelques canons sur la cdte de Helsingfors pour assié|^r la forteresse de .Sveaborg, se virent tout à coup arrêtés par un ^1 amas de terre molle et fangeuse, qu'ils ne purent traîner plus loin Içurs miinitions. Les soldats attribuèrent cet accident à un vieux mendiant finlandais qu'ils avaient. rudoyé le matin, et qui se vengeait de leurs mauvais traitements en entravant ainsi leur marche. A Theure qu'il est, je ne suis pas sûr que, dans quelque pœrte enfumé de la Savolax ou de la Carélie, un sorcier finlandais n'exerce pas encore ses incantations pour assurer le succès d'une de ses entreprises, ou obtenir une meilleure récolte que ses voisins.
t*8 fcBtTftSS
Le Ktmtèlifnr ^ publié par M. Lœnrot à pett près dans le même temps que le Kaletcalay est un recueil de poésies lyriques composées en gran* Ae partie par les gens du peuple et chantées par le peuple^ Le dieu des vers a vraiment légué sa harpe mélodieuse , sa kantele , aux Finlanttais, etiis la font vibrer avec amour. Si le long des côtes j dans Fenceinte des villes, le sentiment de rafl<;ief)ne poésie nationale s'altère ou s'efface par le contact dès étrangers et les relations multipliées du commerce j dans rîntérieur du pays, dans les provittces de la Carélle et de la Savolax par etehiple, il subsiste encore avec toute son énergie et sa h&ïvelé prîmiiWeSj et il n'y a peutêtre pas là, dit M. Lœnrot, une paroisse qui ne compte pluiiieurs poètes.
Les poètes sont de simples paysans bien plus pauvres encore que lé pauvre Burns. Quelque-^ Ibis ils improvisent leurs vers et les chantent aussitôt dans une fête, dans une cérémonie; ^uelquefbîs ils les composent lentement et avec eoln ; ils les modulent dans leur pensée, le matin en allant au travail , le sôlr en se reposant auprès du foyer. Souvent ils se réunissent plusieurs pour composer une îhéme pièce*. S'ils savent
I M. Lœsrot » cit« une qui 9e ternUie àldti : » Oa a IravaUIi
SUR îék ftVSSIB. 159
écrire, ce qui nWive pas loiyours, ils font une copie de leurs vers et la gardent précieusement } sinon, ils les conservent dans leur mémoire. S'il y a dans une paroisse douK poètes amis , ils se réunissent souvent aux heureg de loisir , s'as» seoient Fun en face de Tauire^ se preuHent la main, et, se balançant muiueilemem en avant et en arrière, ils improvisent et eliantent leurs cban« sons. L'un d*eux entonne la première siropbe, Tantre marque chaque cadence , et , lorsque la strophe est finie, il la répète tout entière. Pen*« dam ce temps l'improvisateiir compose la seconde i puis il abandonne la suite du cbant à son ami, et fait à son tour le rôle de répétiteur. S'ils sont plusieurs d'une force à peu près égale, ils s'adressent comme les bergers de Virgile, ou les minnessingers de la Warlbourg , des défis poétiques. Ils s assemblent à certains jours sous les lambris enfumés du pœrtej leurs amis se rangent de c6té et d'antre , comme les témoins d'un duel, et ,1a lutte commence. Chacun des
toute la semaine à construire ces vers; la base en fut posée le dimanclie ; on y revint le lundi ; on y ajouta quelque cliose le mardi, puis le mercredi} on n'était pas libre le jeudis le v«Bf* dredi, ces vers touchaient à leur fin; le samedi, c'en était fait. Ce D'est pas un seul hoflime qui les a composés, ce soat pUisieurs P9lKe9 ÛM^ <ifi»^ r^rt et wt^ au cMat* »
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concurrents doit tour à tour et sans hésiter prendre la parole. La facilité avec laquelle il répond à son adversaire est surtout ce que l'on admire, et je dois avouer que les suffrages des auditeurs ne sont pas pour celui qui chante le mieux, mais le plus longtemps. Il y a un proverbe finlandais qui dit : La nuit allonge le jour , et le chant allonge la cruche de bière. Quelquefois le combat des poètes dure tonte la soirée et se continue encore pendant la nuit. Us célèbrent ainsi leurs joies et leurs regrets, leurs réyes d'amour et de tristesse ; ils racontent leurs travaux et leurs chasses, et, s'il est arrivé quelque événement dans le pays, ils en font aussitôt le sujet d'un loDg récit. Ils exercent parmi leurs concitoyens une sorte de magistrature populaire et morale très redoutable et très redoutée. Qu'une jeune fille commette une faute grave , qu'un paysan soit traduit devant la justice pour un vol, ou une rixe , ou un meurtre , à l'instant même voilà le poète du canton qui raconte la faucheuse histoire dans ses vers, et son récit court dans tout le district, de maison en maison, débouche en bouche. 11 n'est pas une honnête femme qui n'eu connaisse les détails, pas un enfant qui ne puisse faire rougir le front du coupable en le lui
SUE LA ftVSSIB. 161
répétant. C'est la gazette du pays, la chronique du scandale, le pilori dû crime.
Quelquefois un sentiment d'inimilié personnelle, un besoin de vengeance, animent la vene de ces poètes champêtres, car ils sont aussi de la race irritable dont parle le sage Horace , et malheur à celui qui s'expose à leur colère! Ils Tétreignent dans leur vive et mordante satyre, ils le torturent et le déchirent ; ils le revêtent d'un accoutrement grotesque , d'un masque hideux; ils le livrent comme une victime, pieds et poings liés, à la risée de tout le canton. Le pauvre patient a beau se défendre et beau faire, les rieurs sont contre lui ; les flèches de la vengeance poétique, les traits acérés de Tépigarmme le suivent partout. Il trouve sa condamnation dans toutes les fermes, il lit son jugement dans tous les regards.
Dernièrement le sacristain d'une paroisse, ainsi hoonî et lacéré, ne sachant à quel moyen avoir recours pour mettre fin à ses douleurs, s'avisa de traduire devant le juge du district Fauteur de la diatribe qu'il entendait de tous côtés résonner à son oreille. Les vers avaient été souvent récités le soir dans les veillées de familles, mais personne ne les avait écrits , et
»Cy,
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nul léffloîu ne voulait s'en souvenir devant le tribunal. Le juge lut prié d*en appeler à la mémoire de raccusé, qui improvisa aussitôt un nouveau chant où il dépeignait le sacristain et racontait sa vie dans des termes parfaitement irréprochables. Impossible de le condamner sur un tel récit, impossible d'avoir le premier; le sacristain paya les frais de la procédure , et sa tentative devint un nouveau sujet de moquerie.
Celte anecdote m'en rappelle une antre qui indique la même présence d'esprit. Un paysan fut traduit devant le juge sous la prévention desorcellerie. — £b bien! mon brave homme, lui dit le juge, qui avait envie de prendre la chose au sérieux, on dit donc que lu fais toutes sorles de maléfices, que tu as formé un pacte avec le diable. — Ah ! mon digne monsieur, il ne faut pas écouter tous ces propos du peuple. Que ne dit on pas de toul le monde , des gens les plus respectables, de vous-même? — Eh bien! que dit-on de moi ? — Je ne sais si j'ose. . .— Voyons parle. ^-On dit, monsieur le juge, que si je suis sor^ cier, vous ne l'éies pas.
Dans certaines réunions, dansquelque solennités iradilionucUes, les chants des paysansontune forme dramatique , ils sont coupés par le disilo^.
gue, mêlés àdiveraespaatomimesi et deviennent en quelque sorte le motif d'une représentation scénique. Il y a quelques chants , par exemple , où Ton célèbre encore, comme dans les anciens temps , la fête de Fours et des chasseurs. C'est une longue cérémonie qui attire dans une même maison toutes les familles du village, et dont le programme demi lyrique, demi burlesquCi égaie à la fois le vieillard et Tenfant , le mattre et le valet. C'est une comédie à laquelle tous les assistants prennent part , ceux-ci par le chant qu'ils entonnent, ceux-là par le refrain qu'ils répètent, d'autres par leurs gestes ] une comédie qui a sa marche régulière , ses péripéties et son joyeux dénouement.
Lorsqu'un ours a été pris dans le piège , la nouvelle s'en répand aussitôt dans la commu* nauté, et la féie commence. Deux hommes s'en vont chercher le lourd animal dans la forêt et chantent eu marchant.
Maintenant il faut prendre l'ours , s'emparer de ses poils d'or dans la paisible forêt, dans l'empire du vigilant Tuopio.
« J'ai été fort aussi dans un temps , fort et jeune comme beaucoup d'autres. Quand on s'asr
^labbtit pour la chasse i je m'avançais vers la
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tanière de Tours , je serrais de près le vieux camard. A présent je suis vieux , mais la chasse me plait encore, la chasse in*atlirc dans le royaume de Tuopio , dans la lanière du buveur de miel.
« Je quitte ma demeure et m'en vais sous les arbres. Mielekki, reine des bois, mets unbaudeau sur les yeux de Fours , une natte sur sa tête , mets-lui du miel sur les dems et du beurre dans la gueule , afin qu'il ne flaire pas les chasseurs et ne les voie pas venir. »
Puis ils 's'adressent à Tours comme s'il était encore en vie, et le prient de s'adoucir :
« toi, enfant de la forêt, enfant au large front et aux beaux membres arrondis , quand lu entends venir les fiers chasseurs, cache tes griffes sous tes pattes , tes dents dans ta mâchoire I prends garde qu'elles ne bougent et ne nous fassent mal, et mon bon ours, mon bon mangeur de miel , sois gentil comme un coq de bruyère , doux comme une oie. •
Ils lui demandent pardon de sa mort, et lui adressent toutes sortes de tendres paroles.
« Mon bel ami , mon cher ours , ce n'est pas moi qui l'ai jeté par terre, ce n'est pas mon frère, ^esttei même qui as chancelé dans ta marche,
SUft LA RU6SIB. 165
qui as posé le pied maladroitement, qui as déchiré ta belle robe. »
Ensuile ils le prennent par les pattes pour l'emporter et le prient encore de se rendre aussi léger que possible.
« Mon cher ours au large front, mon joli mangeur de miel , il faut à présent que tu fasses encore un petit bout de chemin. Lève-toi légèrement sur tes pattes, mets-toi en route, roi de la forêt. Nous allons te conduire dans une nombreuse société, dans une maison qui a des piliers d'or et des lambris d'argent. Nous te présenterons comme un digne hôte , comme un noble étranger , et tu seras très bien là , tu auras du lait à boire et du miel à manger. Viens donc, laisse-toi conduire , sois léger comme la feuille qui voltige sur l'eau , comme une petite branche d'arbre, comme l'écureuil de la forêt. »
En approchant de la maison l'un des chasseurs sonne du cor. Toute l'assemblée écoute et demandé ce que signifie ce son joyeux. Un de ceux qui sont là va au devant des chasseurs et les interroge ^ le chasseur répond fièrement : Nous apportons le roi de la forêt. Et alors on entonne un cantique d'actions de grâce :
« Grâces te soient rendues, 6 Dieu, notre
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créaumri à toi cpii nous as livré la bétè Mx lar« ges membres, qui as conduit dans Qotre demeure le trésor de la forêt! Salut à toi , patte de miel qui t'avances sur notre seuil !
« Toute ma vie j'avais désiré, toute ma vie j'avais attendu Theure où je te verrais venir , je t'appelais comme on appelle une bonne moissoa à la fin de Tété, comme le patin appuie la neige de l'hiver, comme la jeune fille aux joui^s ro^e» appelle un époux !
* Je regardais matin et soir par la fenêtre , et je me disais : N'entend-on pas la rumôur de la chasse, le cor des vierges de la forêt? n'amà** ne-t-on pas le gros oiseau? •
Les chasseurs demandent ensuite si tout qsi préparé pour recevoir cet hôte vénérable : on leur montre la chambre qui lui est destinée ; ils déposent l'ours sur un banc, et célèbrent sa force, sa beauté. Cependant le feu pétille dans la cheminée ; l'ours est dépecé, jeté par n^orceau)!. dans la chaudière. On pose sa tête sur un pieu » on garde ses dents comme un tropbées le soir les poètes se mettent à chanter et ne se retirent que très tard , après avoir adressé , comme un témoignage de reconnaissance , au maître et à la maîtresse de la maison un nouveau cliant.
Stn LA RtSSîB. Wl
tl y a plusieurs cérémonies du môme genre pour les noces el les anniversaires. C'est l*opéra et le vaudeville de ces honnêtes paysans qut de leur vie n'ont vu un acteur ni un théâtre.
Souvent les femmes improvisent aussi des vers pour célébrer un mariage ou une naissance, pour déplorer la mon d'un être qui leur était cher> ou exprimer les pensées de leur amour* On a publié plusieurs pièces composées ainsi par de simples paysanoes dans leurs moments d'émotion. En voici une qui a été citée diverses fois en Finlande , traduite par plusieurs voyageurs^ et que je me plais à citer encore :
• Ah! s'il venait celui que je regrette! s*il pa* ràissait celui que je connais Si bien ! comme mon baiser volerait sur sa bouche , quand même elle serait lelnle du sang d*ttrt loup ; comme je serrerais sa main , quand môme un serpent s'y serait entrelacé! Le souffle du vent, que nVt-il un esprit, que n'a-l-il une langue , pour porier ma pensée à mon amant, pour m^apporter la sienne, pour échanger des paroles chéries entre deux cteurs qui s'ai«nettt î Je renoncerais à la table du curé, je rejetterais la parure de ses filles, phitôt que d6 quitter celtd qtle j'iiime, telufquej'dit^^
ché d'enchatfier pendant rbiver et d'apprivoiser pendant Tété. »
Un paysan a lui-même publié dernièrement un recueil de vers qu'il à composés dans sa demeure solitaire, tantôt en allant labourer son champ, tantôt dans une heureuse jonmée de doux loisir, au milieu d'un cercle d'amis. Il a lui-même indiqué et noté quelques unes des mélodies qui doivent accompagner ses vers. C'est un petit livre remarquable par la naïve simplicité avec laquelle il est écrit, par le sentiment de vérité qui y règne d'un bout à l'autre. Parmi les diverses chansons .qu'il renferme , en voici une dont l'idée n'est assurément pas neuve , mais qu'un poète distingué ne craindrait pas d'avouer s'il connaissait la grâce harmonieuse, le charme qu'elle a dans l'original :
« Le sentiment de la joie se réveille dansmon cœur ; l'alouette revient et chante dans nos vallées.
« La voilà qui se balance dans l'air et gazouille ses doux accents , et loue avec amour le Dieu du ciel.
« Lorsque, tout jeune encore , j'entendis ta voix pour la première fols , oiseau charmant 9 il me semblait entendre la vôia^ d'Un ange.
• Va ) va , ne te lasse pas de gazouiller et de chanter; mes oreilles t'écôutenti mes regards te suivent.
« Chante, mon petit oiseau, poursuis ton vol vers les nuages , porte à notre créateur Taccent de ma reconnaissance.
« Sois le bien venu chaque fois que tu reparaîtras dans nos vallées ; ton chant repose le coeur et élève la pensée ^ •
Le Kanteteiar est le vase de cristal où s*épa* nouissent les plus belles fleurs de cette poésie populaire; c*est Tanneau d'or qui réunit en un même faisceau les vers du vieillard et ceux de la jeûne lille ; c'est le romancero de cette tribu <Aampéure qui n'a point d'annales héroïques, ni de cycle chevaleresque, qui ne sait qu'aimer et iravailier, souffrir et chanter. M. Lœnrot a passé cinq an^ de sa vieà glanerçà et là, commodes épis épars, les diverses pièces rassemblées dans ce recueil. Quelques unes datent déjà d'une époque très reculée et ont fait la joie de plusieurs générations; d'autres ont été composées récemment dan^ le même mètre et le même esprit que les
I Buwi LaaiujaHœpiehettaiHehïngfoTSf 1849.— M. Gottland a aussi publié un clioix de poésies* d'une douzaine de pêfntUf wrtfi{ê biograptaie dediaevn d^eim.
17t iftffâts
anciennes) chaque année et chaque jour on en fait de nouYelles » et chaque année rinfailgUabte invesligatear de celle poésie pourrait ajouter quelques belles pages à son Kanteleiar,
^ Providence ! s*écrie Uhiand dans une dé ses odes , je te remercie, car tu m'as donné un chant pour chaque Joie, un chant pour chaque douleur. — Le paysan finlandais pourrait adres«ser à Dieu les mêmes paroles de reconnaissance i le seniiment poétique est pour aîfeisi dire inné en lui, et la mélodie du rhythme lui esi presque aussi femiiièi*e que le langage vulgaire. Chaque émotion l'inspire, chaque événement donne V»sor à son embousiasaie'. S'il est heureui, Il ^c qu'il exprime son bonheur en vers barmonieutt) s il soufilVe et s'il pleure , il faut qu'il répande^ comme Waeinemœinen , ses pleurs sur sa kau*tèle, qu'il dise ses soufirances au feuillage des bois que le .vent balance , au lac qui soupire , à l'oiseau qui passe. Ce pauvre peuple occupe un sol ingrat ; la nature le condamne a un rude labeur, à de longues privations, souvent, hélas! & la misère. La harpe est pour lui ce qu'était tu barpe sainte de David pour Tame malade de Saul : eUe apaise ses crainies, elle assoupit ^es douleurs, eUe lui faH oublier rorage de la fedte
et la disette du lendamdin. La tradition lui eu a révélé le charme magique, il pread ceiie harpe avec amour et ne la quitte qu'à regret.
Il y a, dans le Kanteletar, des vers pour toi^ tes les sensations du cœur et toutes les circon* slances de la vie, pour les fiançailles et les noces, les heures de repas et les'heures de travail, des vers pour la chasse et la pèche, pour les voyages d*hiver et les voyages d'été , des vers surtout pour célébrer la verdure des champs, lafrat* diour des bois^ la beauté des eaux.
La plupart de ces vers sont empreints d'une profonde tristesse. Ilsoniétéinspiréspar une pensée ausièi'e, ils sont nés sous un ciel sombre, au bord d'une mer inconstante. Ils u'oni point, ils ne peuvent avoir le riant éclat ni rabondani parfum des roses du midi ; ils sout pâles comme les p&les fleurs qui au retour du printemps, entr'oa-' vrent leurs corolles sur les plaines de neige. Plaintifs et timides, si parfois ils résonnent avec force, c'est la douleur même qui les fait vibrer ainsi ) c'est le cri aigu de la souffrance qui leur donne un accent énergique.
Le pi*emier chant du Kanteletar est comme le prologue de tous ces hymnes méiaucoliques. • La harpe, dit l'auteur de ce chant, a été corn*
mencée avec le soaci et terminée avec le chstgrifl. Ses touches ont été façonnées dans les jours de douleur, ses flancs dans les jours d'orage, ses cordes filées avec angoisse, ses visses placées dans l'affliction. Voilà pourquoi ma harpe n'exhale point de sons joyeux, voilà pourquoi elle ne répand point la gaieté autour d'elle et ne fait pas sourire ceux qui l'écouient, car elle a été commencée avec les soucis et terminée avec lechagiîn. •
Le poème entonné avec celle amertume de l'ame se continue par mille accents aussi plaintifs. Tantôt c'est une pauvre orpheline qui songe & tous ceux qu'elle a perdus et qui s^écrie : « Pourquoi mes yeux sont-ils fatigués? Pourquoi mon ame est-elle sombre? Mes yeux sont fatigués , mon ame est sombre, parce que j'ai tant pleuré sur ceux qui sont morts, parce que j'ai porté le deuil de ceux qui sont partis.
« D'abord mourut mon vieux père : je le pleurai pendant un an ; puis ma mère mourut : je la pleurai pendant deux ans ; puis mon jeune fiancé : je le pleurerai tous les jom*s de ma vie. Les murs de l'église ne sont pas plus brillants, le cimetière n'est pas plus beau depuis qu'ils m'ont enlevé mon doux trésor, mou bien-aimé.
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« Le gravier cacbe à présent ses niaiosy la sable couvre sa laugue, la terre couvre son beau visage. Il n'en sortira plus^ il ne s'éveillera plus, mon jeune fiancé. Il a des pien*es sur la téie, des pierres sous son corps, des pierres de chaque côlé. •
Tantôt c'est une femme qui a été transportée loin de sa terre natale et qui la regrette sans cesse :
« Autrefois je promettais de chanter, quand je viendrais dans ce pays, de chanter avec joie, comme l'oiseau du printemps, quand je serais sur la bruyère et sur la grève, ou dans le sein des bois.
• Lorsque je reviens de la fontaine, j'entends la voix de deux oiseaux. Si j'étais moi-même un Oiseau, si je pouvais chantèr,moi, pauvre femme, je chanterais sur chaque rameau, je réjouirais chaque buisson.
« Je chanterais surtout quand je verrais passer un pauvre être afOigé, et je me tairais à l'aspect de ceux qui sont riches et heureux.
« A quoi reconnait-on la douleur ? Ah ! la douleur est facile à reconnaître. Celui qui souffre se plaint timidement ; celui qui est gai triomphe.
« Qu'a-l-OB pensé de moi et qu'a-^l-oo dit, quatid on ni*u vu prendra un époux hors de mon pays, tourner le dos à ma demeure? Sans doute on 8*est demandé si je vivais trop bien ^uns ma demeure^ si mon repos était trop long et mon sommai irop doux.
« A présent me voilà sur une autre terre, daus des lieux inconous.
• Mieux vaudrait trouver un peu d'eau dans mon pays, que de boire sur un scd étranger la meilleure bière dans une cruche d*argent.
« Si je pouvais avoir, comme lant d*ûuires, un cheval à atteler à un traîneau, si je pouvais avoir un harnais et des rênes, je prendrais les rênes d'une main légère , et j'irais , j'irais en toute hâte, et je ue m'arrêlerdis pas avant de voir les champs de Savolax et la fumée du toit de mon père. »
Quelquefois ce chant de deuil et de regret fait place à un conte léger et rustique :
* André I le jeune André, le iils d'un riche paysan du village, s'en va poser un réseau dans les bois, un piège pour le renard dans les champs, on piège pour les jeunes filles dans le village* Un coq de bruyère tombe éàw le réseau des bois, un renard dans le piège des dàao9|»9|
une jeune fllle dans le piège du vttfùge. André, le jeune André lue le coq de bruyère , vend le renard dans la ville voisine ; quanl à la jeune fille, H la garde près de lui. •
Souvent c'est une naïve idylle comme dans ces vers :
« — Veux-ui devenir ma peiiie bien-aimce?
veux-lu êlre heureuse avec moi?
— Quel bonheur peux-iu m'offrir ? Tes mains sont vides, ta poche est vide.
— Avec ces mains vides je t^emporlerai à l'ombre des foréis, dans les plaines siieucieuseS) loin du monde et des regards, pour veiller tendrement sur toi.
— Quel est le lieu où nous irons? quel est le sol où tu bâtiras notre demeure?
-* Il y a encore dans noire grande Suomi assez d'espace à habiter. Veux-tu venir dans les champs inhabiles? Veux-tu me suivre dans la forêt comme l'oiseau léger et joyeux ? Bientôt je t'aurai ooastroit une demeure, où le vent te }>ercera, où je t'égaierai par mes chanis. Je te lierai use maison d'arbres a fruits, un lit de sorbiers, ei mes cbaoioas te donneront de doux fôves. ♦
Mais les soucis et le besoin mettent bientôt fin à ces riantes inspirations :
« Il y a encore du grain dans la forêt, du foin dans la vallée, et moi j'ai encore les membres assez robustes, les bras assez forts pour labourer la terre et cueillir la moisson. •
C'est encore un dialogue qui peint un des anciens usagers de la contrée. Un paysan veut marier sa fille; un prétendant règle avec lui les conditions du mariage ; puis il va trouver celle qu'il désire épouser, et. lui dit qu'il- a le consentement de ses parents, que tout est conclu. — Qu'as-lu donné pour m'avoir? dit la jeune fille.
— J'ai donné un cheval à ton père, une vache à ta mère, une paire de bœufs à ton frère, une brebis à ta sœur, une agrafe à ta belle-sœur.
— C'est trop peu, s'écrie la fière jeune fille ; tu n'auras pas à ce prix une belle et brave femme. Et elle s'éloigne.
Bientôt la mélodie plaintive reprend son essor, les larmes suspendues recommencent à couler. Une jeune fille, séparée de son amant , ne peut plus chanter, parce<ju'il ne l'entend plus :
« Je ne chanterai pas dans ma douleur, je ne rirai pas dans mes angoisses. A quoi sert de chamer? A quoi sert de rire? Quand ma voix
s'éléveraU dans touies les vallées, soupirerait au bord de tous les lacs, gémirait sur touies les moutagues, el résonnerait dans toutes les fo* rets, mes soupirs seraient inutiles, mes plaintes seraient perdues»
« Ma voix n'arriverait pas à l'oreille de mon bien-aimé, mes gémissemenis n'atteindraient pas son cœur. Le sapin, cependant, m'écoute, l'arbre m'appelle son enfant chéri, le lac son oiseau bleu, le bouleau son amour.
« Je ne regarde pas le sapin, je ne penche pas ma léle vers le lac, je ne présente pas mes lèvres à l'arbre, ni ma main au bouleau. Mais s'il revenait, celui que j'aime, alors quelle joie! J'accourrais pencher ma tête siu* la sienne, lui présenter mes lèvres et lui tendre ma main.
« Sa bouche est tendre comme le beurre fon* dant, SCS lèvres douces comme le pie!, sa barbe est comme de la rosée et son menton comme du velours; le soleil brille dans ses yeux, la lune dans ses sourcils, les étoiles du ciel sur ses épaules.
« Il est beau quand il marche , plus beau encore quand il s'avance vers moi. Je donnerais uuc grosse somme pour le voir revenir, des piè-
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ces d'or pour chaque Ikae qu'il (huMfalmtt) det pièces d'argent pour chaque pas. •
Puis c!est une mère qui tâche d'endormir son filial et y tout en le berçant, songe avec douleur à son avenir.
« J'aime à chanter pour mon enfant, je cherche avec joie de douces puioles pour mon petit trésor. Faut-^il lut dire un chant de berceau ou un chant de bergère que ma mère connaissait déjà, que ma mère m'a appris quand elle m'asseyait devant sa quenouille? Je n'étais pas alors plus haute que son rouet, je n'atteignais pas au geuou de mon père.
« Mais pourquoi répèlerais-je les chansons de ma graiid'mère ou celles de ma mère ? J'en ai moi-^môme assemblé plusieurs ; sur chaque sentier j'ai trouvé un mot, sur chaque bruyère j'ai pensé à un siiyet , j'ai pris mes vers sur chaque branche de la forêt, je les ai recueillis sur oha^ que boisson.
« La gelinotte est belle à voir snr la neige, l'écume de la mer est blanche sur le rivage. Plus beau est mon petit garçon, plus blanc est mon petit amour.
« Le Sommeil est à la porte, et demande ; N'y
SVA LA itss». 179
êt-\ril pM ici mi doux Mfam au mftfflot) tin jott garçon dans bob lii7
* YienS) heureux Sottimeil, près de son ber« cew ; enlace l'enfant, metsHoi sous la couver** ture»
« Balançons y balançons le petit fruit des dKkmpB, berçons la légère feuille des bois. Cesl un enfant que je berce y c'est un berceau que je balance.
« Mais, hélas ! combien celle qui lui a donné le jour sait peu si Tenfant qu'elle berce ainsi sera sa joie dans l'avenir, son soutien dans la vieil^
• Non, jamais, malheureuse mère, tu ne dois attendre ton soutien de l'enfant que tu élèves,
« Bienti^t il sera loin , il ira ailleurs avec ton espérance. Peut-éire la mort s'emparera-t*elle promptement de lui? Peut être sera-t-il soldat, exposé au tranchant des armes, au feu du canon* Peut-être deviendrait*!! l'esclave des riches ! »
£n essayani de traduire ces poésies finlandal-* ses, je sens à -chaque instant que je les dépouille de leur parure , de leur charme , de leur beauté | il me semble que it liens cnire les mains une aila de papillon dont j'enlève la teinus d'or et d'azttf; une fleur dont j'efface les nuapcesdéWcaies, dont
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j'effeuille les légères corolles, teltemenl qu'à la fin il n'en reste que la tige. Ld poésie finlandaise estpeut-étre, de toutes les poésies» celle qui perd le plus à être traduite dans un idiome étranger ; qu'on le prenne au nord ou au midi , n'importe. Laiangue finlandaise est une langue à part, harmonieuse et soAore , riche en voyelles et en dîphtfaongueSy si souple et si flexible, qu'avec une seule racine on compose une centaine de dérivés. Par une seule termiuaisop, elle change tout le sens d'un mot; par la plus légère accentuatioa, elle crée une nouvelle nuance d'idées. £ile a jusqu'à six degrés de diminutifs ^ Ce qui ne peut se rendre dans les dialectes Scandinaves, germaniques, latins, que par un adverbe ou une prépo* sîtion^ elle l'exprime par la transposition d'une ou de deux lettres. Rien de plus facile, que de composer dans cette langue desmot$ qui, réunis ensemble, forment une image ou renferment une pensée qu'on ne pourrait faire passer dans une autre langue qu'à l'aide d'une longue périphrase. Elle ne compte pas plus de cinqu|uite monosyl-
» Par exemple, pitnù petit; pfMMitiiMi, phis petit^iM'M^ kainen, très petit ; pikkuinen, beaucoup -plus petit ; pikkvrui' nen, extrêmement pb» petit; pikImrMikkeMn, presque imperceptible. . . •
SUR LA RVSSIB. iBl
labes, et elle a des mois qui ont jusqu'à douze et même dix-buit syllabes. Elle est du reste pleine d^idiotismes et d'onomatopées, à l'aide desquels le poète donne à ses vers Taccent qui s'aecorde le mieux avec sa pensée, et imite même les voix de la nature, le bruit du tonnerre, le soupir des vagues, le sifflement de Toiseau.
Les vers finlandais sont pour la plupart de huit syllabes et allitérés ^ Jamais dans noire langue, on ne parviendra à faire comprendre le caractère musical de raliitération. Ces vers sont, en outre, composés en grande partie par un procédé de parallélisme, c'est à dire que le second vers de chaque strophe répète en d'autres termes ou représente avec d'autres nuances la pensée ou limage tracée dans le premier, et il y a par* fois dans ces deux vers qui sont comme le double écho d'un même sentiment, qui se fortifient l'un par l'autre , et s'en vont sur la même ligne sans se confondre, un charme indéfinissable et impo^ sible à rendre. Qu'on syoute à ces difficultés une quantité d'expressions figurées, d'hyperboles qui tiennent au génie même du dialecte finlandais, de locutions toutes locales, d'images empruntées
k On a tsêàjé kdiftnts reprises d'y introduire la rime, mais elle ne flatte pas VoreiUe des FinlaQ4«is comme rallftération.
T. I. fl>
IBS LETTRES SÛR LA RtSSIË.
Il la Mtore, anx coutumes, mx traditions des habitants, et qu*on Juge de ce Qui doit rester
d'un chant lyrique composé avec de tels éléments, quand il a été traduit dans une autre langue et transporté dans un autre pays ! Mais ce chant résonne encore chaque matin comme celui de Talouette au bord des lacs de Finlande ; il égaie chaque habitation, il anime chaque fête, et, tout en reconnaissant combien il nous était difficile d'en donner une juste idée , nojus avons cru devoir rassembler quelques unes des pages les plus caractéristiques de cette mythologie bizarre, sauvage, conservée dans les souvenirs de la nation. Il nous a paru curieux de recueillir, au moment où elles viennent d'éclore comme des fleurs embaumées, ces poésies primitives, ces poésies de la nature , dont la source semble à présent tarie , et qu'on ne retrouve plus guère au cœur de notre vieille Europe que comme une science morte ^ dans les livres et les traditions.