‹ Lettres sur la Russie, la Finlande et la PologneChapitre 23 sur 36 · LES DEUX AMANTS · texte numérisé non relu

LES DEUX AMANTS

« Un brave jeune homme avait parcouru l'Ukraine pence dant trente-trois ans. Chemin faisant, il arriva chez le « roi de Lithuanie.

« Le roi éprouve de l'affection pour lui, il l'accueille « généreusement, le comble de bontés, et la fille du roi ne

« peut assez admirer la beauté virile de l'étranger.

a Le beau jeûne homme se met à boire et se vante en

« paroles trop hardies : Ah ! mes frères, dit-il, on a assez ce bu et assez joué, on a assez longtemps porté des vête- « ments précieux, on a assez tenu la main de la fille du roi, « on a assez dormi près d'elle sur le duvet.

« Les compagnons du jeune homme étaient méchants. « Ils ont été trouver le roi et lui ont dit : Eh ! notre père, « le terrible roi, tu ne sais pas ce qui se passe, tu n'en as ce aucune idée ; ta fille est l'amante de l'étranger.

« Le roi est entré en colère et a crié à haute voix : Ai-je « encore des serviteurs fidèles ? Prenez cet étranger et jelez- « le dans une sombre prison. Allez dans la plaine creuser ce deux fosses profondes, mettez-y deux potences élevées, « mettez-y une poutre de frêne et une corde de soie ; et « en conduisant l'étranger , ne le faites point passer dece vant le palais, de peur que la princesse ne le voie.

« Le jeune homme a posé le pied sur le premier degré et et a dit : Adieu, mon père et ma mère. Il s'avance sur c< le second degré : Adieu, tous mes parents et ancêtres. ce II monte le troisième : Adieu, belle princesse, lumière ce de mes yeux.

.. « De loin, la fille du roi a entendu sa voix; elle court « dans sa haute demeure, elle prend ses clefs d'or, ouvre « sa caisse d'argent, prend deux couteaux damasquinés, et « les plonge dans sa blanche poitrine.

« Le jeune homme flotte pendu à la potence, et la jeune « fille meurt sous le couteau. Son père arrive. A peine a-t- <c il eu le temps de lever les yeux, qu'il a vu sa fille morte, « et il frappe de ses mains la table de chêne, et dit : Lu- « mière de mes yeux , ma chère fille , pourquoi ne m'as-tu « pas avoué que tu aimais cet étranger ? Je l'aurais aimé « aussi, et j'aurais protégé sa vie.

« Puis il crie de nouveau à haute voix : Ai-je encore

« des serviteurs fidèles? Envoyez-moi deux bourreaux im- « pitoyables, et qu'ils tranchent la tête à ceux qui ont dé- « nonce ma fille. »

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