‹ Lettres sur la Russie, la Finlande et la Pologne (volume 3)Chapitre 4 sur 16 · DE HELSINGFORS · texte numérisé non relu

DE HELSINGFORS

UNIVERSITÉ m HELSINGFOns;

MMimi M L'IMST&OCTIOM riIBLlQUf.

Voiol une contrée séparée des parties les plus civilisées de TEurope , bornée d'un c6té par la mer Baltique, de l'antre par les sauvages montagnes de la Laponie, une contrée habitée par une population paisible et Inoflbnsive , qui , des ri* ches plaines du Sud , s'est laissé refonler par des tribus guerrières dans les sombres parages do Nord , qui a été pendant des siècles soumise à la domination et exposée aux ravages des deux

peuples qai ravoisinent, gouvernée par les Suédois j envahie par les Russes , pillée par ceuxci j exploitée par ceux-là , et qui , au milieu de toutes les guerres dont elle a été constamment la victime, dans Tanxiété perpétuelle de sa situation j sous le fardeau de sa misère , s'est cependant noblement associée au culte de la science , à Tétude des lettres. Si l'on aime à mesurer l'essor de rintelligence au sein d'une nation où tout seconde ses progrès, n'est-îl pas plus intéressant encore de suivre ses développements dans un pays où elle est à tout instant entravée, comprimée par les obstacles matériels, de chercher les premiers germes de l'instruction répandue , comme la semence dont parle l'Évangile , au milieu des ronces et des rocs , et de voir comment ils ont pris racine sur le sol aride, comment Us ont grandi ausoulBe de l'orage, et quels fruits ils ont portés.

L'instruction a commencé tard en Finbnde.

Le christianisme, principe de toute civilisation moderne, ne fht introduit qu'au douzième siècle dans cette contrée par le zèle de saint Éric , roi de Suède, et le premier missionnaire qui aborda sur cette terre païenne y fut égorgé.

Au commencement du treizième siède, les pa*

SLR LA RUSSIE. 65

pes sommaient encore les Suédois de faire une croisade contre les peuplades idolâtres de la Caréliè et de Tlngermanie, et la première croix pe fut élevée qu'en Tan 12ft9 dans les districts de rOstrebothnie.

Birger Jarl achève bientôt de conquérir la Finlande. Le christianisme est prêché et ad* mis partout. Le clottre s'élève sur les débris de Tautel de Wseinemœinen. Lés cérémonies liugustes de l'église remplacent les pratiques d'un culte barbare, et près de quatre siècles se passent encore avant qu'une école régulière recueille et répande les éléments d'éducation publique implantés dans le pays par le christianisme. La première école latine fut établie à Abo par Gustave-Adolphe en l'an 1630. Jusquelà il n'y avait eu en Finlande que des institutions très incomplètes, attachées à certains couvents , dépourvues des livres les plus essentiels, et régies par des hommes d'une instruction fort bornée.

En 16/kO , sous le règne de Christine , l'école d'Abo , qui portait le titre de gymnase , fut élevée au rang d'université. J'ai vu avec un pieux respect, dans l'édifice académique de Helsingforsi l'acte de fondation de cette université,

la plus ancienne qui existe aujourcPhni dans Tim* mense empire russe * ; il est signé de la main de nilustre Axel Oxenstlern , de son frère Ga« briel, et d'un homme qui , par son origine, appartenait à la France , le maréchal Jacques de Lagardie. La pensée libérale qui animait ces nobles conseillers de la jeune reine leur a inspire ces considérants politiques : « Attendu que, dans tous les temps , les écoles et les académies doivent être regardées comme des plantations et des pépinières où la science des livres, les bonnes mœurs , les vertus, naissent et se dévelop* peut; que cet institutiont ont donné une direotion plus sûre et un soutien plus ferme aux mo^ narcbies et aux républiques : nous Christine , à l'exemple de notre royal père Gustare^AdQlphe, qui a amélioré Tuniversité d*Upsal et fondé celle de Dorpat, nous voulons, pour l'honneur et Tornement de noire principauté de Finlande , éta^ blir une université à la place du gyn^nase d'Aho et en faire un instrument de savoir et de vertu. • Rien ne (bt négligé pour donner à Ttaïauguration de cette univei*sité un caraotère solennel ; toutes les églises de Finlande durent la célébrer

t Celle de Dorpat fat fpndée Uuit aq^ plus I6t| ipaU fermée de 1710 & 17W. (Grot., If iniien afAfexandcrs UniwniUUO

par l'offiee divin, tous les principaux fonction* Baires ftipent invités à y assister. Qa'il me soit peraais de rapporter quelques détails de cette fête scientifique : c'est une peimuir^ du temps et du pays.

Le 14 juillet de l'année 16/iO, les trompettes et les tambours annoncèrent aux habitants d* Abo et auft étrangers réunis dans la ville Tauguste cérémonie qui se préparait. Le lendemain à sept hewes du matin , i'évéque du diocèse, les professeurs suivis d'une escorte de gentilshommes, descendaient sur des barques la rivière de l'Aura et s'en allaient au diàteau chercher le comte Brthé, gouverneur-* général 4e la Finlande, ehaneelier de la nouvelle université. Une heure après, tout le (Hutège revenait vers la ville , préeédé de douze hérauts et de deux trompettes sonnant des fanfares. En tète de l'assemblée était le ns^réehal de hi noblesse, accompagné de trente gentilshommes piarohant deux à deux oomme dans une procession. On voyait ensuite le prindpal oflkder du comte, suivi de cinq hoomies portapi les insignes de l'université : les cl^lii, le sceptre, le sceau , le registre où avaient été inscrits les noms des étudiants , et le manteau de recteur en velours rouge doublé de latin

blanc ; puis venait le comte entre ses douze gardes j puis révéque et les professeurs. Derrière eux s'avançaient les fonctionnaires des difiérentes classes , les prêtres du diocèse , les instituteurs , et les nouveaux ëtudiantA fermaient la marche.

Le cortège traversa la ville au bruit du ca** noQ , au son des cloches et des instrumatts de musique, entre une haie de cavaliers appelés pour cette solennité de toutes les parties de la Finlande. L'édifice universitaire était orné de guirlandes de fleurs et de verdurCi les murayies étaient couvertes de tenture, les bancs revêtus de draperie de pourpre. Le comte Brahé monta en chaire, proclama la fondation de Tuniver* sité, et remit à Tévéque les insignes de vicechancelier en lui adressant une allocution en latin.

Le vice-chancelier revêtit un des professeurs du manteau de pourpre ; rassemblée se rendit ensuite à l'église. L'évêque prononça un discours , après lequel la fouleendiousiaste poussa de telles acclamations de joie, que l'on vit, dit un historien de cette fête, les voûtes du temple trembler. L'inauguration se termina par un grand dtner chez le gouverneur et par la rq^kré-

sentation d'une comédie morale intiiolée : Leê

Etudiante,

Cette jeune université ^ instituée avec tant de pompe j était pourtant fort mai dotée ^ et «es premiers travaux furent troublés par des préoccupations pénibles, par des soucis matériels» tranchons le mot , par la misère ; die devait occuper la maison du gymnase , et il n'y avait dans toute cette maison que cinq petites salles. La somme annuelle affectée à ces dépenses ne s'élevait qu'à 6,125 dalers ^; ce revenu lui était payé partie en argent , partie en nature , c'est à dire en orge, foin, beurre, etc. , ce qui occasionnait souvent d'amers mécomptes. Le gouvernement suédois avait en outre accordé aux professeurs la jouissance de quelques terres dont il ne tirait qu'un revenu très précaire et très insuffisant.

L'imprimerie n'avait pas encore été introduite en Finlande; le secrétaire de l'université fut chargé de copier les ordonnances du recteur, les programmes des cours, les dissertations des

> Le dater élait la sliiëme parlie d'un êpéeiêi, autrement dit de cinq francs. Ainsi, l'université n'avait guère plus d'uu millier de francs. Il est vrai que l'argent avait alors beaucoup plus de valeur qu'aujourd'hui.

90 LBfTTMS

imfesseurt , et quelques tb&ses fareni publiées à Stockholm et à Dorpat. L'académie adressait Dépendant de vives suppliques au comte Brahé pour obtenir une presse . Dans une de ces re« quêtes, il est dit que les professeurs ont grande envie de s'exercer à disputer, et de voir leurs thèses imprimées ^

En IMl enfin, un imprimeur suédois, nommé Wald , consentit à venir s'éiablir en Finlande , et le recteur fit avec lui un contrat qui renferme quelques passages curieux. L'imprî^ meur est déclaré libre de toute contribution et de toute coi^vée ; on lui paie son voyage de Stockholm à Abo, on lui donne le logement , 100 dalers d'appointemcnt par an, et 6 marki* par feuille d'impression ; il doit travailler avec aèle chaque jour, à l'exception des jours de fête et de dimanche ; il lui est expressément défendu de mettre sous presse la moindre feuille sans qu'elle ait été préalablement lue et approuvée par le recteur '. — • La censure commençait en Finlande avec rimprimerie.

> Je traduis littéralement : Hà/koa hut iigh ditpuUindoexH^ e$ra. ( Notices historiques de M. Pepping sur rimprimerie eo Finlande.)

» Xe wmrk êtaR li quatrième partie iTun daler.

s Le vénérable recteur investi de ce droit de censure avalU e

SUR LA I^VdSIE. ?i

ta btbliolhèqae irenlbrtnait vingt et un vohl« mes et un globe, héritage du gymnase. Ltt faculté des sciences n'aviit ni instmments de mathématititte, nt labm*atdre, nt clinique ; que <HHe ? ii ^'y Avait pas même une pharmacie et pas un médecin t en cas de maladie, les gens du peuple s'administraient mutuellement des remèdes iradilionnels. Les gens instruitsallaient consulter les docteurs de Revel \ La première dissection anatomique eut lieu en 1686. Les curieux payaient un mark pour voir ce Uouveatl spectacle.

L^anuée de sa fondation, Tuniversité se com« posait de quarante-quatre élèves et de onze ptù* fesseurs, dont six pour la faculté de philosophie, ainsi composée : 1* politique et histoire, r lan-» gués grecque et hébraïque, 8" mathématiques; 4"* physique et botanique, 5* logique et poésie, 6* éloquence.

Toutes les leçons se faîsaîenten laiîrt, et louies les sciences dont les professeurs enirelenaîent

temps dfi lire les manuscrits suspects. Les casses de Wald renletinaieiii «i peudt caratlères* quMI ne pouvait composer au'un» demi feuille à la fois.

» Un professeur malade entreprit ce voyage en 10S5, el mourut à bord du bâtiment.

7% LETTRBS

l^iirs élèves étaient soumises à la suprématie de la science théologique. On suivait de loin, timidement, pas à pas, les traditions de Técole d*Upsaly et tout ce qui n*avait pas encore été consacré par Tautorité d*un ancien enseignement, tout ce qui avait la moindre apparence d'innovation, inspirait une sainte terreur aux dignes rhéteurs d'Abo. Dans un des protocoles 4u consistoire de Tannée 1641 , il est dit que chaque professeur doit bien se garder de faire quelque essai inusité dans L'espoir de se montrer par là plus habile que les autres^ car de telles tentatives n'enfantent que le mécontentement et l'envie.

. L'enseignement de la philosophie était surtout assiyetti à de grandes restrictions; on ne le laissait pas aller de système en système, d'analyse en analyse; on ne reconnaissait que deux philosophies, la philosophie saine ( êundaphin loêophia\ c*est à dire celle des anciens, et la philosophie nouvelle, sur laquelle on fermait pieusement les yeux ; il en était de même de la science du droit. En 1696, une chaire de jurisprudence étant vacante, le consistoire adressa ù son cbaucelier une supplique dans laquelle il était dit qu'il fallait éviter de prendre , pour oc-

cuper cette chaire, ua étranger dévoué à de nouvelles opinions qui jetteraient le trouble dans l'esprit des étudiants et détruiraient l'heijtreuse unité de renseignement philosophique , sans laquelle les bons principes ne pouvaient subsister à Tuniversité d'Abo. Quant à Tétude des belles lettres, elle n'allait guère au delà de la traduction littérale de quelques écrivains latins. On ne traduisait du grec que le Nouveau-Tes* tament, et ceux qui avaient la hardiesse de pénétrer dans les beaufCs poétiques de Tantiqnité classique, ne gagnaient à un tel égarement d'esprit qu'une fort mince considération : les sages interprètes du droit canon, les savants commentateurs d'Aristote, les regardaient du haut de leur chaire comme des gens d'une nature très inférieure, et les appelaient tout simplement des verbaleê.

Un an après son inauguration , l'université d'Abo comptait déjà cependant plus de trois cents étudiants, et il ne faut pas croire qu'on entrât alors dans cette université comme on a le bonheur d'y arriver aujourd'hui en se faisani inscrire à la chancellerie, et en payant une 1er gère rétribution; non vraiment, un tel privilège ne s'acquérait que par un acte profond d'humi-

7t tlTTfilS

lité. Le jonr de leur inscription , tons les aspi'» raots au tilre d'étudiauu se réunissaient dans la même salle. Un des employés de Tacadémie , portant le titre de dépositaire, s'avançait au milieu d'eux, et la fouie rieuse et moqueuse les entourait. Alors, dit un voyageur français qui a décrit dans un style naif les détails de cette bur* lesque cérémonie : • on leur noircissait le vî« sage, on attachait de longues oreilles et des cornes à leur chapeau, dont les bords étalent abatUfs ] on leur mettait^eux longs crocs ou deux longues dents de cochon aux deux coins de la bouche, qu'ils devaient serrer comme deux petites pipes, et on leur mettait sur les épaules un long manteau noir. Ceux*cl étant ainsi pins monstrueusement et plus ridiculeuseroent déguisés que ceux que l'inquisition mène brûler, le dépositaire les faisait sortir de la cbam<* bre de la déposition, et, tenant à la main un longbftton au bout duquel était emmanchée une petite hache, il les chassait devant lui comme un troupeau de bœufs ou d'ânes jusque dans «ne salle oit des spectateurs les attendaient. Il les y faisait ranger en un cercle après les avoir égalés et mesurés de son bâton comme un ser« gent mesure le$ soldats avec sa hallebarde

Sun LA. RUSSIE. 75

pour leur faire garder la file; il leur faisait quantité de grimaces, de révérences muettes»

ensuite il les raillait sur leur étrange équipage, et, passant du burlesque ,au sérieux, il faisait un dcnombrement des différents vices et des défauts de la jeunesse, et montrait le besoin qu'elle avait d'être corrigée, châtiée et polie par l'étude des belles lettres. Qtiittant en-» suite le sérieux pour le burlesque, ou plutôt pour le tragi-comique, il leur faisait diverses questions auxquelles *iis étalent obKgés de ré* pondre ; mais les dents qu'ils avaient dans la bouche les empêchant de le faire distinctement et intelligiblement, et les faisant au contraire grogner comme des pourceaux , il en prenait occasion de leur en jlonner le nom et de leur appliquer quelques coups de son bâton, quoique légèrement, sur les épaules, ou de les souffleter de ses gants, accompagnant cela de réprimandes ; il disait que les dents signifiaient riniempérance, les débauches des jeunes gens à qui l'excès du boire et du manger offusquaient l'entendement en chargeant l'estomac. Tirant ensuite d'un sac une espèce de gibecière semblable à celle des joueurs de gobelet , des tenailles de bois qui s'allongeaient et s6 reii-

76 LETTJIES

raient eu zigzag , il leur en serrait le cou, les agitant et secouant jusqu^à ce que les dents tombassent par terre. Il disait que s*ils étaient dociles et que s'ils s'efforçaient de profiter des leçons de Tacadémie, ils se déferaient du pen* chant qu'ils avaient à l'intempérance et à la gloutonnerie, comme de ces dents; il leur arrachait ensuite les longues oreilles par lesquelles il leur faisait entendre qu'ils devaient s'appliquer fortement à l'étude, pour éviter de rester semblable à l'animal qui les porte. Ensuite, il leur ôtait les cornes , qui désignaient la férocité et la brutalité. Tirant enfin du même sac ou de la même gibecière un rabot, il les faisait coucher l'un après l'autre sur le ventre, et les rabotait en chaque posture par tout le corps, leur disant que les belles Icllres et les beaux arts poliraient leur esprit de même. Il remplissait, après quelques autres actes de cette pédantesque et burlesque cérémonie, un grand vase d'eau qu'il leur répandait sur la tête nue, et dont il leur inondait tout le corps. Après cela, il leur essuyait rudement le visage d'un gros torchon. La farce ou cérémonie étant consommée par cette ablution, le dépositaire exhoAait la troupe rabotée, éirillée et lavée, à

SUR hk RUSSIE. 77

un nouveau genre de vie, à combattre les mauvaises habitudes, qui défiguraient leur esprit comme les diverséH parties de leur déguise* meut leur avait défiguré le corps, après quoi il les déclarait libres étudiants de Tacadémie, à condition qu'ils porteraient pendant six mois de longs manteaux noirs semblables à ceux de la déposition, et iraient tous les jours offrir, chacun à ceux de sa province qui avaient été reçus étudiants auparavant, leurs services, tant dans leur chambre qu'aux auberges; qu'ils obéiraient aux ordres qu'ils en recevraient, et subiraient sans murmurer tous les reproches et toutes les railleries qu'ils leur pourraient faire, ce qui s'appelait les pénales {i). •

L'exactitude de ce récit est attestée par l'autour d'une dissertation latine sur l'histoire de l'université d'Âbo. La grotesque disposition fut abolie en 1691. 1/usage des pénales subsistait encore dans le siècle suivant.

En 1643, l'université célébrait la première promotion de maîtres ès-arts et ès-sciences. Le même esprit de morale austère qui présidait à son enseignement j^ se manifesta dans cette oc-

^ Voyage du iieur i. 4€ La UoUray$ «n Europe, A$i$, Af^i- 9«e,t. IJ»p. ^0.

7S LBTTftBS

cftsion \ phMkmm ëmdidnts méritaient, pftr leur savoir, la dignité de magkter; mais le consistoire ne les trouvait pas aXez pnrs, in vità et moribuf^ 6t les admettait seulement à coucou* rir pour le grade qu'ils ambitionnaient sans le leur conférer. Un autre, qui avait le malheur d'exprimer parfois en vers ses pensées, reçut Tinjonction de renoncer à ce langage inutile, et de ne plus s'en aller par la ville débiter des stances et des rimes qui faisaient peu d'honneur à l'académie. Parfois, un crime bieii plus grave encore pesait sur les étudiants. En 1661, l'un d'eux fût accusé de sorcellerie ; on ne l'avait jamais vu, il est vrai, exercer aucun malé* fice ; on n'avait trouvé dans sa chambre aucun grimoire et aucun chiffre cabalistique ; et nul témoin ne pouvait affirmer qa'il l'eût rencontré à cheval sur un manche à balai pariant pour le sabbat ; mais il avait fait tant de progrès dans la connaissance des langues orientales , et il avait enseigné en si peu de temps le latin à un de ses camarades, qu'on ne pouvait croire t|u'il put accomplir de telles merveilles sans avoir conclu un pacte avec le diable; et tout le con- ^Utoire universitaire, l'évéque eu tôte, le condamna à mort. Le malheureux n'échappa au

snppllee qne par rintervemfon du comte de Brahë, qui, sans contredire Ift sagesse des Juges y fil observer que si l'accusé était coupable du crime affreux qu'on lui impuieit, il devait, en être assez puni par la honte de sa sentence et les rigueurs de la prison. Neuf ans après, un autre étudiant, accusé du même forfait, fut seulement banni à tout jamais de Tuniversitë. La science moderne se glissait déjà dans le cœur des professeurs, Tacadémie déviait de ses premiers principes.

Revenons h notre promotion. Les étudiants parfaitement purs reçurent le grade de magister avec l'appareil solennel qui entoure encore celle cérémonie universitaire à Lund et à Upsal ; les étudiants jouaient ces jours-là une comédie mo« raie composée pour la circonstance , et le recteur donnait un grand dtner prévu par les règlements. Il ne devait pas faire servir à ce dîner plus de six mets ordinaires ( ordinarie raeiter)^ non compris le beurre et le jambon; au dessert , point de confiture , seulement du fromage ; pour boisson, de la bière de Finlande et un peu de vin de France. Il pouvait inviter, si bon lui semblait , les imprimeurs et relieurs ; mais aucune femme , pas même les femmes de

9fi UTTIiBS

professeurs» n^a^tit le droit d*èire admise ce jour-là à sa table, et le banquet ne devait pas se prolonger jusqu'au lendemain. Ce dernier article jetterait un doute f&cheux sur la sobriété des convives universitaires. Heureusement rien n'indique qu'il ait été jamais enfreint.

Peu à peu cette université, si mal dotée pécu* niairement et si mal pourvue des principales ressources de la science, grandit par Tappui constant du comte de Brabé, Tun des bommes les plus éclairés de son pays et de son temps, et par le zèle infatigable de quelques professeurs. Plusieurs particuliers enrichirent de leurs dons la pauvre bibliothèque $ le comte de Brabé y déposa quatre-vingt-sept volumes qu'il avait obtenus de la munificence de Christine ; le général Sialhandske la dota d'un millier de livres enlevés en Allemagne pendant la guerre de Trente- Ans.

Le professeur Gezelius établit en 1669,à Abo, une imprimerie plus large et plus utile que celle de Wald ; et s'en servit pour publier quelques unes de ses dissertations. Le même professeur fit venir de Lubeck un libraire qui procura à l'université les livres dont elle avait grand besoin.

Le recieur Peireus publia en 1642 une traduclion de la Bible en langue finlandaise et une grammaire finlandaise. Ce sont les deux premiers livres imprimés dans une langue qui remonte jusqu'aux temps les plus anciens, et dont les savants n'ont pu encore démontrer d'une manière certaine ni l'origine ni la filiation.

Le premier essor donné aux études par quelques hommes instruits et dévoués fut tout à coup entravé par les guerres de Charles XH . Le consistoire reçut l'ordre d'organiser militairement tous les hommes appartenant à l'université et en état de porter les armes . Les cours publics furent sus* pendus, les étudiants quittèrent leurs livres pour prendre le sabre et l'arquebuse. Un professeur de maihcmatiques leur servit de capitaine et leur fit faire l'exercice. Pierre 1'% profilant des fautes de son adversaire, s'emparait de Tlnger^ manie, de la forteresse de Yiborg, et menaçait la province d'Âbo. Pour comble de malheur, la peste, l'incendie, éclatèrent à la fois dans cette ville, et tandis qu'elle se traînait, languissante, sous le poids de ces fléaux, l'armée russe s'avançait vers Helsingfors.

Tous les fonctionnaires s'enfuirent alors en Suède; les professeurs émigrèrent aussi em-

82 LKTTUCS

portant avec eux bibliothèque, imprimerie, tout ce qui composait Thumble trésor de l'université. Le 28 août 1713, le prince Galitzin s'empara d'Abo, trouva l*autcl des muses désert, le tem • pie abandonné ; une trentaine d'élèves suivirent les cours d'Upsal , la plupart ne continuèrent pas leurs études. L'université fierait encore dans les renflements et les ordonnances ^ de fait, elle n'existait plus.

Le traité de paix de Nystad (1721) lui rendit ses domaines. Tous ses anciens professeurs ne revinrent pas à leur chaire. Quelques unsavaient trouvé en pays étranger un emploi. meilleur ; deux d'entre eux avaient été faits prisonniers j et deux auires étaient morts. On les remplaça aussi vile que possible, et tous repnrent en peu de temps, avec leurs modestes revenus, leurs modestes travaux.

Vingt ans après , l'université célébrait l'anni* versaire séculaire de sa fondation par des chants et des discours, mais sans pompe et sans éclat, car la guerre l'avait encore appauvrie , et le gouvernement ne répondait à ses suppliques que par de vaines paroles. £n 17&2 , une nouvelle lutte éclata entre la Suède et la Russie ; les professeurs prirent de nouveau la fuite , et les étu-<

Page 1