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LETTRE IV

AU MÈME-

Sion, ce 30 juies |

Joyage le long du lac de Genève. — Évian.

— Rochers de Meillerie. — Saint-Gingolph.

— Saint-Maurice. — Fameuse cascade de Pissevache. — Antre de Trient. - Martigny; désastres causés par la débacle de la Dranse- Sion, capitale du canton du Valais; description de cette ville. — Observations générales sur l'histoire du Valais ; singulier genre d'ostracisme, nommé lu mazza.

: Les observations dont je viens de vous faire part, m'occupaent tellement dans la traversée du Valais, que je n’ai pu donner beaucoup d'attention aux particularités de la route. J'ai fait néanmoins, en plusieurs endroits, d’agréables diversions à ces pensées. À Évian, petite ville de l’ancien Chablais, où je m’arrétai quel-

Le)

que temps, je ne pus voir que les commis de la douane, attendu qu'ils s'emparent de tous les momens , aussi bien que de tous les effets du voyageur : COMME si le temps même était ici une marchandise de contrebande. À partir de là, on suit constamment le bord du lac de Genève, sur la belle route du Simplon, ouvrage d’une puissance qui n’a pas laissé partout de si honorables monumens de sa domination passagère. Cette partie de la Savoie, enclavée entre les cantons de Genève, de Faud et du Valais, est un beau et fertile pays, mais on ne peut plus mal culuvé;et, sans rien présumer des vœux secrets de l’habitant, que des relations journalières et des liens et des besoins. de toute espèce attachent à ses voisins helvétiques , 1l est certain qu'il gagnerait beaucoup à être régi par l'administration vaudoise, ou à entrer dans la confédération valaisanne. Les rochers de Meillerie, qui se rencontrent à peu près à mi-chemin d Évian à Saint-Gingolph, ont perdu par les travaux de la nouvelle route tout leur mérite PROS et presque tout l’intérét des souvenirs qui s’y rattachent. Comment, en effet , quelque disposé qu'on püt être à PHONE frémirait-on encore en songeant à cette roche escarpée , à celte eau profonde lorsqu’ on se proméne sur une large

SION. 35 el maprifique chaussée, d’où l'œil peut se {ixer, avec autant de sécurité que de plaisir, sur le miroir le plus poli et du plus bel azur qui soit au monde ? |

Saint-Gingolph forme, de ce côté, la limite entre le Valais et la Savoie ; un petit ruisseau qui tombe des monts voisins, partage ce village en deux moitiés presque égales, dont l’une est valaisanne et l’autre savoyarde. Je ne crois pas que la monarchie et la république se soient jamais trouvées si rapprochées; car il ne faut ici qu'une enjambée pour passer de l’une à l'autre; ét nous-mêmes à qui l’on reproche, avec quelque raison, d’avoir franchi ce pas si lestement, il faut pourtant convenir que nous y avons mis plus de temps. Du reste, ces deux moitiés de village, qui appartiennent à des institutions si différentes, ne forment qu’une même commune, paisiblement régie par les mêmes lois municipales, et dont les habitans, tous catholiques, se réunissent dans uné même église, située én pays savoyard. N'est-ce pas uñe chose assez remarquable que cette union si intime de bonnes gens, les uns sujéts d’un prince absolu, etlesautres, francs républicains, vivant, buvant, priant ensemble, et ne se doutant guère qu’on s’égorge ailleurs ; pour des opinions moins opposées ? | a

Saint-Maurice, où j'ai passé la nuit, n’a de remarquable que son pont sur le Rhône, ouvrage des Romains, dont la porte ouvre et ferme de ce côté l’entrée du /’alais. La position de cette ville lui donne de loin un aspect fort pittoresque, dont l'agrément diminue bientôt , pour faire place à une impression assez pénible : des maisons délabrées, adossées contre un énorme roc, dont les parois, absolument verticales, sont surmontées d'arbres ou surplombent d’une manière effrayante; voilà tout ce qu'on peut voir dés qu'on est entré à Saint- Maurice, ei ce qui fait promptement desirer d'en sorür. Celte ville, quoique petite, est ancienne, et a joui de quelque célébrité à diverses époques du moyen âge. Les légendes du martyre de la légion thébaine, les offrandes et les reliques qu'avait accumulées dans son abbaye la piété prodigue des princes y attii'aient jadis des foules de pélerins; aujourd’hui que ces pieuses richesses ont beaucoup perdu de leur valeur, même dans ce pays, il ne passe plus guère à Saint-Maurice que des curieux ou des marchands. Bien des gens verront là un effet de ce progrès s1 vanté des lumières : Dos moi, vous avouerai-Je que je n'y Vois qu'un genre nouveau de spéculation ou d'erreur, bien moins intéressant que le premier? Des

SION. 19 pélerinages mspirés par le repentir, et d'où l’on rapportait la paix de l’âme, valaient bien sans doute ces voyages entrepris à grands frais, . pour satisfaire, le plus souvent, une curiosité vame, comme le plaisir qu'elle procure; et dussiez-vous rire à mes dépens, Je me trouve bien moins raisonnable de venir à Saint-Maurice pour admirer des rochers et des cascades que. pour y révérer une chässe ou baiser ur reliquaire.

Saint-Maurice était devenu, 1ly à quelques années, une ville française. Je fis ce que je pus pour l'oublier; mais ‘mon hôte sut bien m'en faire ressouvenir. Le séjour des Français a d’ailleurs laissé trop de traces dans ce pays ; et c’est sans doute par représailles ,‘que l’on y écorche notre langue aussi bien que ceux qui Ja parlent.

Je m'’arrètai long-temps devant la célebre cascade de Paéssevache. Là, du moins, aucun témoin importun, aucun objet pénible, si ce n’est la misère en haillons spéculant sur la curiosité en litière, ne vient troubler une contemplation pleine de charmes. Le. volume et la hauteur de cette chute d’eau, et l'éclat extraordinaire du paysage qui l’environne; le noir rocher d’où le torrent tombe en nappes écumantes; les masses nrodigieuses de monts qui

bornent l’horison, et au-dessus desquels éUiricèlent les neiges Au mont felan, le pic le plus élevé de la chaîne du Saint-Bernard ; tout ce spectacle est véritablement cha lere Cette cascade à, d’ailleurs, pour quiconque ne craint pas d’être trempé par la vapeur et assourdi par le fracas de ses eaux, l'avantage de pouvoir être considérée de très-pres ; et les magiques effets de l'iris, qui se croisent dans tous les sens et se succèdent avec une mconcevable rapidité, surpassent ici tout ce que Von peut imaginer.

À quelques pas de là, Pon traverse le ruisseau de Trient , qu'on voit sortir, sur la droite, d’une crevasse de rocher, la plus singulière que j'aie vue. Cette crevasse, d'à peine deux toises de largeur, se prolonge, l’espace de plusieurs lieues, entre deux parois de rochers perpendiculaires, et d’une hauteur de douze cents pieds. Vous ne pourriez concevoir le froid, l’humidité, Fhorreur qui règnent dans ces sombres profondeurs, où cependant des hommesne cianent pas de s'engager pour conduire jusqu’au Rhône des bois coupés dans la vallée de 7alorsine; et ces hommes, qui risquent mille fois Le vie, dans des périls ignorés et pour un. médiocre salaire, ne se doutent pas qu’on les admire , et ne s’aperçoivent même pas, qu'on les regarde.

J'ai vu, à Martigny, avec un serrement de cœur inexprimable, les traces de l’affreux désastre causé, il y a maintenant déux années.

par l'inondatioü de la Dranse. La chute d’une partie des glaciers qui encombrent le F'al-de- Bagnes arrêta subitement le cours de cette rivière, et la trinsforma en ün lac, auquel on essaya, par des tranchées pratiquées dans fa glace, de procurer un écoulement régulier.

Maïs le travaïl de la nature fut plus prompt que celui de l'homme. La Drarise rompit ses digues de glace avec une violence impossible à décrire, et couvrit neuf lieues entières, c'està-dire , toute l'étendue de son cours, de débris de maisons, de terres, de forêts emportés par ses éaux. Dirai-je qu'actuellement encore, le même désastre menace de se reproduire, et que le progrès de la destrüction, dans cette partie des Alpes, prépare à ce malheureux pays un nouveau déluge, qui le rendra tout-à-fait inhabitable? Plusieurs des physiciens les plus habiles de la Suisse, Pun desquels j'ai eu depuis Fhonneur d'entretenir à ce sujet, sont chargés par léurs gouvernemens, d'examiner: Pétat présent du ’al-de-Bagnes, et d'indiquer un plan d'opérations pour lemettre à Pabri de Pen- vahissement de ses glaciers. Mais tandis que les babitans dorment et que les savans délibèrent .

qui sait ce qui se prépare dans les glaciers des Alpes? Quel pays que celui qui perd en un jour, par le déchaïinement d’un torrent, le sol végétal amassé par les siècles ; qu’il faut sans cesse prémunir contre la fureur des avalanches; et dans lequel un glacier occupera peut-être demain la place où le voyageur observait aujourd’hui les sublimes désordres de la nature!

Me voici à Sion, l'antique séjour des Séduniens, le siége d’un évêché long-temps célèbre dans la chrétienté, naguère le chef-lieu d’un département de l'empire français, et maintenant la capitale de la république et canton du Valais. Cette ville offre une des situations les plus remarquables qui soient peut-être au monde, au pied de deux éminences isolées lune de l’autre, d’un aspect sauvage, d’une forme bizarre, et surmontées de vieilles tours ou d’édifices en ruine, qui contrastent avec la richesse et la fraicheur du paysage qui les entoure. La. cité est neuve et assez bien bâtie : triste avantage, puisqu'elle le doit à un incendie qui dévora, il y a quelques années, une partie de ses anciens édifices, et à une inondation du Rhône, qui détruisit à peu près tout ce que le feu avait épargné. Sion se relevait à peine sur de nouveaux fondemens, quand la guerre vint encore une fois la menacer de sa ruine; le patriotisme

SION. Ar de ses habitans succomba dans la cause la plus juste; et cette ville fut prise et pillée par une armée française, en 1709. Les traces de tous ces désastres lui impriment un caractère plus tou- Chant, que ne ferait sans doute une situation florissante; et je n’ai pu me défendre, en y en- trant, de ce tendre intérêt qu'inspire 1c1 le courage aux prises avec tous les fléaux de la nature et tous les malheurs de lhumanité.

Il ne reste plus du château de Tourbillon, ancienne résidence de l’évèque, que des murailles à moitié détruites. L’émimence qui en est voisin, porte une chapelle également maltraitée par le temps, et d’autres dépendances, tout aussi délabrées du collége des RR. PP. Jésuites : il en est de tout ce qui leur: appartient 1c1, à -peu près commede leur ordre. J'ai cherché vainement dans le plus ancien de ces chäteaux la collection des portraits des évèques de Sion; ils ont péri, à un petit nombre près, dans l’incendie dont j'ai parlé; etceux quidécorent actuellement le réfectoire des Jésuites et le couvent des Capucins ne se recommandent guère que par le souvenir de vertus paisibles et de services obscurs; c’est-à-dire qu'ils ne sont d’aucun intérêt historique. J'ai regretté.la perte du portrait de ce fameux cardinal de Sion, Mathieu Schinner, qui joua un rôle si brillant pour lui, et si malheureux pour son pays, dans les

ly> LETTRES SUR LA SUISSE. guerres et dans-les négociations du X VI siecle; mais sans doute il était juste que l’image d’un homme quiattisa tant de feux périt à son tour dans un incendie. |

Sion ne renferme, dans sôn état actuel, aucun édifice qui mérite d’être cité; le moyen âge ya passé, comme ces torrens dés Alpes, qui ne laissent après eux que des ruines. Quelques vestiges de la domination romaine y subsistent encore; et J'ai lu, sur la muraille de lacathédrale , des inscriptions presque entièrement effacées, qui témoignent la reconnaissance des Séduniens envers l’empereur Auguste, leur patron. Hserait curieux, maïs bien inutile, sans doute, de rechercher combien de datrons a eus un peuple; pauvre caché dans les Alpes, depuis cet Auguste, maître du monde, jusqu'à l'évêque qui se contente à présent de 20,000 fr. de revenus.

Je m'attendais, d’après toutes les relations des voyageurs , à trouver à Sion deux choses depuis long-temps naturalisées dans cette partie du f'alais, la crasse et le crétinisme; et J'ai été, s'ilfaut le dire, agréablement détrompé.Ce n’est pas qu'iln’y reste encore, dans les habitations, dans les meubles, et dans. tout ce qui tient aux usages de la vie, bien des choses qui répugnent à la délicatesse de notre goût; et

: SION. | 45 l’on ne peut nier que la propreté exquise qui se rencontre dans presque toute la Suisse, n'ait qu'imparfaitement pénétré à Sion. Mais il y a du moins un progrès sensible sous ce rapport, et l’on peut espérer une amélioration plus complète. Il m'a semblé paretllement que le nombre des crétins était moindre dans cette partie du J’alais; et ces deux effets pouvant être attribués à une mêmé cause, j'at appliqué tous mes soins à la découvrir. L'administration française, en éveillant l’mdustrie des Valaisans, et en donnant à leur émulation une direction utile, a sans doute contribué puissamment à

les tirer de leur ancien engourdissement, Quant au crétinisme, Je m'oserais dire que le moyen employé pour lextirper füt aussi phitosophique, s’il est vrai, comme on me la assuré, | que des milliers de ces malheureux aient été massacrés pendant la guerre dont Sion a été le théâtre ; et peut-être qu’en effet, le peu de philosophie qui a pénétré dans ce pays à la suite de la conquête, n’est pas aussi propre à protéger ce qui y reste de cette race proscrite, que la charité tendre ou, si l’on veut, superstitieuse, dont elle était autrefois l’objet.

Il n'existe point, à ma connaissance, d’histoire suivie et complète du J’alais; et cependant peu de pays ont mieux mérité d'en avoir une.

il est vrai qu'on ne voit à aucune époque des temps modernes le nom valaisan figurer dans ces scènes de désolation qu’on appelle conquêtes, n1 dans ces brigandages politiques qui se couvrent du nom de traités. Mais Île privilége de faire gémir la presse sous un amas de livres, prétendus historiques, n’appartient-il qu'aux peuples qui firent gémir l'humanité du poids de leur orgueil et de leur avarice? Si les Valaisans, braves uniquement contre leurs tyrans, et souvent vainqueurs dans la guerre la plus légitime, ne furent jamais nommés dans les acclamations et dans les larmes de l’Europe, c'est par-là surtout qu'ils ont droit à notre estime; et je prise bien davantage les honorabies monumens de cette valeur innocente, que le marbre et le bronze de tant d’insolens trophées, et que ces pages dégouttant à-la-fois du sang qui les remplit et de la bassesse qui les dicta. Au milieu des éternels conflits de la juridiction féodale, le Y’alais eut long-temps à se féliciter d’appartenir à un évêque : car, dans ces âges appelés barbares, la religion protégeait bien mieux les droits des peuples que ne le peuvent faire, dans les temps les plus éclairés, les meilleures constütutions écrites. La souveraineté temporelle de lPévèque de Sion se fondait sur un diplôme de Charlemagne, qu'on

SION. 45 nommait la Caroline, acte faux, comme ceux de ces autres donations fameuses ques; l'Église croyait devoir à la libéralité du même prince. Une autre prétention de cet évêque, laquelle n’était sans doute pas plus légitime, c'était d'avoir succédé au pouvoir des gouverneurs | romains; et, par une singulière confusion d'idées, il s’intitulait comte et préfet du F'alais, en méme temps qu'évéque de Sion. Quoi qu'il en soit, les bienfaits de son gouvernement couvrirent long-temps l'insuffisance de ses droits; des vertus réelles empêcherent de re- «marquer des prétentions ridicules : un peuple,

alors, ne s’informait pas à quel titre on le gouvernait, pourvu qu'il füt bien gouverné. Mais les évêques de Sion abuseèrent enfin de leur pouvoir; alors aussi, on discuta leurs titres, qui se trouvèrent les plus fables; et leur autorité se perdit, du moment qu'elle fut contestée.

Les habitans du Huut-V'alais, hommes si pauvres, qu'on ne pouvait rien pre prendre, que leur us mais d’un caractère indomptable comme Ne montagnes, furent les premiers à revéndiquer l'indépendance de leur pays contre leur évêque, fortifié du parti des nobles: ils se formèrent en petites républiques, nommées dizaëns ; delà, s'ensuivit une lutte opiniâtre, dont les succès variés remplirent tout Le cours

du X VE siècle, et dont lerésuitat fut l’établissemet de la fédération valaisanne, sur le modèle et avec l'assistance de la fédération helvétique. |

Ce fut aussi dans le cours de cette guerre que le Bas- Valais, envahi par des troupes auxiliaires de l’évêque et de la noblesse, fut conquis par les Hauts-Walaisans ; quien sont demeurés les maîtres jusqu’en 1700 : et alors, comme à présent, une guêrre entreprise pour être libres, aboutit à faire des ésclaves. L’établissement de la république devint surtout fatal aux nobles, dont la race disparut presque entièrement du Haut-Valais. Mais Pévèque, protégé à son tour par la religion, entra dans la ligue valaisanne, dès qu’il eut perdu l’esponr et le moyen de lopprimer; Sion fut admis avec fui au nombre des dézaiis , qui jouissaient àla-fois de la liberté et de la domination : aïnst, l'évêque, qui avait excité les troubles, resta souverain, et Ses alliés dévirirent sujets : c'était encore à peu près comme à présent. |

il est fâcheux que les détails de la longue et sanglante lutte entre la noblesse et le peuple du Haut-Valais ne nous aient pas été transmis par quelque plume contemporaine; Car les ta- bleaux, partout aillenrs st uniformes de la guerré ‘civile, offrent ici des particularités uniques ,

SION. : ° ee.

comime le théâtre même où celle-ei exerça ses ravages. Je veux parler de cé singulier genre: d’ostracisme, qu’on appelait {4 mnazza, ou la masse. Lorsque quelque important personnage excitait la jalousie du peuple, on prenait une massue grossièrement faconnée en tête humaine. D'abord, élevée et promenée dans lombre, chacun des adversaires de l’homme puissant ÿ enfonçait furtivement un clou; puis, quand le nombre de ces clous s ’était accru au point d'assurer à ses ennemis la pluralité des suffrages , alors la masse , digne ét hideux symbole des ressentimens populaires était enlevée, au milieu d’un bruit et d’un concours formidables, et dressée à la porte de celui dont elle menaçait Pexistence où le pouvoir. À ce signe redouté de la disgrace publique, les amis sé taisaient, les parens même se cachaient dans la foule. Le plus violent des démagogues se constituait ordinairement l’avocat de la masse; ses griefs, exposés avec cette éloquence sauvage du geste et de la voix, qui manque rarement son effet sur une multitude nombreuse, n’attendaient pas long-temps l'arrêt de mort où de bannissement du coupable.

Condamné sans examen, il fallait qu'il se soumit sans délai, et alors son château était détruit; où, sil essayait de résister, son chà-

teau pris d'assaut, n'en était pas moins dé:

truit; et la seule-consolation qu'il emportât dans son exil, c'était qu'une autre r#asseluirenvoyät bientôt son ennemi, pauvre et dépouillé comme lui. C’est de cette façon que les Valaisans se délivrérent successivement des puissans ennemis de. leur indépendance, des Raron, des Châtillon, des Supersax ; et lorsqu’après plus d’un siècle de vengeances et à la prière des cantons helvétiques, ils consentirent enfin à ensevelir cette formidable z2asse, il semblait, dit un historien, qu'ils assistassent à l’enterrement de leur liberté même.

Me voilà bien loin de notre siècle, et j'ai besoin de prendre un peu de repos pour y revenir et pour vous parler de la constitution actuelle du 7’alais. Mais l’heure me presse pour continuer mon voyage; et je remets à un autre temps à vous entretenir de cet objet. |

Je suis, etc.

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