LETTRE VIE AU MÊME
Stang, ce 7 août.
Description de la vailée et du bourg de Frutingen.— Foyage sur la rive orientale du lac
de Thun. — Interlacken. — La Jungfrau.
— Meyringen.— Passage dumott Brünigg.
— Stanz, chef-lieu du Bas- Untenwvald.
— La prairie des enfans de Winckelried.
— La Maison de ville de Stanz. — Observations sur le caractère du peuple de cette partie de l’Unterwald.— M. le Landainman Zelger.
Cette lettre ne sera guère qu'un rapide itinéraire, et vous ne m'en saurez pas Mauvais gré. Sile voyageur aime à se reposer dans un gîte agréable, qui lui est déjà connu, il n’en
est pas de même du lecteur, dont l'attention, pour se fixer, a besoin d’être continuellement excitée par de nouveaux objets. Je dois donc vous épargner des redites inutiles , au risque de me priver moi-même de quelques douces réminiscences, et Je ne vous parlerai quedes lieux étrangers à ma première relation.
La vallée de frutingen , qui s'ouvre non loin du charmant vallon de Kanderstæg, est justement regardée comme une des plus délicieuses de la Suisse; et peut-être mérite-t-elle la préférence sur toutes celles du canton de Berne, qui jouissent, chacune à des titres différens, d’une si brillante réputation. Son enceinte arrondie et spacieuse, est formée, à l’ouest, d’une chaine de monts, qui vont s’élevant par une pente insensible, Jusqu'à la ponte pyramidale du ÂViesen, et dont les derniers étages se couvrent encore d'habitations champêtres, tandis que les monts de la chaîne opposée offrent, dans leur direction irrégulière, des formes plus hardies et des dimensions plus imposantes. On y aperçoit de distance en distance des vallons latéraux, pareils à de larges crevasses creusées au pied des Hautes-Alpes, par les torrens qui en découlent, et du sein desquelles se dressent des colosses, étincelans au loin d’une neige dont l'œil peut à peine supporter l'éclat, au
STANZ. se.
milieu de la riante verdure qui les encadre.
Tel est surtout, au fond de létroit vallon de Kienthal, Vaspect vraiment magique de la Elémlis-Alp, énorme mont, entièrement vêtu d’une glace luisante et polie comme l'acier, et dont les flots, disposés en longs plis réguliers et aboutissant à une large zone de neige, également éblouissante, justifient le nom de Frau ou la Femme, que lui donne le pâtre des Alpes. Non loin de l’entrée du vallon de Xienthal, une autre gorge également sauvage, ou plutôt, une autre avenue du palais de l'éternel hiver, semble presque fermée par un rocher, d'où pendent les vénérables restes du château de Scharnachthal. Vues de profil, comme elles se présentent de loin au regard du voyageur, ces hautes murailles, si fortement empreintes de la rouille des âges ,semblent appartenir au roc même qui les supporte. C’est là que le vainqueur de Granson vint achever en repos des jours désormais inutiles au salut de son pays; et Jai conçu comment, dans cette retraite presque inaccessible à l’homme, la gloire d’un chef de républicains put échapper à l'envie.
Frutingen, chef-lieu de la vallée de ce nom, passe pour le plus beau bourg de la Suisse ; et Je ne crois pas, en effet, qu'il en existe un
autre qui, par l’étendue et par la somptuosité des habitations particulières, toutes cependant occupées par des paysans, donne une plus haute idée de laisance qui règne en ce pays et de l'excellente administration qui le répit. La population est digne d’un pareil séjour; les femmes, surtout, m'ont paru superbes, et la richesse de leur taille n’ôte rien à l'agrément de leur physionomie. J'ai vu à Genève la démocratie sous des échoppes, et j'ai trouvé qu’elle y était bien logée. À Frutingen, Jai vu des paysans , sujets d’un sénat aristocratique , habiter des maisons qui me semblaient presque des palais, et je n’en ai pas été plus surpris. Aux gens qui disputent de nos jours sur la préférence à donner à ces deux formes de gouvernement, je serais tenté de dire : allez à Frutingen, en passant par Genève, et vous ne disputerez plus au retour.
À partir de #{ällinen, joh village situé presqu’à la base orientale du ÂViesen, nous suivimes, en petite voiture du pays, un sentier que je ne conseillerais pas de prendre à des personnes qui ne se seraient pas encore famihiarisées avec la manière de voyager dans les Alpes. Comme on n’a rien à perdre en ce pays, et que le terrain est ce qui s’y trouve de plus précieux, on en est économe, au point de ne
STANZ. 7 laisser à la voie publique, que l’espace strictementnécessaire. Peu importe que la route suive le bord d’un précipice ou d’un lac, pourvu que le char puisse y passer; et il ne vient pas à l'esprit des habitans, d'accorder un pouce de plus , pour écarter l’idée d’un danger. Pendant le trajet dont je parle , nous eùmes souvent audessous de nous, à une proximité et à une profondeur vraiment inquiétantes, le lac de Thun, dont les magnifiques aspects se déployaient vainement à nos regards. Souvent aussi il nous fallut aider nous-mêmes à porter notre voiture à travers le lit des torrens, au risque de la voir se briser entre nos mains contre d'énormes pierres qu’ils charrient; et cette circonstance , qui eüt arrêté tout court le plus intrépide conducteur du plus élégant tilbury , n’arrachait pas le plus léger signe d’impatience à notre phlegmatique allemand. Ce ne fut qu’après avoir quitté notre embarrassant équipage, que nous jouimes complètement de la beauté pittoresque du pays que nous parcourions , et de ce miroir du lac de Thun , dans lequel viennent se réfléchir les formes si variées des montagnes qui le dominent. Les monts 4bendberg et Morgenberg , au pied desquels nous eheminions alors, nous dérobaient souvent leurs cimes perdues dans le ciel; mais à mesure que
nous nous éloignions de sa base, le MVicsen dressait plus fièrement sa taille majestueuse, presque toujours ceinte d’un léger voile de vapeurs, qui lui donne l'air d’une pyramide aérienne. Tout vis-à-vis de nous, deux énormes rochers qui enferment entre leurs crêtes menaçantes l’étroit et sauvage vallon d’'Uschi, nous apparaissaient avec des formes exactement symétriques; et plus lom, nous voyions les parois verticales du Âfarder prolonger une ombre immense sur le charmant vallon d’/nterlacken, comme pour adoucir l'éclat des rayons argentés qu’y projette le front immortel de la Yerge.
J'ai passé deux jours à Unterseen, tout occupé de revoir les lieux qui m'avaient tant charmé, et, en présence des mêmes objets, j'ai retrouvé les mêmes impressions. Que cette Jungfrau, dont J'avais emporté une si vive image, m'a paru de nouveau belle et imposante! comme sonattitude est toujoursnoble et caline! aucun pli de sa robeéblouissante n’a étédérangé par les orages; la même sérénité règne encore sur tous ses traits; son sein virginal brille encore du même éclat; et le temps et les saisons n'ont imprimé aucune tâche surson immortelle parure. Et cependant, dans cet intervalle d’une année , que de révolutions ont agité les États! que de tempêtes soudaines ont éclaté parmi les
hommes! et moi-même chargé d’un hiver de plus, combien en présence de ce colosse immuable , je me retrouve changé, avec des souvenirs effacés, des regrets tardifs et des espérances éteintes!
J'ai traversé encore une fois le lac de Brientz, et J'ai admiré de nouveau les nombreuses et superbes chutes du Giessbach , auquel il ne manque, pour être réputé la plus magnifique cascade de la Suisse, qu’un peu plus d'attention de la part des hommes; car la nature n’a rien négligé pour l’embellir. À Meyringen, où j'ai séjourné le jour suivant, j'a1 revu des mêmes yeux les monts et les cascades si célèbres de la vallée de Hasli ; mais je dois vous avouer qu’en examinant de plus près la physionomie de ce peuple, dont le pays r’excitait plus au même point ma curiosité, j'en ai concu cette fois une idée moins avantageuse. C'était un dimanche, et la population entière de la vallée, parée de ses habits de fête, était rassemblée sous mes yeux, près du temple, toujours trop étroit pour la foule qui s’y presse. Les femmes ont dans leur maintien et dans leur regard, une assurance qui contraste avec la timidité de leur sexe, beaucoup plus qu’elle ne sied à l'élévation de leur taille; et je commence à douter que les réunions dont j'ai parlé dans mon premier
voyage, soient toujours aussi innocentes qu’on me l’a dit et que Je l'ai cru. Les hommes ont aussi un air hautain et moqueur quine convient guère à des hommes libres, et qui n’a rien non plus de la dignité simple et mâle des autres paysans bernois. Nulle part encore je n’ai été si excédé de ces offres ou de ces demandes également intéressées, dont l'enfance accable les étrangers, dans la plupart des cantons suisses; mais 1c1 tout le monde s’en méle à-la-fois, et toute la famille poursuit en même temps le voyageur; c’est à qui, homme ou femme , jeune ou vieux, arrachera de l’importunité quelque nouveau tribut; et ce qui ajoute le déplaisir à impatience, c'est que ces gens-là, pour la plupart aisés,mendient plus par désœuvrement, que par besoin, et gueusent d’un air rogue, qui semble insulter à la générosité en la provoquant. Tel est l'effet de l’affluence des étrangers dans ces belles vallées, long-temps ignorées du monde. L'or qu'ils y sèment a fait germer partout sur leurs pas des desirs et des besoins auparavant inconnus. admiration que ce pays excite, devient de Jour en jour pour ses habitans une branche de revenus plus abondante, surtout plus commode à exploiter, que leurs pâturages des Hautes-Alpes; et, s'ils n’y prennent garde, la nature, en embellissant leur séjour, n'aura travaillé qu’à les corrompre.
Parmi ces étrangers, presque tous anglais , que j'ai vu se succéder à Meyringen, il en est un que je ne saurais oublier sans une sorte d’ingratitude; c'était bien le plus divertissant Gentleman que j'eusse encore rencontré. Il était venu en Suisse, uniquement pour voir des montagnes, ct il arrivait de Lucerne, où il s'était rendu, à cet effet, directement de Zéle. Le Brinigg était presque, sur toute cette route, la seule montagne qu'il eüt eue à traverser, et il était déjà si mécontent et si excédé de son voyage, que j'eus toutes les peines du monde à le raffermir un peu. Vous n’imaginez pas combien il avait été surpris que Îes routes de montagnes ne fussent pas unies et. droites, comme les grands chemins d'Angleterre. Le nom du Brünigg dont le moindre cahot était resté dans sa mémoire, le faisait encore tressaillir , et la vue des Hautes-Aïfpes produisait sur lui d'avance l'effet de la tête de Méduse. Il voulait cependant voir les glaciers du Grindelwald, et 11 me demanda des avis pour s’y rendre par la voie la plus courte; mais apprenant qu’on ne pouvait absolument y aller de plein-pied, et frémissant à la seule idée d’être obligé de grimper quelques centaines de toises, mon Anglais prit tout-à-coup la résolution de s’en retourner par les lacs à Berne, où il aura pris la poste
et sera rentré en Angleterre, aprés avoir vu des montagnes.
À Meyringen, Jai logé ceite fois chez le ministre, doni la maison agréable et spacieuse est ouverte aux étrangers que l'auberge ne suffit plus à contenir. Le ton et les manieres du maitre ajoutent un nouveau prix à l’hospitalité qu'on y reçoit. Sa bibliothèque assez nombreuse et bien choisie annonce un esprit cultivé; son appartement, dont tout le luxe consiste dans une propreté recherchée, est orné des productions de son pays, et surtout de collections d'insectes et de fossiles des Hautes- Alpes. Lui-même est excellent musicien, et, pendant une grande partie de la soirée que nous passämes auprès de ha, il improvisa sur son piano avec une verve et une complaisance également inépuisables. En considérant au sein de la famille dont il est l'appui, et de la contrée dont il est l'exemple, cet homme respectable, si digne à tous égards de la considération qui l’environne, je ne pus me défendre d’une réflexion pénible, en songeant à la condition si différente des pauvres curés de nos campagnes, la plupart dénués des moyens de faire respecter ou bénir dans leur personne, la religion dont ils sont les ministres. Tel est, au reste, dans presque toute la Suisse, le sort
des pasteurs protestans, aussi bien que des curés catholiques. Nulle part la charité publique n’est obligée de s’y exercer d’abord envers ceux-là mêmes qui en sont les dispensateurs; partout, au contraire, l'existence du pasteur, indépendante comme la parole qu'il annonce , ne se fait sentir à son troupeau que par les consolations qu’elle y porte et les bienfaits qu’elle y répand; et dans les moindres villages le presbytère est, avec la maison de la commune , l'asile du pauvre et le refuge de l'étranger. |
Je ne vous dirai rien du passage du Brünigs, ni de la traversée du Haut-Unterwald, ni des lieux que j'ai parcourus l’année dernière; ] jene pourrais vous faire partager le plaisir que j'ai éprouvé à les revoir. À Kerns, beau village de l'Unterwald, qui fut entièrement détruit il y a quelques années par un incendie, je n’ai pu voir sans un vif intérêt l’église nouvellement reconstruite avec une magnificence qui me charme toujours et ne me surprend plus de la part de ces républicains si pauvres : eh! quoi de plus respectable, en effet , que ce luxe qu ils déploient en l'honneur de L religion qui les maintient heureux et hbres ? b
Stanz, d'où je vous écris maintenant, est le chef-lieu du 2as-Unterwald ou Nidwalden.
ét le plus beau bourg de tout le canton. La situation en ést aussi lune des plus agréables que j'aie éncôre vues en Suisse. Le Sranzer-Berg, qui s'élève fièrémént au midi, est un mont d’une forme remarquable, habillé de magnifiques forêts de pins, qui relèvent encore le doux éclat de là verdure dont sa büse est embellie. Tout vis-à-vis, le Bürghen-Stock, à l’attitude également imposante, défend la plaine qui les sépare, de Pinfluence fächeusé des vents du nord. De charmantes prairies s'étendent entre ces deux monts, jusqu’au golfe de Buochs, qui fait partie du lac des Quatre-Cantons , et dont les reflets argentés brillent au sem dé cette incomparable verdure. De Stanz mêmé ét des côteaux qui Flavoisinent, on voit la chaine presque entière du Righi s'élever mollement par dé nombreux gradins jusqu’à larête si fimeüse qui la termine, tandis qu’à l’au: tre extrémité du vallon, le sauvage Rotzberg, couvert desruines du château de F'olfénschiess, maintenant habité par un ermite, rappelle à ce peuple lés antiques souvenirs desa liberté, et de la religion, qui en est inséparable.
J'avais vu partout à Sarnen l'image d’un prétre qui fut le bienfaiteur de sà patrie; j'ai vu de même à Sfanz celle d'un héros qui fut le sauveur de la confédération helvétique et
STANZ. 83 honneur de Fhumanité tout entière. La statue d’Arnold de Winckelried, élevée au-dessus d'une fontaine, décore la place publique de Stanz ; la maïson qui lui appartint, suivant une tradition populaire, et qui n’a rien de remarquable à l’extérieur qu'un tableau de dévotion, au lieu d’une image de gloire, est d’une construction beaucoup trop moderne pour justifier cette honorable attribution. Mais le champ où elle est bâtie, portait, dans dé vieilles chartes, le nom de Prairie des enfans de Winc- kelried, à ce que m'a assuré M. le Landamman Zelger : c’est donc incontestablement la plus belle propriété de toute la Suisse. Il ne reste plus que les débris de la chapelle dédiée, non loin de Séanz, aux deux frères Arnold ét Struth de Winckelried. Les Français, nouveaux fondateurs de la liberté helvétique, en ont détruit par le fer et le feu cet ancien et vénérable monument. Mais la tradition qui attribue à ce héros la défaite d’un énorme dragon, fléau de son pays, reste encore imprimée aux Heux consacrés par cet exploit fabuleux; on m’a montré, au-dessus de la plaine appelée Drachenried , une caverne dans un roc élevé, nommée Drachenloch ou Pantre du dragon , et dont lhabitant ne s'approche qu'avee une émotion superstitieuse, comme le culte qu'i rend à
Winckelried. Ainsi, chez ce peuple sensible à la gloire, la fable et l’histoire embellissent également le nom de ce grand homme; et, dans un siècle qu’on peut appeler lage héroïque de la Suisse, Winckelried en fut à la fois l’Hercule et le Léonidas.
La maison-de-ville de Stanz, brûlée au comnencement du dernier siècle, ne renferme point de portraits de ses magistrats antérieurement à l’année 1521. Mais on y conserve avec soin le tableau de toutes les familles qui ont donné des Landammans à l’État; et, dans une république où tous les emplois sont de fait accessibles à tous les citoyens, le nombre de ces familles, dans un intervalle de plus de cinq siècles, ne s'élève encore qu'à trente-quatre; et l’une de ces familles, celle de Zelger, dont le chef est actuellement un des Landammans de l’'Untérwald, en a produit à elle seule presque autant que toutes les autres ensemble. Ainsi l'illustration de ces chefs républicains a jeté, dans une démocratie absolue, d'aussi profondes racines, que, dans des États différemment constitués, la gloire des plus nobles races; et l'Urterwald a eu, comme nos monarchies, sa noblesse héréditaire : tant la perpétuité des honneurs au sein des familles, où elle entretient l’émulation de la gloire et le zèle-du bien pu-
SPANZPFRE | sn blic, est douce au cœur de l’homme, et favorable au repos des États et au maintien de la liberté même! J'ai remarqué encore que, sur cette liste des magistrats de l'Unterwald, les quatre premiers sont des #’olfenschiess, de la famille de ce tyran subalterne dont le nom partage, avec celui du baillif Gessler, l’exécration de la Suisse. Il parâit donc qu’en ce temps même, où l'aristocratie féodale -était encore armée de tous ses droits, des nobles savaient s'associer généreusement à la cause des peuples, qu'ailleurs ils opprimaient ; et c’est sans doute une lécon trop uüle pour qu'ellé demeure cachée dans les obscures archives d’un petit canton helvétique.
Pres de la maison de Winckelried est ur:
couvent de capucins; l’intérieur de cet édifice fait plus d'honneur à la modestie de ‘ces bons pères qu'à la dévotion de leurs compatriotes. s’y trouve pourtant une bibliothèque, maïs qui n’est guere visitée que par des curieux, quoique composée exclusivement à Pusage des moines; j y aicherché quelqu es bons ouvrages, et n’y ai vu que des livres de théologie, tels que des Casus conscientiæ, Bullarium Capucinorum, Flores Seraphici, etc. Sept ou huit élèves suivent dans ce couvent un cours d’humanités ; c'est là, je crois, la seule école pu-
blique de tout le canton; les jeunes gens dont on veut perfectionner l'éducation, sont envoyés. à Fribourg ou à Sion. L'instruction primaire est moins négligée ; et généralement le peuple de l’Unterwald reçoit de ses curés, ainsi que la parole de vie, les connaissances élémentaires qui manquent chez nous à la plupart des paysans, OU, Ce qui est pis, qu'ils vont puiser à des sources corrompus.
La population du Vidiwalden, comme celle du Haut-Unterwald, est vouée presque exclusivement à des occupations pastorales; ses troupeaux sont de même sa principale richesse, et la fabrication de ses fromages, sa seule industrie. Sa constitution diffère pareillement trop peu de celle de ses voisins pour qu'il soit nécessaire d’en indiquer ici les traits particuhiers. La religion est aussi la même dans tout le canton; et néanmoins il règne entre ces deux États, membres d’une seule république, une sorte de jalousie et d’animosité, qui produit quelquefois des démélés fâächeux,, et a tout récemment encore exigé lintervention de la Diète. Le Widiwalden, qui fut surtout le théàtre des désastres causés par l'invasion française, commence cependant à réparer ses pertes. L'économie rurale s'y est perfectionnée ; an peu de blé que produit le pays, et qui est.
joint, depuis quelques années, plusieurs cultures nouvelles. Je ne sais si c’est à ces progrès de l’agriculture, et de l’aisance qui en. est la suite, qu'il faut attribuer l'attitude plus calme que ce peuple offre à présent dans ses assemblées , jadis si renommées par les orages qu'y produisait une démocratie turbulente. Peutêtre l'amour de la liberté, sans être moins vif, est-il seulement devenu plus réglé; c’est du moins le témoignage qu’a rendu devant moi, à la raison plus éclairée de ses concitoyens , M. le Landamman Zelger, dont le nom brille depuis tant de siècles dans les fastes helvétiques, dont la présence apaisa plus d’une fois ces tumultes populaires, et qui joint à tous ses titres, comme citoyen €t comme magistrat, celui du meilleur historien de son pays (1).
Je pars demain pour Stanzstad, où jecompte m'embarquer sur le lac des Waidstettes. Je m'arrètera quelque temps à Zucerne, et je profiterai du séjour qu'y fait actuellement la Diète, pour renouveler les relations que j'y avais
(1) Depuis que ceci a été écrit, M. Zelger a été enlevé à son pays ; et le témoignage que j'mvoquais ici en faveur de ses compatriotes , n'est plus qu'un hommage rendu à sa mémoire.
précédemment formées , et pour en contracter de nouvelles. Mais comme je n’espère pas de recueillir, dans ce second voyage, beaucoup d'observations neuves, je ne vous écrirai plus que de Zug, où je serai dans quelques jours.
Je suis, etc.