LETTRE XX
AU MÈME
Schaffouse, ce 24 août.
7 oyage de Constance à Schaffouse, par le Grand-Duché de Bade; apercu de ce pays.
— Le lac et la ville de Zell. — Situation de Schafjouse ; son pont fameux, brülé par les Français. — Admirable chute du Khin , près de Schaffouse ; description de cette cataracte.
st
Des deux routes qui conduisent de Constance à Schafjouse, l'une par la Suisse, l’autre par le Grand-Duché de Bade, sur les deuxrives du Zeller-Sée, ou lac de Z'ell, je préférai la seconde,non ” qu’elle soit la plus agréable ,et que même, sous lerapport pittoresque, elle ne le cède infiniment à la première. Mais, pour apprécier le mérite relatif de la Suisse, il est bon quelquefois d’en sortir; tout intéressante qu’elle est par elle-
même, elle gagne encore à la comparaison ; et le pays de Bade semble placé tout exprès sur sa frontière, pour lui procurer cet avantage.
Imaginez,mon ami, le paysle plus semblable à la Suisse, par la nature du sol et par le climat, et néanmoins le plus pauvre, le plus mal cultivé, et vous ne concevrez pas encore à quelle énorme distance les institutions ont placé deux peuples qui ne sont séparés que par la largeur du Rhin. Des villages pleins de boue, des habitations délabrées, une partie de la population qui mendie, et l’autre qui lève des impôts, voilà ce que l’on voit sur la rive droite du fleuve; et, pour voir précisément le contraire, il ne faut que passer sur l’autre bord.
Zeil, qui donne son nom au lac inférieur, est une petite ville de l’aspect le plus maussade, entourée de vieilles fortifications, qui tombent de toutes parts en ruines : c’est une façon d’antique que garde une façon de garnison, moins bien cependant que l'ennui, qui en défend l’approche à tout venant. Aussi l’arrivée d’un étranger est-elle un grand événement à Zell; et, graces à la rumeur qu'elle y excité, et surtout à l’aigre retentissement d’un cornet dont notre postillon sonnait fièrement sur son passage, nous pümes voir rassemblée une partie des habitans, qui semblaient confus de leur petit
nombre, mais en qui une curiosité si rarement satisfaite avait triomphé de cette honte étde leur indolence habituelle. Je crois même que la garnison profita d’une si belle occasion pour montrer au grand jour ses piques rouillées et ses antiques carabines; et rien ne manqua aux honneurs qu'on nous rendit, pas même les exacüons de l'hôte.
À quelques lieues de là, on passe pres des collines de Hohen-Twiel et de Hohen-Staufen.
Leur forme conique, leur élévation de près de deux mille pieds au-dessus du Rhin, dans un pays de plaine, les rend extrêmement remarquables, et elles offrent de presque tous les points du lac de Constance et du nord de la Suisse, des aspects mélancoliques comme les souvenirs qu’elles rappellent. On aperçoit sur la seconde, de vastes ruines d’un château qui fut détruit au XVI° siècle, lors de la guerre des paysans contre la noblesse de ces contrées; et Von croit généralement que c’est dans ce chàteau, isolé de toutes parts, et qui jadis dominait toute la Souabe, qu'avait pris naissance cette maison de Hohen-Staufen, dont la splendeur s’éteignit à Naples dans le sang del infortuné Conradin.. |
En approcharit de SSP ise: on voit réparaître les collines qui, détachées de la grande
chaine du Jura, forment, avec le Rhin, la barrière septentrionale de la Suisse. Schaffouse elle-même est située dans un vallon agréable, au sein de ces collines qui semblent avoir été moulées par le Rhin, avant l'époque où ce fleuve rompit les rochers qui forment la cataracte de Laufen. On passe le Rhin en entrant à Schaffouse, mais ce n’est plus sur ce pont, regardé jadis comme l’une des merveilles de la Suisse ; ce singulier monument du génie d’un pâtre d'Appenzell a été détruit par les Français, ainsi que les ponts magnifiques que la même main avait construits à Glarus, à Reichenau, dans les Grisons, et à Wettingen, près de Baden ; et c'est ainsi que la gloire des Français s’est associée dans ce pays à Famoñabité de Grubenmann.
La nature avait pourvu plus heureusement à la célébrité de Schaffouse, par cette chüte du Rhin, la première et la plus durable cause de sa prospérité, et l'éternel objet de la curiosité et de l'admiration des hommes. Je n’ai pas besoin de vous dire avec quel empressement, à peine arrivés à Schaffouse, nous avons pris la route de cette cataracte fameuse. Je remarquerai seulement que de tous les chemins qui y conduisent, celui qui la présente sous l'aspect le plus frappant, le plus inattendui, est le sen-
tier que nous suivîmes, à partir de Schafjouse,
le long du fleuve era , dont le cours, embarrassé d’une multitude de petits écueils, prélude en quelque sorte, par une longue suite de cataractes, à la plus magnifique, à à la plus étonnante de toutes. Dans ce trajet d’une lieue et demie, on peut ainsi se familiariser d'avance avec quelques-uns de ses effets, mais sans craindre que la succession des i images agréables qui se développent à chaque pas, + rien du nombre et de la véhémence des sensations qui vous attendent. On arrive au haut de l’éminence escarpée qui porte le château de Laufèen, sans que n1 l'œil ni l’oreille soient encore avertis de la scène prodigieuse dont on n’est plus éloigné que de quelques pas: c est que la violence avec laquelle les eaux sont emportées , en emporte aussi le bruit dans une direction contraire à celle où l’on se trouve. Du pied même du chàteau de Laufen, part une rampe trés-roide et taillée dans le roc ; par où l’on descend au bord du fleuve. Rien encore ne vous annonce sa présence : seulement, au frémissement de l'air,
aux vagues secousses de la montagne ébranlée,
et surtout à cette agitation intérieure qu ’excite en vous l'attente d’un grand phénomène, vous pressentez quelque mouvement extraordinaire.
Votre émotion redouble à chaque pas qui vous
entraine dans l'atmosphère du fleuve. Vous arrivez au dernier degré, et déjà, livré au trouble le plus violent, vous ne pouvez plus rien voir, ni rien entendre: la cataracte entiere est devant vous. | |
Un échafaudage ou balcon en bois a été suspendu contre le rocher, et au-dessus de lendroit où la plus grande masse des eaux se précipite. On court s’y placer : heureux, quand on peut s’y trouver seul, pour s’abandonner sans réserve au délire des sensations tumultueuses dont on est de toutes parts assailli, comme de ces ondes mêmes, de toutes parts déchainées autour de vous. Figurez-vous un fleuve immense qui, tout à coup, tombé de soixante pieds de haut, entre d'énormes rocs fracassés, tonne, éclate, tourbilionne avec un bruit, avec une fougue inexprimables. Mais d'abord, absorbé, comme le fleuve lui-même, dans le choc imprévu de tant d'émotions violentes ; couvert en un moment de l’écume de mille cascades, qui Jaillissent contre les rochers ; enveloppé dans les tourbillons du vent affreux qui s’en élève ,on reste éperdu , bouleversé, anéanti; et les exclamations mêmes par lesquelles lâme voudrait alléger le poids des émotions qui loppressent, expirent sur vos lèvres, ou se perdent dans l'effroyable bruit des cataractes. Ce
n'est que peu à peu.que ce tumulte des sens s’apaise, et vous laisse apercevoir les détails de cette scène sublime. Plusieurs grands quartiers de roche, dont on ne distingue d’abord que les trois plus rapprochés, qui sont aussi les plus hauts, divisent le fleuve en cinq bras; mais une inépuisable variété de formes et de couleurs accompagne la chute de ces eaux, versées d’inégales hauteurs avec une même vitesse, et mille fois brisées dans leur cours par les degrés ou les saillies du rocher. Ici, le fleuve absorbé, réduit en poussière, forme de légers amas de vapeurs, que le vent chasse et disperse au loin, ou d'immenses écharpes , que le soleil, en les traversant, teint des pius brillantes couleurs; là, des nappes écumantes au moment où elles ont touché le fond de Pabime, rebondissent , puis retombent en pluie de perles, ou pétillent et rayonnent en gerbes de diamans. Du haut d’un roc, que l’action des eaux a creusé, on voit, par une ouverture ovale, s'élancer avec fureur un torrent d’écume de la plus éblouissante blancheur, qui, versé sur des lames d’eau du plus beau verd, forme et dissipe à la fois mille accidens de couleur d’une richesse incomparable. Joignez à tous ces effets d’un élément qui se reproduit à chaque instant sous les formes les plus neuves,
les mugissemens si divers des vagues qui se brisent, l'odeur électrique des rochers, le bruit surtout, ce bruit épouvantable, qui semble ébranler la montagne jusqu’en ses fondemens, et fait trembler au loin toute la contrée; et vous n'aurez encore qu'une faible idée du spectacle le plus majestueux, le plus terrible, qui soit peut-être dans toute la Suisse, et d’où j'ai remporté, sans contredit, mes impressions les plus fortes et mes plus profonds souvenirs.
On invite ordinairement les étrangers à traverser le fleuve au-dessous de la cataracte, pour la contempler sous un point de vue différent, au château d’in-#ærth, situé sur la rive opposée. Dans ce trajet, on peut aussi l’envisager de face; et l'agitation du fleuve qui gronde et frémit encore en s'éloignant, procure une émotion qui n'est pas sans agrément, quoiqu’elle ne soit pas non plus exempte d'inquiétude.
Mais durant le temps que j'avais passé sur la galerie, j'avais en quelque sorte épuisé toutes les facultés de mon âme; il ne me restait plus de forces, même pour des impressions plus modérées ;Je ne voulais pas d’ailleurs, en voyant la cataracte à une distance où l’on n’est plus frappé n1 de la hauteur et de la violence de la chute, n1 du fracas de ses eaux tonnantes, m’exposer à perdre les grands traits du tableau dont
SCHAFFOUSE. 241 J'emportais l’image toute entière. J’ignore quel plaisir les voyageurs peuvent trouver à voir, dans la chambre obscure placée au château d’in- JV oerth, une représentation de la cascade privée de couleur, de bruit et de mouvement; mais je sais bien que, pour tout au monde, je n'aurais voulu jeter un seul instant les yeux sur une image aussi infidèle dans sa fidélité même. Je repousserai pareillement loin de ma vue, pour la conserver à jamais dans ma pensée, toutes les vaines images que l’art essaie de retracer de la chute du Rhin. Je ne ferai point à cette imposante nature, l’affront de rien mettre auprès du souvenir qui m'en reste; j'aurai pour toutes ces froides et mesquines enluminures, la même aversion que j'ai pour les traductions d’'Homère; et, dussiez-vous, mon ami, retrouver ici tout le désordre d’une composition rapide, je ne relirai même pas la léttre que je viens d’écriré.
Je suis, etc.
OR ARR Q/R A/R BL 8 LL SLR RL RE RL OR LR LR LR LL D LED E/ LE E/L'RL/L'LR/L/LA/ DEL LS
HOUPTÉRE XXL AU MÊME.
‘ Schaffouse, ce 25 août.
Du point de vue le plus favorable à la chute du Khin.— Origine de Schaffouse ; anciennes familles nobles adonnées au commerce.
— Apercu de la constitution actuelle de Schaffouse et de sa situation politique.
Nous étions rentrés tard à Schaffouse, et la chute du Rhin était déjà bien loin de nous, et, déjà depuis long -temps, ce fleuve que nous avions vu si terrible, avait repris son cours et sa tranquillité ordinaires, que l'orage grondait encore au-dedans de nous-mêmes. Je ne pus manquer d'observer au retour, combien les voyageurs qui entrent en Suisse par Schafjouse et qui courent d’abord à cette cataracte, avant de s'être procuré aucun objet de comparaison, en
remportent nécessairement une idée faible et imparfaite. Je remarquai de même combien ceux qui, arrivant par la route de Zurich, l'aperçoivent de loin sous l’aspect le moins favorable, à une distance qui atténue tout à la fois et le volume, et le bruit, et le mouvement de ses eaux, perdent ainsi d'effets magiques et de fortes émotions ; il ya donc ici d’heureuses combinaisons à faire, et un peu d'art re) pas tout à fait inutile à FL nature.
Une considération plus: importante, c’est que ce spectacle si grand, si majestueux, n’est pas ici une de ces beautés stériles ou malfaisantes, qu’on rencontre si souvent dans la Suisse, qui changent en déserts les lieux mêmes ou l’on les contemple, et devant lesquelles 1l est rare qu’un sentiment pénible ne se joigne pas à l’admiration qu’elles causent et au plaisir qu’elles procurent : la chute du Rhin a fait naïître, en effet, une ville hibre, active, industrieuse. Pour recevoir les marchandises, Ha fallait nécessairement déposer sur le rivage, à l'endroit même ou le cours du fleuve commence à se hérisser de cataractes, puis rembarquer immédiatement audessous de la chute, on construisit des hangars, des magasins. Dès le VIII: siècle, les habitations des bateliers et des marchands couvraient l’emplacement actuel de Schaffouse. Telle est l’ori-
Siné dé cette ville et l’étymologie de son nom ; et je ne sais si ce bienfait même de la chute du Rhin, ajouté à toutes les grandes images qué la naturé ÿ déploie, n’entre pas pour quelque chose dans l'effet extraordinaire que produit cette superbe cataracte.
On connaît, à partir de l’époque que j'ai inquée, l’histoire de Schaffouse et les variations de son gouvernement; un esprit fortement aristocratique ,même à travers les troubles de la réforme et Les progres du commerce, en a fofmé jusqu’à nos jours le trait le plus remarquable. La révolution qui, là aussi, à cherché des sectaires et des victimes, n'a pu prévaloir sur les vieilles habitudes du peuple; la médiation ellemême n’y à laissé que des dettes, ét l'ancienne Schaffouse s’est retrouvée tout entière en 1815,
sauf son pont brülé et son trésor enlevé : bien des gens trouvent di elle en a été quitte encore à bon compte, et qu'on he peut guère avoir uné révolution à meilleur marché. |
N’allez pas croire, au reste, que par cét ésprit aristocratique j'entende ici la morgue de cêtte classe d'hommes qui ne vit que dans lés souvénirs du XII siéclé, et dont nous craignons, avec tant de raison, nous autres Français du XIX°, de voir se key les prétentions gothiques , es droits surannés et les vieilles
tours à mâchicoulis. Grâce au ciel, on ne connait à Sc hafjouse d’aristocratie qu’en magasin, et de privilége qu' en boutique ; les familles nobles, dont quelques-unes, notamment celle des Im-Thurm, jadis alliée à la maison de Hapsbourg, Somatent huit à neuf siècles d'illustration, n’en exercent pas moins le commerce, comme les plus humbles et les plus obscures de la cité; et l’un de ces oligarques schaffousois, M. Stockart, m'a reçu à son comptoir avec une franchise de manières toute plébéienne. Que vous dirai-je, enfin? il ne manque peut-être à l'aristocratie de Schaffouse, pour trouver grâce à des yeux libéraux, qu’un peu plus de l’élégance de nos banquiers et de l’aménité de nos parvenus.
La constitution VIE du canton de Schaf:
fouse a diminué de beaucoup la part de représentation que l'acte de médiation accordait au peuple de la campagne. Des soixante - douze membres qui forment le Grand Conseil, Schaf:
Jouse seule en nomme quarante-huit, la ville de Stein, quatre; le reste du canton n'en a que
douze, et les huit derniers sont choisis par le Grand Conseil lui-même, indistinctement etarbitrairement parmi tous, les. citoyens. Vorlà sans doute une répartition qui blesse furieusement les droits de l’homme; et toutefois ce peuple a
si peu de bon sens, que d’être mécontent de la part même que lui laisse la constitution actuelle, et de se trouver un peu moins bien administré, depuis qu'il est tant soit peu représenté. Jadis sa condition lui semblait meilleure lorsque, soumis à la juridiction directe de la ville, affranchi des travaux et des soucis du gouvernement, il vaquait librement à ses occupations agricoles, et laissait aux. bourgeois de ASchaffouse le soin d’exercer l’mdustrie et de | protéger le commerce du canton. Il trouve aussi qu'à cette époque la justice était plus promptement et plus économiquement administrée par les Baillifs de la cité, que par les juges qu'il se donne maintenant à lui-même. De tous les bienfaits de la révolution ,il n’a guère conservé que l’avantage de payer deux florins pour mille, et de contribuer ainsi à éteindre la dette helvétique qu'il n'avait pas contribué à faire. Enfin, ses honneurs républicains lui sont à charge; sa part de souveraineté lui pèse; que dis-je? il aspire à retomber sous leffroyable tyrannie des bourgeois; et c'est ce qui m'autorise à déclarer que ce canton est encore l’un des plus gothiques de la Suisse.
C’est sans doute pour se conformer aux préjugés de leurs compatriotes , que les magistrats de Schaffouse ont laissé subsister dans le gou-
vernement , sous des formes en apparence trèspopulaires, cet esprit aristocratique dont j'ai parlé. Les citoyens sont classés suivant les anciennes catégories et, ce qui est peut-être plus odieux encore, suivant lesanciennes dénominations. La ville est divisée en douze tribus. Six des plus nobles familles, telles que les Im-Thurm, les Stockart, composent à elles seules la premiere de ces tribus, et jouissent ainsi, par le seul fait de leur longue illustration, du privilége intolérable de donner quatre membres au Grand Conseil et deux au Petit. Les deux chefs de ces conseils et de la république sont toujours deux Bourguemestres élus pour quaire ans, et entre les mains desquels le pouvoir suprème alterne chaque année. Mais, tel est l’attachement du peuple à ses vieilles habitudes, que des magistrats déjà honorés de sa confiance continuent d’en recevoir le prix; et, malgré l'avantage évident qu'il y aurait à changer tous les quatre ans ces souverains électifs, pour livrer l’État à des hommes tout à fait nouveaux, Schaffouse a, le croirez-vous? toujours conservé son ancien Bourguemestre, même sous sa constitution nouvelle. |
: Avec tous ces défauts , qu’il n’est pas en mon pouvoir de dissimuler, je ne saurais non plus m'empécher de reconnaitre qu'il règne dans le
gouvernement de Schaffouse un grand esprit d'ordre, d'équité, d'économie, et, dans toutes les classes de citoyens, cette aisance, et, ce qui vaut mieux encore, cette satisfaction générale, qui vient surtout de ce que chacun, content de sa condition, ne cherche point à en sortir. Le commerce, sans être florissant, n’a pas autant souffert à Schafjouse que dans d’autres villes helvétiques, parce qu'ici le peuple a sagement préféré au commerce de fabriques et de manufactures, qui prospère et enrichit un moment, : le commerce de transit, que la position même de la ville lui donne et qu’on ne peut lui enlever. Des idées mystiques ont pu fermenter dans quelques têtes, comme les erreurs anabaptistes, au XVII siècle, et plus récemment celles des piétistes. L’illuminisme germanique a fait des prosélytes, comme la révolution française avait fait des dupes. Mais on s’est généralement moqué en ce pays de madame Krudener, de ses prophéties ,deses extases; et, quoi qu’on puisse dire , la dévotion qui exalte l’imagination du peuple , est encore moins fâcheuse que lPincrédulité qui le dégrade et que le raisonnement qui l’abrutit. Enfin, j'ai vu à Schaffouse un excellent esprit public, et des hom-
ter tel magistrat dont la modestie seule rejete-
rait mes éloges, et que je crois destiné à gouverner son pays par l’ascendant de la raison. Je pourrais citer encore tel aristocrate , doux, affable, modeste, et tel banquier, homme d'es-
pritet de sens (r), qui m’auraient guéri de tous mes préjugés, si j'avais pu les perdre à Schaffouse, ou si je n'avais pas dù les retrouver à Paris.
Je suis, etc.
(1) La modestie de M. Zundel lempéchera peut-être de se reconnaître ici dans le nombre des personnes qui ont contribué à me rendre agréable le séjour de Schaffouse; je me vois donc obligé de le nommer, et j'ajoute que le souvenir des bontés qu'il a eues pour moi est l’un des fruits les plus précieux que j'aie remportés de mes voyages.
bo LETTRES SUR LA SUISSE.