SCORE
Pres de l’église, est le palais ie l'évêque.
Cet évêque , un des plus anciens et, jadis, un des plus riches de la chrétienté, en est aujourd’hui lun des plus pauvres; ses revenus s’élevent tout au plus à 10 ou 12 mille francs de notre monnaie; il n’exerce aucune influence : il ne jouit d'aucune autorité dans Le souvernement de son pays : telle est la condition actuelle d’un évêque qui fut long-temps le chef d'une aristocratie féodale, renommée par toute l’Europe. Un chapitre de douze chanoines , entre lesquels il est élu, sert à répandre encore sur son siége quelque ombre de son ancienne splendeur; mais c’est de ses vertus que sa dignité reçoit à présent tout son éclat. Le. palais épiscopal est. un véritable lieu de refuge pour tous les malheureux du pays. À l’excepton d’une longue suite de portraits des évéques de, Core, il n’étale qu’un luxe tout chrétien, et n’est orné que des mages d’une charité DE Des enfans, ice malades, composent toute la cour de ce prince de l Église; st j'ai vu des pauvres assis jusque sur le seuil de
avait bien voulu me confier , ont.été mon premier titre à l’indulgent accueil de ‘ses concitoyens, et c’est sous les auspices de ce nom révéré, que j'ai visité le pays qui fut son berceau.
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son appartement, et mangeant à sa porte le pain qu'ils venaient d’y recevoir.
Quelques maisons catholiques sont groupées, comme les malheureux , autour de leur évêque, dans la partie supérieure de la cité; car la ville de Coire est protestante, et sa bourgeoisie exclut le catholicisme : preuve d’intolérance, qui n’est pas moins commune et qui me paraît plus choquante , chez les réfor- - més, que dans la communion romaine. Pour tout le reste, il existe de même une ligne sévère de démarcation entre les catholiques et les protestans de Coure ; ainsi, l’école cantonnale, établie depuis dix ans dans cette ville, n’est ouverte qu'aux réformés; et les catholiques ont leur école particulière au séminaire. Ces sortes d’exclusions ne peuvent manquer d'entretenir entre les deux communions une aigreur préjudiciable à la prospérité de la république. Il semble d’ailleurs que, particulierement dans les deux Ligues hautes, la Ligue Grise et la Ligue Caddée, où les catholiques et les protestans sont partout mêlés ensemble , ces derniers abusent de l’avantage du nombre, pour décider en leur faveur toutes les contestations qui s'élèvent, au moyen d’une constitution qui ne laisse aux catholiques qu’un tiers de la représentation nationale, quoiqu'ils for-
ment plus du üers de la population totale.
Coire est la capitale des Grisons et le siége de leur gouvernement. Jadis, ils formaient une république indépendante et alliée du corps helvétique : depuis 1708 ,ils font partié intégrante de cette république fédérative; et, plus récemment , ils ont été de nouveau reconnus en qualité de dix-neuvième canton suisse, par le congrès de Vienne, auquel ils ont eu aussi l'obligation d’être une seconde fois dépossédés de la V'alteline et des comtés de Bormio et de Chiavenna. Ces pays, dont la souveraineté, cédée aux Grisons par des actes authentiques et souvent confirmée par des traités solennels, leur suscita tant d’embarras et leur fit répandre tant de sang, principalement au commencement du dix-septième siècle, étaient en effet pour ces républicains une possession plus brillante qu'utile. Je doute néanmoins qu'ils apprécient, commeil convient, l’avantage d’en être délivrés; et j'avoue que la manière dont l’ Autriche s’est approprié ces provinces, sans titre apparent, sans coup férir, d’un seul trait de plume, ne donne pas une bien haute idée de la modération diplomatique de cette puissance.
La constitution actuelle des Grisons est républicaine et démocratique, ou plutôt, c’est une réunion de vingt et une républiques, qui, sous
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le nom de Juridictions, ont chaçune leurs lois et leurs coutumes propres, leur administration particulière et presque indépendante. Soixantecing députés, savoir, trente-sept de la Ligue Grise, dix de celle des Dix Juridictions , et dixhuit de la Caddée, composent le Grand Conseil, ou l'autorité législative de la république, et siégent sans distinction, sans préséance, mais seulement sur des ie séparés , comme pour constater la différence d’origine de ces assoclauons libres, formées à diverses époques du moyen âge. Le niveau démocratique, qui a passé 1e1 sur toutes les conditions privées, comme sur tout le corps politique, n’y a éprouvé qu'un seul obstacle de la part de la Ligue Caddée, qui conserve son ancien droit d'intervenir dans l'élection de l’évêque, pour l’approuver. ou la rejeter; et c’est là, à vrai dire, le seul privilége qui existe dans toute l’étendue de la république. Le conseil. national s’assemble tous les ans , au mois de Juin, pour recevoir les comptes des revenus publics, prendre “connaissance de l’état actuel et de l’admuustration générale du pays, etnommer les députés à la diète helvétique et les trois membres du Petit Conseil. Chaque année, le Grand Conseil se renouvelle en totalité; mais les membres en sont toujours rééligibles : sage combinaison
COIRE. 179 d’un droit sans s lequel la démocratie n’existerait pas, et d’ une faculté sans laquelle elle se détruirait elle-même.
Le gouvernement réside dans un triumnvirat, où Conseil d'État de trois membres, nommés pour un an, ét rééligibles seulement après l’intervalle Me année. Ces suprèmes magistrats, dont deux sont nécessairement protestans et le troisième catholique, décident en dernier ressort toutes les affaires administratives , expédient tous les actes publics, s’assemblent tous Îles} jours pour recevoir toutes les réclamations qui s ’élèvent, et président alternativement, chacun durant quatre mois : de là le titre de. Président, seule distinction qui les accompagne dans l'exercice de leurs fonctions, et qui les suive dans leur retraite. Ils reçoivent un trai-
tement bien faible, si on le compare à celui du dernier de nos commis, et cepeñdant plus fort que dans aucune des démocraties helvétiques.
Ils résident , ainsi ‘que ‘toute la chancellerie, dans le palais national : la diète ÿ siége qe meht; ét l’on peut he qu'ici tout l État tient sous une seule clef.
Dix-sept ans est là âge f fixé par pe constitution pour acquérir la qualité el pour exercer les qi # Dane A ne et un, l'entrée, du
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s'ouvre pour tous les citoyens. Il semble que,
dans ces petites républiques, la carrière poli-
tique s’étende à proportion que le territoire est plus borné. Ici, elle commence en quelque sorte avec l'éducation et ne se termine qu'avec la vie; et, à défaut d’un grand théître, elle offre du moins un long espace de temps à parcourir.
Les conditions d'éligibilité aux divers emplois, loin d’être rigoureuses sous le rapport pécu-
niaire, sont presque nulles ; mais les conditions
ral sont, en Le nombreuses et sévêres. Il n'appartient qu'aux peuples pauvres, de savoir se passer de l'argent, et d’asseoir sur
l’honnéteté publique le repos et la stabilité de
l'État. | Quelque peu coûteux que soit un gouvernenement dont les élémens sont si simples, et qui n'a guère plus de commis que de chefs, ce n’est pas sans peine qu'il fait face aux dépenses les plus rigoureusement nécessaires. J'ai déjà indiqué la principale cause de la diminution des revenus de cet État. La vente du sel et un faible droit de péage et de douane sont à peu près les seules ressources qui lui restent, dans un pays où le peuple n’est soumis à aucune espèce d' impôt, et où ilse croit quitte envers l’État, quand il ne lui demande rien. | | Avec des ressources si modiques, le nouveau
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gouvernement des Grisons s’est déjà signalé par des établissemens utiles. L'école cantonnale formée à Cotre compte actuellement cent éleves , et l’État y donne à ses enfans une instrucuon classique et républicaine , qui là du moins est bien appropriée à l’histoire et à la constitution du pays. Généralement, l'esprit de cette démocratie semble participer à la fois de l’activité qui caractérise cette forme de gouvernement et de l’ancienne modération helvétique.
Le peu d'accord qui règne entre les membres des deux communions chrétiennes , oppose cependant un puissant obstacle aux progrès d’une administration éclairée. Il s’en faut bien aussi que la population des trois Ligues ait acquis le développement auquel elle pourrait atteindre ; et l'extrême indépendance dont jouit chaque cercle, régi par des coutumes particulières, et isolé en quelque sorte au sein du système politique dont il fait partie, est sans doute une des causes qui retiennent dans une sorte de langueur cet État, que la constitution robuste, le caractère énergique et l'esprit martial de ses habitans, appelleraient à remplir un des premiers rôles dans la confédération helvétique.
Je suis, etc.