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LETTRE XVI AU MÈME

Appenzell, ce 20 août.

Aperçu général de l'Appenzell et du caractere de ses habitans. — Village de Gais; bours d’Appenzell. — Réflexions sur les mœurs, les habitudes et le gouvernement de la partie catholique. |

Quelque accoutumé 'quéje'sois aux plus brusques changémeéns dans les formes de la nature et dans les häbitudes du peuple, je n'ai pas encore vu, dans Ce pays même, de transition si rapide , si inprévue, que celle dont je viens d’être témoin! Hier, parti du pied des Hautés- Alpes , j'ai vu, dans un espace de dix lieues, les deux chaînes parallèles qui enferment la vallée du Rhin, se déployer, en abaissant pro-

gressivement leurs cimes crénelées. De momens en momens, l’escarpement des monts, qui se dressaient à mes côtés, devenait moins rude et moins sensible; mes regards, long-temps bornés dans un étroit horizon ,se promenaient avec délices sur une spacieuse vallée. Vis-à-vis du charmant village de Serrnwald, une gorge’ qui forme l'entrée du Tyrol, me rappelait seule la présence des Hautes-Alpes, par la blancheur des neiges dont je voyais briller, par-dessus les montagnes du f’orartberg, quelques sommités lointaines. Je traversai le Rhinthal, vailon fertile , partout ombragé d'arbres à fruits, et dont le sol parfaitement uni ne s’élève que sur la croupe verdoyante des monts qui le bornent au couchant. J’arrivai ainsi à A4ltstetten , encore surpris d’avoir vu, dans un temps si court, ces énormes colosses des Alpes se réduire à l’humble taille de nos collines.

Ce matin, j'ai passé la frontière du Rhinthal, et un monde absolument nouveau s’est découvert à mes regards. Aprés avoir gravi par une pente assez roide, mais par une route superbe, le mont qui domine Æ/istetien , et admiré les magnifiques tableaux que forment ici le Rhin, la vallée qu'il parcourt, et les monts entassés du F’orarlbers et du Tyrol, je suis entré dans l'Appenzell, et dix pas plus loin, tout cet im-

mense échafaudage des Alpes avait déjà disparu. Des ondulations de terrain, d’une variété comme d’un agrément infini; une verdure, dont la douceur surpasse encore celle des mouvemens du sol qu’elle embellit; et, par-delà toutes ces innombrables collines , qu’on dirait arrangées avec une si aimable négligence, une enceinte de montagnes calcaires, disposées en terrasses irrégulières, au-dessus desquelles se déploie, dans la région des nuages , le Sentis , unique et paisible dominateur des Alpes de l4ppenzell ; voilà l'aspect que présente ce singulier pays. Des bouquets de noirs sapins interrompent seuls l’uniforme verdure que la terre y étale detoutes parts, et ajoutent comme des ombres à ce tableau, qui en font encore ressortir la vivacité. Mais ce qui surtout y répand un éclat incomparable, c’est l'atmosphère que l’environne, c’est l'air qui est ici d’une pureté, d’une transparence, dont on ne peut se faire une idée. Toutes les formes des objets s’y dessinent avec une si admirable netteté, qu'il semble que les contours en aient été touchés par un pinceau magique; et la douceur, et, vous le dirai-je, le goût exquis de l'air, sont tels, que le premier plaisir que ce pays procure, est bien véritablement celui d'y respirer.

Nulle part peut-être l’homme n’est mieux

entré qu'ici dans les vues de la nature ; nulle part, il n’est resté plus fidèle aux habitudes nées du sol qu'il habite, Tous les mouvemens du terrain y semblent calculés pour la subsistance des familles ; et comme si la nature avait voulu marquer elle-même l'étendue qu’elle assigne aux vrais besoins de homme, chaque tertre porteune maison et chaque colline forme un domaine. Aussi voit-on les habitations, toutes isolées les unes des autres, toutes pourvues des bâtimens nécessaires à l'exploitation de l’enclos qui en dépend; et ces maisons, d’une construction absolument pareille, répandues au loin sur cette foule d’éminences si semblables dans leur irrégularité même, offrent, dès la première vue, une image sensible de cette égalité qui n’est partout ailleurs qu’une chimére agréable ou une dangereuse imposture.

Un autre trait de ressemblance non moins frappant et plus séduisant encore, que l’observation découvre à ces habitations rustiques, c’est l’extrême propreté qui en fait seule la décoration extérieure. Aucune d’elles ne se distingue par une structure parücubère, m1 par une élévation ambitieuse. Elles offrent toutes exactement la même ordonnance; et les petites tuiles de sapin arrondies dont elles sont revêtues, prennent avec le temps une teinte si uniforme,

qu'il serait difficile de remarquer, sur un espace considérable, une maison qui différat tant soit peu d’une autre. J'en puis dire autant de lintérieur même de ces habitations. C’est, quelque part qu'on y regarde, un ordre qui flatte l'œil et une propreté qui l’enchante, parce qu’elle révèle à l’âme le bonheur dont on jouit dans ces champêtres demeures ; et pour moi qui, en lisant Théocrite ou Gessner, m'affligeai plus d’une fois de ne pouvoir imaginer à leurs bergers un séjour digne d'eux, je n'aurai plus cet embarras ; je sais maintenant où les placer.

Je ne serais cependant pas surpris qu’au premier aspect, le tableau de l’4ppenzell ne parüt à bien des gens d’une monotonie peu attrayante. Des yeux habitués aux grandes masses des Alpes, à l’escarpement prodigieux de leurs monts, à la sombre profondeur de leurs abymes, doivent éprouver, comme je l’ai d’abord éprouvé moi-même, une sensation désagréable en se fixant sur un sol qui ne s’élèveet ne s’abaisse que par des mouvemens imperceptibles, et dont la verdure, privée de ces innombrables dégradations de tons et de couleurs qu’offrent les paysages des Alpes, n’admet guère que les deux nuances fortement contrastées du tendre vert des prairies et du vert foncé des sapins; et l'isolement et la structure uniforme

des humbles habitations du peuple ajoutent encore à l'effet de celte première impression. Mais en étudiant à loisir l’ensemble de ce tableau, ilest impossible de n’y pas découvrirune douceur de tons et une harmonie de détails, véritablement enchanteresses. Insensiblement l'âme se laisse aller au calme profond dont tous les objets portent 1c1 l'empreinte; et cette inaltérable pureté de l'air qui les colore, répand dans tous les sens et porte à l'esprit je ne sais queiles impressions d’une suavité si pénétrante, que nulle part, peut-être, on ne jouit aussi bien de l’existence et de la nature.

C'est à cette extrême vivacité de Pair, qui est telle 1c1, qu'à la distance d’une lieue, on distingue parfaitement les plus petits ornemens d’une clôture rustique, qu'il faut attribuer le caractère simgulièrement spirituel et énergique de cette peuplade de montagnards.

Nulle autre tribu des Alpes n’est aussi remarquable par la grâce, l’à-propos et la vivacité de ses saillies. Nuile autre ne s’est constamment signalée par un zèle si ardent pour son indépendance , et par une liberté si orageuse. L’esprit a tant de pouvoir chez cette nation , qu'on peut dire qu'il y dispense seul toutes les dignités, et que, dans la démocratie la plus effrénée , il y donne un titre à tous les honneurs, il

y forme un véritable privilége. On a vu plus d’une fois, dans les assemblées publiques de lAppenzell, des magistrats coupables de malversations manifestes, échapper par un bon mot à une sentence inévitable , et détourner par une saillie l'arrêt qui allait les foudroyer. Ce peuple est enfin si sensible à l'esprit, que dans ses emportemens contre ceux de ses chefs qui le choquent ou qui lui déplaisent, 1l pardonne même à une épigramme lancée sur lui, pourvu qu’elle soit bien ajustée; et qu'on est sûr de lui plaire, quand on le provoque avec grëce.

C'est, en un mot, le peuple du monde le plus libre, et qui admette le mieux, dans loute son étendue, l'aristocratie de lPesprit.

Les landsgemeindes de ce canton sont peutêtre ce qu'il y a en Suisse de plus curieux pour l’homme qui aime à étudier, dans la diversité des races et des institutions humaines, ce qui offre un caractère original. Toutes les Charges de PÉtat s’y distribuent à la pluralité des voix, ct chaque candidat est obligé de venir en personne briguer, du haut d’une estrade élevée sur la AyAne Bt les suffrages de ce peuple, si fier de ce qu’il peut et si convaincu de ce qu'il vaut. L’orateur qui, dès les premières phrases, s’embarrasse, balbutie et fournit le moindre prétexte à la malignité de las-

semblée, voit à l'instant s'élever contre lui un orage de quolibets, qui termine en peu d’instans le cours de longues espérances, et lui sauve du moins les dégoüts d’une éternelle candidature; tandis que celui de ses rivaux qui, par un exorde adroit, sait captiver l'attention de ce peuple et flatter avec esprit sa majesté souveraine, est sûr d'enlever en même temps ses applaudissemens et ses suffrages. On trouverait, au reste, dans la manière dont sont distribuées les charges de ceite petite république, bien des difficultés de plus d’un genre; et il n'est pas prouvé que le canton de la Suisse, qui est le plus gouverné par l'esprit, en soit pour cela le mieux administré.

J’arrivai à Gaïs, village de lAppenzell réformé, à l'heure où, sortant en foule du service divin , Les familles , répandues au loin dans la plaine, regagnaient leurs habitations sohitaires. Si l’uniformité de leur costume témoigne ici légalité des citoyens, l'extrême propreté qui règne sur toute leur personne, prouve aussi manifestement l’aisance dont ils jouissent, en même temps que leur maintien atteste la dignité de leur condition et de leur caractère. Ah! combien, auprès de ce paysan des Alpes, citoyen dans sa commune et roi dans sa famille, pâtre, guerrier et magistrat tout à la fois,

et portant dans tous ses traits l'empreinte d’une Hberté qui n’est pas moins inaltérable que sa conscience, parait faible et misérable cette race de cultivateurs, toujours courbés sur le sol et attachés à la glèbe qui les nourrit, également abrutis par le travail ou par l’oisiveté, et n'offrant le plus souvent dans leur contenance arrogante ou servile, que le triste effet de la misère qui les révolte ou Les dégrade! Vous ne sauriez vous imaginer, mon ami, combien est intéressante la vue de ce peuple d'Appenzell, généralement si paisible dans une liberté si absolue, de ces pâtres au maintien si noble, de ces républicains à l'accueil si hospitalier, lorsque, réunis pour la solennité du dimanche, tous vêlus de même et parés en quelque sorte comme leurs montagnes, ils offrent le tableau d’une nombreuse fête de famille. Leurs personnes et leurs habitations étalent un air d’aisance et un luxe de propreté que je ne pourrais exprimer, sans vous paraître suspect d’exagération. L’extérieur de ces maisons, à Gais, où je séyournai de préférence, est tellement soigné, que je défierais un peintre de surpasser au pinceau la perfection des détails de cette rustique architecture. J'ai vu, dans diverses parties de la Suisse, et notamment dans les cantons de J'aud, de Berneet de Zurich, plus de richesse

et de magnificence, mais nulle part un sentiment de propreté aussi exquis et poussé aussi loin que dans l’Æppenzell. Depuis le seuil des maisons, tous les jours lavé d’une eau pure, jusqu’à la flèche brillante des paratonnerres dont chaque toit est surmonté, 1l ne saurait être donné à l’homme de joindre plus de goût à plus de simplicité; et, s’il faut juger de l’amour qu'il porte à sa demeure, d’après le soin qu'il met à l’embellir, lAppenzellois est sans contredit le peuple le plus heureux de la terre, comme il en est peut-être le plus libre.

J’arrivai dans la même matinée à Æppenzell, chef-lieu des Ahodes catholiques. J'étais accompagné d’un habitant de Gais, qui, en sa qualité d’hérétique , recueillit chemin faisant bon nombre de quolibets de la part de ses compatriotes orthodoxes, hommes et femmes, que nous rencontrions sur la route. Quelquefois aussi, devenant agresseur à son tour, il provoquait les passans par ses observations malignes. C’est ainsi que s’exhale de part et d'autre en railleries piquantes, sans jamais aboutir à des hostilités plus graves, la jalousie de ces peuples, que la diversité de leur culte a depuis long-temps séparés, malgré la commune origine et lelien politique qui devaient les tenir éternellement unis. Mais je dois convenir que le

tort, aussi bien que l'avantage , dans ces disputes populaires, appartient presque toujours au catholique, qui tire de l'esprit exclusif de sa croyance et dela nature même du sol élevé qu’il habite, un caractère querelleur et belliqueux, que n'offre pas au même degré l'habitant riche et industrieux des Rhodes réformées.

Le bourg d’Æppenzell est d’un aspect infiniment moins attrayant que celui des moindres villages des Rhodes réformées. On y sent partout la médiocrité pastorale ; et l’ordre et la propreté même y ont un air rustique, qu'on ne voit nulle part à Gais. Cette observation n’est point au désavantage des catholiques. Habitans d’un pays hérissé de rochers et voisin des Hautes-Alpes, 1lest tout simple queleurs mœurs se ressentent de cette condition, qu'il ne dépend pas d'eux de changer; et je ne les trouve que plus estimables, d'êtres restés pauvres comme le sol qu'ils habitent. Leur antique église étale seule un luxe tout républicain dans les ornemens qui la décorent; ce sont des drapeaux, et des bannières enlevées aux seigneurs et aux villes impériales dans la guerre de leur indépendance : nobles trophées, à la possession desquels ont renoncé les protestans , en même temps qu'à la croyance de leurs pères, et dont la vue entretient sans cesse dans le cœur de

l'Appenzellois fidèle le feu sacré du patriotisme et de l’honneur.

Près de cette église est une chapelle souterraine, dont l’usage et la décoration nous paraitraient bien étranges. À la lueur des cierges qui brülent éternellement dans ce caveau , ‘je distinguai des tas d’ossémens, confusément mêlée. Une simple grille de bois en défend l'approche, et sur chacun des pieux qui forment cette barrière est exposé un crane, avec une étiquette propre à le faire reconnaître, et portant les noms de là personne à laquelle il appartenait, ainsi que la date et les circonstances de son décés. Le même ordre qui règne parmi les vivans s’observe dans ce domaine de la mort; et, À mesure que lés rangs se pressent dans cette lugubre enceinte! les têtes déjà anciennes font régulièrement place à de nouvelles. C’est ainsi que la douleur et la piété de ce peuple se soulagent en la présence et dans la contemplation des objets mêmes qui les nourrissent. Jai vu dés enfans agenouillés devant les restes d’un père, leur offrir dévotement un tribut de larmes et il est bien rare qu'à quelque heure du jour que ce soit, un semblable devoir n’attire ici les divers membres de chaque famille pres des restes du parent qu’elle a perdu.

N'allez pas croire, mon ami, que le carac-

tère des Appenzellois se ressente d’une dévotion si sombre; rien n’est en effet plus gai et plus ami du plaisir que ce peuple, si attaché à la mémoire et au culte deses pères. Les fêtes de la religion, qui sont ici fort nombreuses, touruent toutes au profit de cette disposition naturelle; la pompe qu'on déploie à ses solennités, est déjà un spectacle et un amusement pour la foule qui s’y porte; mais, de plus, chaque acte de religion, tel qu'un mariage, un baptême, est constamment suivi de danses; et le bal est, pour ainsi dire, essentiel au sacrement. À la vérité, ce divertissement est interdit le dimanche; ce qui n'empêche pas le peuple de se livrer à des plaisirs d’une autre sorte, et qui ne sont pas moins de son goût. On se rassemble, au sortir de l’église, dans les principaux cabarets du village. Les hommes et les femmes s’y rendent par troupes séparées, pour boire et chanier en commun; et quoique le peuple d’4ppenzell porte toutes les passions à l’exces, on ne voit guère dans ces réunions d'autre ivresse que celle du plaisir. Je dinaï dans une auberge qui appartient au Aauptmann,un des premiers officiers de la république, et dans laquelle se ienait une de ces assemblées. Je pus juger par moi-même du caractère du peuple, quis”y abandonne sans réserve à ses impressions naturel-

les; et la présence du grave magistrat, versant lui-même à boire à ses hôtes, ne me parut pas le moindre ornement d’une fête dont elle assurait le bon ordre.

Mais le principal divertissement du dimanche, pour les hommes, est de se réunir et de converser sur les intérets publics de leur canton. On conçoit, en effet, qu'habitant des demeures isolées les unes des autres, souvent même placées à de grandes distances, et livrés toute la semaine à leurs occupations alpestres, ces hommes simples éprouvent à se voir et à se retrouver ensemble, un plaisir dont ne peuvent se faire d'idée les oisifs de nos grandes villes, qui se mêlent perpétuellement sans se connaitre, et ne se cherchent guère que pour se rejeter mutuellement le fardeau de leur ennui. La réunion dont je fus témoin à Æppenzell, m'offrit l'image d'une de ces assemblées populaires où, plus qu'en aucun autre canton helvétique, éclatent les orages de la démocratie ; et je vous avoue que Je ne me vis pas d’abord, sans quelque inquiétude, au milieu d'hommes, tous de la plus haute stature et de la contenance la plus mâle, tous vêtus de longs gilets rouges, et la tête couverte d’une calotte de cuir, qui leur donne je ne sais quel air à la fois monacal et guerrier, se pressant dans un vaste espace et formant des

groupes animés par une conversation bruyante et par des gestes énergiques. L'air et le port des femmes offrent aussi ce même aspect martial, cette même trempe vigoureuse ; et les robustes Appenzelloises m'ont paru dignes en tout de leurs robustes époux. Le vêtementde ces femmes joint aux formes les plus amples le luxe des couleurs les plus vives et les plus tranchantes; elles portent presque toutes des bonnets écarlates, qui relèvent encore l'éclat naturel de leur teint; et leur courte jupe laisse voir une jambe dont les proportions sont tout-à-fait rassurantes pour l'imagination, qui se la figure sur le sommet des monts et sur le penchant des abymes.

La religion exerce à Æ#ppenzell un empire absolu; et dans cette démocratie si effrénée, le même ressort dirige les affaires et les consciences. Quelques moines, étrangers au gouvernement, sont réellement les maitres de la république. ils y règnent par cette abnégation méme, par humilité qui les rend imhabiles aux emplois, et ils possèdent ainsi la plénitude de la puissance, sans en exercer les charges et sans en courir les risques. On m'a raconté la tragique histoire d’un Landamman d’/ppenzell au, de la conduite de son troupeau, porté par son seul mérite où par un caprice populaire au gou-

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vernement dé l’État, se crut assez fort de la confiance de ses concitoyens pour braver le pouvoir des moines, et qui, bientôt dépouillé de sa dignité, et proscrit de son pays, n'y revint, après une longue absence, que pour porter sa tête sur l’échafaud : triste et mémorable exemple des vengeances populaires, qui, même en ce pays, où les retours en sont si fréquens, imprime encore, après trente années, un profond sentiment de terreur.

Le bourg d’AÆppenzell renferme plusieurs communautés religieuses d'hommes et de femmes ; et, d’après le grand nombre des images et des emblèmes sacrés qui décorent l’intérieur et le dehors des maisons, ce bourg lui-même pourrait passer pour une vaste communauté. Tout le pays offre je ne sais quel air claustral qui, au sein de cette nature si riante, dans une atmosphère si pure, au sommet des Alpes, produit une sensation peu agréable. J'ai déjà parlé de la calotte des hommes, qui leur donnerait l'air de moines s'ils n'avaient la taille et Le port des héros. Peu s’en fallut qu’en entrant dans mon auberge, jene me crusse à l’église,etmon appartement me parut décoré comme une cellule,

La religion , qui s'empare 1c1 de la demeure comme de la conscience du citoyen, suit encore le pasteur au haut des Alpes. J'ai vu, dans

une promenade que j'ai faite à F’eissbad, la campagne toute couverte de petites chapelles, qui, les jours de fête, peuvent à peine suffire à l’affluence des dévots. C’est là que les pâtres d’4ppenzell, descendus de leurs montagnes, viennent, en priant Dieu, se délasser de leurs fatigues et consacrer à la religion toutle repos qu'ils lui doivent. J'entrai dans une de ces chapelles. Un capucin, debout au pied de l’autel, y adressait à la foule prosternée devant lui une instruction, dont ilne me fut pas difficile de comprendre le sens et de juger l'effet. Sa voix forte, ses gestes pathétiques ,ses vives et fréquentes exclamations, excitaient dans tout l'auditoire des frémissemens dont je fus moi-même ému. L’attendrissement et la fureur se peignaient sur tous les visages, au gré de l’orateur populaire, racontant, le crucifix à la main, la passion de Jésus- Christ; et lorsque arrivé au dénoùment de ce drame terrible, la voix du moine se rompit en imprécations et en sanglots, je fus effrayé de l'orage qui s’éleva dans l'assemblée; et, réfléchissant que J'étais étranger, je craignis un moment d’être pris pour un Juif.

Vous concevrez sans peine, mon ami, quel degré d'énergie ont toutes les émotions d’un peuple qui, livré sur le sommet des monts à des occupations solitaires, nourrit dans une

perpétuelle contemplation de la nature et de soi-même, les deux passions les plus actives du cœur humain, la religion et la liberté; et qui, doublement fanatique, ne sut jamais reconnaitre les bienfaits de l’une qu'aux excès de l’autre. Vous ne serez donc pas surpris qu’en vous décrivant cette scène, j’éprouve encore un peu de l'émotion qu'elle m'a causée; et je vous laisse iCL suppléer, par vos propres sensations , à l’insuffisance de mes paroles.

J'ai d’autres observations encore à vous offrir sur le caractère d’un peuple qui m'a si vivement intéressé; mais je dois craindre de fatiguer votre attention ; et c’est d’ailleurs à 7rogen, chef-lieu de l{ppenzell réformé , que je pourrai le mieux ,en connaissance de cause, achever le tableau et tracer le parallèle des deux communions qui partagent cette république.

Je suis, eïc.

Ce CN

LETTRE XVIL.

Trogen , ce 2 aouûi

V'ue superbe du Gæbris- Berg.— Trogen, chef. | lieu de l’Appenzell réforme. — Description d’une landsgemeinde ; Ou assemblée populaire, & Trogen.-—M. l’ancien Landamman fellweger, — Observations sur les effets de lindustrie dans cette partie de l Appenzell, et sur les différences morales et politiques qui en résultent pour les peuples des deux communions.

On peut se rendre par un chemin de plaine et en petit char, de Gais à Trogen. Mais vous connaissez mon goût décidé pour les routes de montagnes, et d’ailleurs ce pays très-élevé

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par lui-même n'offre guère que des pentes douces et faciles, où l'agrément n’est poini, comme dans les Hautes-Alpes, en raison de Ia fatigue. J’eus tout lieu de m'applaudir de mon choix lorsque, arrivé sur le haut du Gæbris, je pus jouir d’unedes plus belles vues de la Suisse. L'isolement de ce mont, élevé d’un peu plus de quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer, donne à l'horizon une étendue immense, principalement du côté des plaines basses de là Souabe et du Fürtemberg. Le lac de Constance, dont le magnifique bassin se découvrait pour la premiére fois à mes regards, fait l’ornement de cette partie du paysage, riche d’ailleurs d’une foule de villes, de bourgs, de villages, et de tous les signes de la culture et de l’industrie humaines. À l’est et au midi, la vue se prolonge sur la chaîne des Hautes- Alpes, dont elle peut suivre les mouvemens variés à linfini et la dégradation progressive, depuis les sommités chenues et les pics neigeux des Grisons, jusqu'aux derniers rochers du Tyrol, s'unissant aux plaines de l'Allemagne, par d'innombrables degrés et d’imperceptibles ondulations. Directement au sud , l'énorme Sentis dresse ses flancs escarpés , chargés de neiges par intervalles; et ce ne fut pas sans une douce sensation de surprise, qu’au-dessus des

To

rochers calcaires qui dominent le bourg d’Appenzell, je reconnus dans la réglon éd nuages lesauvage Glærnisch, et plus loin encore le Righi, tel qu'une humble borne posée sur les extrêmes confins de l'horizon. Les fertiles campagnes de la Thurgovie et du canton de Saënt-. Gall, qui, comme une large ceinture , environnent de toutes parts la petite république d’4ppenzell, s'étendaient au couchant jusqu'à une profondeur infinie; et, de ce côté, mes regards n'étaient également bornés que par l’immensité même de l’espace. La vue du Gæbris mériterait à elle seule un voyage, et le cède à peine à celle du Aighi lui-même, pour la richesse, la variété et la magnificence du paysage.

J'eus tout le loisir de considérer, dans cette charmante position, tout le pays d’ppenzell, ses riantes collines, ses nombreux villages , et, ce qui donne à ce canton une physionomie unique, cette innombrable quantité de maisons Jetées comme au hasard et semées, pour ainsi dire, une à une sur chaque tertre. L’uniformité du sol, partout ondulé et dépourvu de forêts, rend 101 cette disposition plus frappante encore qu’en aucun autre canton dela Suisse. L’Æppenzell, vu de cette hauteur, ressemble à une ville immense, dont les habitations, éparses ‘sans ordre et sans symétrie, forment seulement cà .

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et là quelques groupes pittoresques, mélange bizarre , d’où résulte un air d’aisance et de liberté, vraiment républicain et singulièrement agréable.

Trogen, lun des chefs-lieux de l’Æppenzell réformé, est un bourg superbe, qu’anime l’industrieet où la richesse abonde. Les maisons des citoyens les plus opulens sont ornées, à l’intérieur, des marbres les plus précieux; etil existe, même en France, très-peu d'habitations décorées avec un goût aussi exquis, que celle de M. l’ancien Landamman Zellweger. Ainsi, des cabanes de pasteurs, jadis serfs de l'abbé de Saint- Gall, sont devenues des palais sous la man d'un peuple libre; et un pays qui ne produit que de l'herbe, peut à présent payer les arts et le luxe de l'Italie.

ÎLest juste aussi de remarquer que jamais peuple ,mieux traité par la liberté ; ne s’est montré plus reconnaissant envers elle. Il en a fait son idole, ou plutôt, il la sert comme une maïîtresse, aveuglément soumis à tous ses caprices, encensant Jusqu'à ses défauts, et d’une jalousie à son égard qui ne peut se comparer qu’à l’inconstance de la divinité même qu’il adore.ïl n’existe sans doute pas au monde de démocratie plus absolue, n1 plus orageuse que ceile d’Æ4ppenzell; chaque année le gouvernement entier, depuis

le dernier huissier jusqu’au chef de la républi: que, est renouvelé dans l'assemblée générale, qui se tient alternativement à Trogen et à Hérisau ; et peut-être, ne serez-vous pas fiché de trouver 1c1 un récit de ce qui s’y passe, tel que je le tiens moi-même de la bouche d’un des premiers magistrats de ce pays.

Dans une place, où se pressent huit à dix mille hommes, tous armés de courtes épées, est une estrade en bois , grossièrement construite et élevée de quelques pieds. C’est là que le Consel du pays, humiliant sa dignité temporaire devant la majesté souveraine du peuple, vient abdiquer ses pouvoirs et rendre compte de lusage qu'il en a fait. Dès que Île Landamman a déposé le sceau de l'État , lés huissiers, vêtus des couleurs du canton, se dépouillent de leur manteau noir et blanc, et tout signe visible de la souveraineté a disparu C’est alors qu’au sein de cette tumultueuse assemblée d’hommesivres de leur puissance, éclatent souvent les plus violens orages. La plainte soudaine du citoyen le plus obscur, accueillie par les échos de la multitude et grossie par la voix des meneurs populaires , peut en un moment renverser la fortune d’un magistrat long-temps éprouvé au service de l’État , et porter au rang suprême un homme nouveau, étonné de lui-même, et trem-

TROGEN. 19G blant devant la faveur qu'il éprouve, comme un criminel devant l'arrêt qui le menace. Là, toutes les passions prennent un caractère énergique ; la haine ou la satisfaction du peuple se manifestent avec une égale violence; et l’on à vu des magistrats, intimidés des suffrages qu’ils recueillaient en applaudissemens forcenés, vou- | loir se dérober par la fuite à cet effrayant témoignage dé la satisfaction populaire. Souvent, à la moindre résistance de ses chefs, la foule soulevée se presse contre l’estrade qu'ils occupent, comme pour briser à la fois et envelopper dans une chute commune le souvernement lui-même et le théâtre fragile qui le porte. Souvent aussi un mot heureux, une réponse éloquente, change les dispositions de l’assemblée ; et une élection qui avait commencé par des menaces, se termine par des acclamations.

Telle est l’idée que m’a donnée deces landsgemeindes , M. le Landamman Zellweger, célèbre lui-même entre les nombreuses victimes que la démocratie s’est immolées à Appenzell. Après avoir dirigé long-temps les conseils de sor pays êt siégé avec honneur aux diètes helvétiques, ce magistrat, auquel ses ennemis mêmes ne peuvent reprocher que l'expérience qu'il a acquise en les servant, et peut-être des revers de fortune causés par son attachement au bien

public, s'est vu en un moment dépouillé de tous ses honneurs, et réduit à cacher dans une condition privée l'erreur de sa patrie ingrate. Je Vai vu dans la retraite où 1l vit depuis trois années, dirigeant une manufacture et charmant ses loisirs par le commerce des lettres. C’est un homme d’un esprit vif et orné, d’un savoir étendu ,et non moins versé dans la connaissance du droit public de l’Europe, que dans celle des intérêts de son pays. J’admirai la noble et touchante résignation qu'il conserve dans sa disgrace ;.Je l’entretins des vœux qu’en traversant V’Appenzell j'avais recueillis sur son compte, de la bouche même du peuple, qui revient aisément à la justice quand il est rendu à luimême ; et peut-être m'est-1l permis de croire que ce digne citoyen ne fut pas tout-à-fait insensible à cethommage pur et désintéressé d’un étranger (1).

La diversité de religion sir pas la seule différence qui distingue essentiellement les deux républiques de l’Æppenzell. L'industrie établit

(1) En livrant ces lettres à l'impression, j'apprends que M. Zellweger n’est plus; le chagrin a sans doute abrégé des jours qui ne pouvaient plus étre utiles à son pays, et Perreur dont il fut victime, devient désormais irréparable ; triste exemple qui ne corrigera la démocratie, ni a Æppenzell, ni ailleurs!

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entre les catholiques et les réformés une ligne de démarcation non moins sensible. Les manufactures de toiles de Trogen et d’Hérisau occupent presque tous les bras du pays, et il ne reste guère, pour les soins du bétail et les occupations alpestres, que ceux des familles les plus pauvres, qui n’ont pu se résoudre encore à quitter, pour l’antre obscur et pour le méuer d'un tisserand, leurs monts parfumés et leurs châlets héréditaires. C’est, en général, une grave question que de savoir si l’industrie est plus nuisible qu'utile aux peuples civilisés ; mais, à l'égard de lÆppenzell, cette quesuon ne me semble pas difficile à résoudre. Un peuple, qui trouve dans ses montagnes sa subsistance et son bien-être, a certainement tout à perdre en renonçant aux gouts simples et aux habitudes frugales que lui prescrit la nature de son pays. Pour quelques particuliers que Île commerce enrichit, il ne peut qu'appauvrir la nation, à proportion que la culture du sol est négligée; et c’est déjà un grand malheur que cette inégalité même des fortunes, dans une république qui ne peut subsister que par la médiocrité des conditions , et par l'accord des sentimens qui en résulte. Si ce peuple entier devient riche, c’est encoreun malheur de plus; car, à coup sûr, son opulence tentera Pambi-

ton de quelque voisin puissant, où même de quelque citoyen audacieux; et sa liberté, qui ne fut ni combattue ni enviée, tant qu’il resta pauvre, lui sera promptement ravie, dès qu’il y aura du profit à l’asservir. Un peuple commeérçant ne peut être un peuple libre; ne fûüt-il que l’esclave de tous les bésoins qu'il se donne, il cesse par cela seul de s’appartenir; il s’aliène lui-même contre les tributs de l'étranger; il se vend tous les jours pour quelques ballots de marchandise, pour quelques aunes de toile ; et toute nation, qui veut être indépendante , n’a réellement besoin que de pain et de fer.

La comparaison des deux États d’#ppenzell, vient à l'appui de ces idées. Là, où le peuple est resté pasteur, le lait de ses troupeaux ne lui fournit pas seulement une nourriture saine autant qu'inépuisable, mais de quoi subvenir encore à toutes les nécessités de la vie. Une race belle et vigoureuse conserve, sous la souquenille des bergers, le cœur et le bras des héros qui fondérent l'indépendance de leur pays; et c’est avec la médiocrité de ses pères, que le catholique d’Æppenzell défend la liberté qu'il recut d'eux. Les réformés, au contraire, habitans d’un pays plus fertile, ont cherché dans le commerce un dangereux supplément à la richesse naturelle du sol; mais qu’en est-il résulté? Un peu-

nu”

LÉO FROGENTI TL 203 -ple, tourmenté des besoins factices que l’industrie crée à son profit, toujours tremblant de voir échapper de ses mains la fortune rapide qu'il lui devait, n’a joui, dans son opulence précaire, que d’une existence inquiète, et s’est vu ruiné, à chaque fois que la jalousie des États voisins à mis des entraves à son industrie. La secousse violente que reçut le commerce européen, à la suite des événemens de 1815, ne fut ressentie nulle part d’une manière plus sen- Sible , que dans cette partie de l’/ppenzell. La stagnation générale des affaires condamna tout à coup à l’inaction une multitude de bras déshabitués des travaux agricoles ; et, la disette survenant, ilne se trouva bientôt plus un morceau de pain à eôté des amas de marchandises. Des foules d'Appenzellois chassés par la famine , d’un pays qui avait nourri tous ses habitans, tant qu’ils avaient été pauvres, allèrent mendier des secours par toute la Suisse et jusqu’à Genève, qui, du moins, répara généreusement par ses aumônes, le mal qu’elle avait peut-être causé par son exemple. Un grand nombre d'hommes ne vécurent long-temps que de l'herbe des champs; plusieurs moururent de faim sur leurs Alpes, devenues stériles, tandis que les pasteurs d’Æppenzell, retranchés derrière leurs rochers, bravaient la misère, comme

ils avaient précédemment bravé le luxe de leurs VOISINS. | 1 Mais le plus fâcheux effet de l’industrie, chez ce peuple de pasteurs, c’est d’énerver l’âme et le bras de ceux qui s’y livrent : M. Zellweger luimême en est convenu avec moi. Îl n'existe peutètre pas de plus beaux hommes en Europe, et certainement dans toute la Suisse, que les catholiques d'Appenzell; j'admirai moi-même leur haute stature, leurs formes athlétiques, leur teint fortement coloré; et c’est un fait constant, que , dans les luttes pastorales qui se cé bient en diverses régions des Alpes , le prix de la force et de l’adresse est presque toujours remporté par un de ces pâtres d’/ppenzell. Mais leurs compatriotes de Trogen où d’Hérisau ne sont déjà plus la même race. Je n’ai vu nulle part en Suisse autant de bossus et de petits hommes rabougris qu’à Trogen ; et l’on sent, dès la premiére vue, à quelle énorme distance le commerce à placé deux peuples que la nature n'avait séparés que de quelques centaines de toises. La même différence se remarque dans leurs inclinations. Les catholiques ont le caractère marüal et une trempe d'esprit conforme à la vigueur de leur corps et à l’assiette de leur pays. Tous sont soldats, aussi bien que pasteurs; et les exercices militaires et les jeux de

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la lutte remplissent seuls les loisirs de leur vie active. Un seul fait vous fera juger de ce que sont les réformés à cet égard. Ceux-ci, qui forment plus des deux tiers de la population entière du canton (1), ont cependant moins de soldats dans le service étranger, que les catholiques. L’Appenzellois , qui m’apprit cette par- ticularité, .en paraissait surpris lui-même, et n’en pouvait trouver la cause: faut-il la chercher ailleurs que dans cette diversité même d’habitudes, qui fait des réformés d’Æppenzell un peuple industrieux , conséquemment attaché à ses aises et à ses intérêts, et de leurs voisins une race belliqueuse, exercée aux travaux comme aux privations de toute espèce, et par là même plus susceptible d’impressions fortes et généreuses ? |

Cette différence de caractère, entre les peuples des deux communions, se peint encoredans leurs assemblées nationales , d’une manière qui ne vous semblera pas moins remarquable. Les catholiques, race énergique et fière, sont généralement aussi paisibles à la lansgemeinde, que les réformés s’y montrent turbulens. La liberté des uns semble participer du calme inaltérable

(1) Elle est évaluée à cinquante-cinq mille ân:es, dont qunze mille, seulement, catholiques.

de leurs montagnes; celle des autres semble n’agir que par les ressorts bruyans de leur mdustrie. On ne voit que rarement éclater chez les premiers, ces orages si fréquens chez les seconds, ces péripéties politiques qui changent et bouleversent en un moment toute la face de l'État; et l’on peut dire que si, à Æppenzell, la démocratie est placée sur un autel, à Frogen, elle l’est véritablement sur des tréteaux. Je n’avais pas besoin de cet exemple, pour savoir en quoi le vrai courage diffère de la forfanterie, et la liberté de la licence; et je suis pourtant bien aise d’avoir appris, chez ces deux républiques, si voisines et si dissemblables l’une de l’autre, la distance qu'il y a d’un peuple libre à un rassemblement d’énergumènes.

Je suis, etc.

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