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LETTRE XXIX

AU MÊME

Brieg (Brig), ce 11 septembre.

Passage du Col-de-Balme ; vue magnifique sur

la vallée de Chamounry et sur le Mont-Blanc, d’un côté, sur le Valais et la grande chaine des Alpes, du côté opposé. — Apercu de la constitution actuelle du Valais. — L'ancien Grand-Baïllif, M. de Stockalper.— Traversée du Haut-V'alais; Tourtemagne; Viège ; Prieg; situation charmante de ce dernier bourg; collège des Jésuites; l’ermitage de Sion.

Avant de passer le Snplon , à la base duquel je me trouve en ce moment, j’ai besoin de fixer les impressions que j'ai emportées jusque-là , et je vous adresse mes souvenirs, pour être plus sûr, en vous les confiant, de les retrouver auretour.

Quoique la route du Col-de-Balme, pour

aller de Chamouny en Valais, soit la plus fréquentée des voyageurs, je l’ai préférée à celle qui mène par V’alorsine et la Téte-Noïire, parce qu’elle est réellement plus riche en beaux points de vue, et que le spectacle des Hautes-Alpes s’y développe avec plus de magnificence. On passe successivement près des hameaux d’A4rgentière et du Tour, appuyés lun et l’autre contre des glaciers qui, du sommet d’aiguilles resplendissantes, descendent jusque dans la vallée. Mais l’étonnement qu’excitent ces masses énor-

es de frimats, espèces d’Alpes comme les monts qui les produisent, est partagé ici par la douloureuse impression de la stérilité du sol qu’elles accablent. C’est surtout dans le vallon où est situé le hameau du Tour, que cette impression vous affecte. Là, le peu de terre végétale qui à échappé aux ravages des torrens ou des avalanches, est ramassé en petits tertres entourés de blocs d’une ardoise noirâtre, qui, au printemps, lorsque les rayons du soleil commencent à prendre quelque force, opèrent par la concentration de la chaleur, une fonte plus rapide des neiges dont ils sont couverts : c’est ainsi que l’industrie de ces montagnards , constamment aux prises avec une nature ingrate, sait tirer d’ellemême des armes pour lacombattre. Là, encore, vous voyez sur le flanc de montagnes abruptes,

des pâturages couverts de belles génisses; et vous admirez comment l’homme a pu s'élever sur ces pentes si rapides, que de loin, les troupeaux y semblent réellement comme plaqués.

Le sommet du Col-de-Balme, est une longue arête qui joint les deux chaînes de monts opposés; et cette arête est tellement aiguë qu’on ne jouit complètement de la vue qui s’y découvre, qu'en touchant la croix élevée au plus haut point du passage; aussi la sensation qu’on y reçoit, estelle prodigieuse. Au sud-ouest, l’œil plonge sur la vallée toute entière de Chamouny , ou plutôt sur cette suite de bassins, de forme presque identique, mais d’inégale grandeur, qui s’enchaïinent l’un dans l’autre et vont s’étrécissant, à mesure qu’ils approchent du faite des Alpes. Vus de cette hauteur, il semble qu’ils aient été creusés par l’action des eaux, avant que ces eaux eussent opéré la rupture dont les traces sont encore si sensibles au-dessus du pont de Pélissier. On embrasse aussi d’un seul coupd'œil toute la chaîne du Mont-Blanc, hérissée de ces formidables aiguilles et de ces immenses pyramides, qui lui composent en quelque sorte une cour aérienne; et le vallon du Prieuré, si verd et si frais, entre le glacier des Bors et celui des Bossons qui semblent se toucher et qui reluisent d’une blancheur extraordinaire, offre,

avec l’épouvantable masse des monts qui le dominent, un contraste des plus surprenans qu’on puisse voir.

L'autre point de vue du Col-de-Balne, du côté du nord-est, est peut-être plus étonnant encore. La chaine entière qui forme la barrière septentrionale du Yalais et dont j'ai décrit ailleurs (1) le prodigieux escarpement , se développe dans sa plus grande étendue, depuis la Deni-de-Morcles, au-dessus de Saint- Waurice, jusqu'aux sommités de la Fourka et du Saint-Gothard. Je revis en un moment ces foules de monts gigantesques dont l’image, aux diverses époques de mes voyages, s'était si fortement empreinte dans ma mémoire; je reconnus ces deux sommités jumelles de la Ghemmi s'élançant sous une forme semblable de la crète des monts qui les supportent, et Je pussuivre, sur un espace de plus de trente lieues, cette ligne de créneaux si hardiment découpés à une hauteur moyenne de 7000 pieds au-dessus du niveau des mers. La vue même du 7alaxs, abimé entre ces masses énormes, justifia bien aussi l’idée que je m’en étais formée dans mon précédent voyage, lorsqu'il m’avait apparu, comme une étroite et longue crevasse creusée

(x) Voyez plus haut, lettre IIT, pag. 27.

dans la direction de la grande chaine dés Alpes. Je vis en frémissant la crete de rochers, du haut de laquelle un jeune Zurichois, M. Escher, fut précipité par le vertige. On n'y parvient que par une arête qui n'a le plus souvent qu'un pied de large, et, des deux côtés, le roc, prodigieusement élevé, est absolument taillé à pic. C'était, sans doute, chercher la mort que de se hasarder par une voie si périlleuse, uniquement pour satsfaire une vanité puérile; mais l’image sanglante qui plane sur cette cime presque inabordable, me la rendit véritablement affreuse. |

Lai parlé de la croix placée au haut du Cof de-Balme ; là, de quelque côté que l’on arrive, on cesse de monter et Jon commence à descendre; mais, du côté du f’alais, cette descente est si rapide, qu’on ne l’envisage pas d’abord sans effroi. J'ajoute que cette croix est la seule barrière qui sépare ici la monarchie sarde et la république valaisanne; point de forteresse, point de garnison, pas même un bureau de douanes ; le Valaisan et le Savoyard peuvent se donner la main sur les frontières des deux États, en contemplant leur pays que la nature a fait semblable, et cette croix qui leur apprend qu'ils sont frères.

En descendant du Col-de-Balme,ontrouve,

à mi-chemin, le hameau de 77ient, dans un petit vallon sauvage, et l’on laisse à droite, avant d’y arriver, un glacier du même nom, dont la forme et l'étendue sont extrêmement remarquables. C’est aussi à peu de distance de ce hameau, que s'ouvre cette gorge si singulitre dont j'ai déjà parlé(r), et dont l’autre extrémité aboutit auprès de la cascade de Pissevache.

Un sentier excessivement äâpre et par fois même dangereux pour ceux qui voyagent à dos de mulet, conduit, à partir de Trient, sur le haut de la Forclaz. C’est là, surtout , et mieux même que sur le Col-de-Balme, que l’on jouit de l’aspect inattendu du Bas- Valais, depuis Martigny jusqu’à Sion. Cette plaine, si unie, couverte en partie des eaux du Rhône, m'apparaissait comme un vaste lac semé d’iles verdoyantes ou hérissé de crêtes de rochers, au point que. j'eus quelque peine à me rendre compte des sensations que J'éprouvais, et qu'il me fallut du temps pour retrouver ici le Valais et pour m’y reconnaitre moi-même. Je iraversai ensuite plusieurs villages valaisans, où j'admirai une population superbe, et surtout des femmes d’une taille si riche et d’une

(x) Lettre IV, pag. 38.

beauté si remarquable, que j'eus bien de la peine, en les regardant, à ne pas retomber dans ma première méprise.

J'ai fait un nouveau séjour à Sion et quelques excursions aux environs de cette ville, dont il est mutile de vous entretenir; mais je profiterai du loisir qui me reste, pour vous donner, sur la constitution actuelle du /’aluis, quelques notions que la rapidité de mon premier voyage ne m'avait pas permis de rédiger.

Vous savez comment, en 1810, le 7’ulais, république indépendante et alliée de la France, . devint un département de l'empire français. Un décret arrivé en poste de Pris et signifié par trente mille huissiers à baïonette, opéra cette transformation, qu'aucun délit, d’une part, n'avait provoquée, qu'aucun avertissement , de l’autre, n’avait fait pressentir. La foudre éclata sur le /’alais, sans bruit, sans éclair, et le Valaisan, qui s'était couché libre et républicain, apprit en s’éveillant qu’il était devenu sujet de Napoléon. Une métamorphose d’un genre à peu près pareil, mais moins brusque dans ses effets et surtout plus légitime dans sesrésultats, a fait rentrer le /’alais dans sa condition primitive; et cette seconde révolution, opérée de même sans bruit et sans secousse, n’a fait éclater que l’exeellent caractère d’un peuple quisupporte aussi

bien la liberté, qu'il avait supporté le joug.

Les Valaisans, divisés autrefois en hauts et bas Valaisans, c'est-à-dire en vainqueurs et en vaincus, ne forment plus à présent qu’un seul État régi par les mêmes lois et sur le pied d'une égalité parfaite : à ce seul trait, vous jugez que l’ancien Valais doit offrir aujourd’hui une physionomie toute nouvelle. Admis au partage de la souveraineté , le Pas-alais s'en montre déjà digne par le progrès de l’instruction, par l'activité du zèle et par l'amélioration même de la race d'hommes qui l’habitent. C’est une chose bien remarquable, que le nombre des crétins ait commencé à diminuer dans les dizains de Saint-Maurice, de Montey et de Martigny, du moment que ces dizainssont devenus hbres; et vous pouvez en conclure que la liberté qui rend ici les hommes et plus sains et meilleurs, n’est pas la même que celle qui les rend ailleurs furieux ou imbécilles.

Du reste, et sauf l'important changement que je viens de dire, l'organisation de la république valaisanne n'a pas éprouvé de modifications bien sensibles. Presque tous les élémens de l’ancien ordre de choses se sont trouvés naturellement propres à entrer dans le nouveau; et sans répudier tous leurs sou-

venirs, sans rompre tout commerce avec le

passé, les Valaisans ont fait, en corps de nation, ce que chacun d’eux fait souvent pour son Habitat) lorsqu'elle est détruite par un torrent ou emportée par une avalanche, je veux dire qu'ils ont relevé sur la même place l’ancien édifice de leurs libertés, et qu'ils l'ont recomposé des mêmes matériaux, seulement, en les disposant dans un meilleur ordre et sur un plan plus étendu.

Les treize dizains, dont se compose actuellement la république valaisanne , ont chacun une organisation analogue et néanmoins indépendante, parce que les coutumes et les traditions locales qui modifient ici le caractère des mdividus, y exercent de mème leur influence sur tout le corps politique. Le léscislateur n'a pas cru qu'un pays hérissé, au moral comme au physique, d'inégalités si saillantes et d’aspérités si fortes, püt être soumis au niveau , que des réformateurs d’une autre sorte ont si facilement promené en d’autres pays; 1l a laissé à chaque dizain sa manière propre de se gouverner, comme la nature lui avait assigné d’avance un sol particulier. Mais peut-être cette précaution a-t-elle été poussée trop loin; peutêtre les dizains, à force d’être indépendans chez eux, sont-ils en effet isolés au sein de la confédération qui les rassemble. Les résolu-

tions de la Diète, quoique émanées de la su:

prême puissance législative, n’ont force de lois, qu'après qu'elles ont été sanctionnées par les conseils des dizains , et même , dans trois cas importans (1),par la majorité des cent cinguante communes valaisannes. Il y a sans doute, dans cette excessive extension donnée au ressort démocratique, quelque chose de plus propre encore à l’affaiblir qu’à l’étendre.

J'ai parlé de la Diète : cette assemblée, quise renouvelle tous les deux ans et se forme deux fois par année, est le pouvoir suprême de la république; chacun des dizains ÿ est représenté par quatre députés ; mais, ainsi que je l'ai remarqué, il n’abandonne pas pour cela sa part dans la souveraineté. L’évêque, qui avait jadis la portion la plus considérable de cette souveraineté , puisqu'il possédait presque tout le pays, est réduit maintenant à la condition d’un dizain, et sa voix compte pour quatre : c’est à peu près là le seul débris qu'il ait conservé de son ancienne puissance; et à considérer ce que le clergé a perdu dans tout le reste de l’'Europe, il est bien vrai de dire que la part que lui

(1) Quand il s’agit, 1° de lois de finances; 2° de capitulations militaires ; 3° de naturalisation à accorder à des étrangers.

fait la constitution valaisanne est encore assez belle, quoiqu'il n’en soit probablement pas satisfait.

Le chef de la république valaisanne a le titre de Grand-Baïillif: les membres des tribunaux.

. se nomment Châtelains et Grands- Chätelains,

à raison des divers degrés de juridiction qu'ils exercent , soit dans la commune, soit dans le dizain. Toutes ces dénominations sont passablement féodales ; et ce qui est encore bien moins de notre siecle, c’est la modicité des traitemens attachés à ces emplois. J'ai diné à table d’hôte à Sion, avec le Grand-Baillif actuel et l’ancien Grand-Baillif, M. le baron de Stockalper, chef de la plus respectable famille du J’alais. Je n’ai pas besoin d'ajouter avec quelle complaisance ces deux hommes d’un rang si distingué dans leur pays, se prélèrent à toutes les questions d’un voyageur qu'ils ne connaissaient pas ; ici la politique du gouvernement est aussi familière, que la personne des magistrats est accessible ; toujours confondus dans la foule des citoyens , toujours sous les yeux du peuple qui les élève et qui contemple son propre ouvrage dans leur grandeur personnelle, ces chefs d’une république ne se défendent de la familiarité qui les approche, que par Le respect qu'ils inspirent ; et j'ai remarqué que la simplicité

qui les accompagne partout , n’est pas moins imposante pour le peuple qui en jouit, que pour l'étranger qu’elle étonne.

De ce peu de faits, vous pouvez juger, mon ami, que les mœurs n’ont pas éprouvé dans le V’alais , des altérations aussi nombreuses ni aussi graves, que pourraient le faire présumer le long séjour des Français et la nouvelle communication ouverte avec l'Italie par le Sinplon. Pressés en quelque sorte entre la vieille corruption italienne etla nouvelle régénération française, les Valaisans sont demeurés presque totalement inviolables à l’une comme à l’autre, par leur attachement au culte et au sol de leurs ancêtres. Du haut de leurs rocs inaccessibles, ils ont vu passer notre révolution, comme ces torrens des Alpes, qui entraïnent tout d’abord et laissent bientôt leurs lits à sec et leurs rives arrachées. Dans les dizains supérieurs , tels que ceux de Conches et de liège, et dans des vallées, comme celles d’Anniviers ou d’Hérens, à l’entrée desquelles j'ai fait quelques lieues, vous vous croiriez transporté à deux siècles du nôtre, ou, pour le moins, à deux cents lieues de l'Italie; et vous en seriez cependant plus près que ne l’est le Savoyard qui habite le pied du Saint-Bernard ou le revers du Mont-Blanc.

L’instruction publique est généralement

: BRIEG-. | 369 dans le Falais, sur un meilleur pied maintenant que par le passé. Mais elle y est toute entière dans les mains des ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, dont le nombre, comparé à celui des habitans du alais, est à peu près dans le rapport de 1 à 200. Trois établissemens principaux, ou colléges, à Sion, à Brieg et à Saint-Maurice, sont dirigés par les Jésu1tes. L'existence des religieux de cet ordre dans le Palais, y a été sujette, comme partout ailleurs, à beaucoup de vicissitudes. Admis d’abord.sans difficulté, puis bientôt congédiés de même, ils y rentrèrent en 1663, dans leur ancien nid de Brieg, d’où ils propagèrent à Sion même.une colonie qui s’y est enfin solidement et légitimement établie. De légers différends qui s’élevèrent , il y a quelques années, entre eux et la Diète valaisanne, auraient pu provoquer contre eux une résolution ficheuse, Il s'agissait d’une représentation écrite d’un style et dans des principes où l’on ne reconnaissait guère la modération, la prudence et l'adresse habituelles de la Société. Mais ses amis parvinrent à faire entendre que le secré- ‘taire avait mal interprété leurs intentions, attendu qu’il ne savait pas bien le français, ce qui, au reste, n'était pas impossible dans un Allemand; et, grâce à cette heureuse équivo-

3jo. LETTRES SUR LA SUISSE.

que, le f'alais a gardé ses Jésuites, et les Jésuites leurs colléges. La métropole de Brieg et: la colonie de Sion, se sont même tout récemment accrues d’une partie des Jésuites expulsés de la Russie-Planche.Je rencontrai, l’année: dernière, à Bulle (1), huit de ces bannis, qui ont été recueillis pour la plupart par l'Autriche et par l’État de l olise; près d'atteindre au dernier pas d’un si long voyage, ils soupiraient encore à la pensée des disgrâces qui en avaient marqué le cours, surtout au nom du prince de Gallitzin, qu’ils regardent comme l’auteur de leur dernière catastrophe. Je les ai revus depuis à Sion, déjà remis de leurs fatigues au. milieu des consolations que leur prodigue de toutes parts l'hospitalité valaisanne , mais toujours aigris du souvenir de leur Le et du ressentiment de leurs souffrances. Toutefois, il est probable que ces impressions fâcheuses ne tarderont pas à se dissiper; l’air du J’alais vaut sans doute mieux pour des Jésuites que le climat de la Russie; et ces révérends Pères peuvent bien véritablement se regarder ici comme chez eux.

Il y a encore d’autres religieux LL le Valais, même sans parler des Capucins de Sion

(4) Forez plus haut, lettre IT, pag. 13.

BRIEG. Gt

d et de Saint-Maurice, et surtout des Moines du Saint-Bernard, hommes que leur dévouement à l'humanité fait depuis des siècles bénir et respecter de l’Europe entière. Je veux parler de ces solitaires , relégués en divers endroits du Valais, sur des pointes de rochers inaccessibles, à des hauteurs, où la curiosité seule peut les chercher, et où la religion seule peut les nourrir. J'ai fait aujourd’hui un pélerinage, ou, pour me servir d’un terme plus profane et plus juste, une promenade à l’un de ces agrestes asiles d’une pieuse faméantise, à l’ermitage de Sion. Il est situé à l’entrée hi V’al-d’Hérens , dans un lieu prodigieusement escarpé, au bord d’un précipice dont le torrent de la Borgne remplit toute la profondeur, et SRE ECS taillé dans le roc. Deux ermites s’ : livrent en paix aux charmes de la dévotion et à ceux d’une contemplation mélancolique, si toutefois une aussi longue habitude n’a pas tout à fait épuisé en eux les douces émotions de l’une et de l’autre. L’un de ces ermites, déjà vieux et infirme, m'y reçut en me demandant la charité ; et sans doute faute de bien entendre sa langue, je n’en pus obtenir autre chose. De toutes les paroles que je lui adressai en latin, il ne parut comprendre que celles que j’accompagnai de mon offrande ; du reste, son excessive humilité

ER

en la recevant, attestait qu'il était bien pénétré des obligations de son état; et je dois ajouter que si l’ignorance et la crasse font partie des devoirs d’un Capucin, jamais religieux n’est mieux entré que celui-là dans l'esprit de sa profession et ne s’est plus exactement conformé aux observances de son ordre.

La grande plaine du falais, ou, pour parler plus juste, la vallée du Rhône, de Sion à Brieg, présente à peu près partout le même aspect. L’escarpement des monts s’y soutient à une hauteur égale et. s'y montre sous des formes également sauvages. Près de Tourtemagne,jaiadmiré dans une enceinte demi-circulaire que forment des rochers à pic, une magnifique cascade dont la plupart des itinéraires ne font pas mention,

et dont. l’encadrement, la hauteur et la masse d’eau sont peut-être supérieures à celles de Péssevache. Le bourg de fiège mérite aussi une attention particulière, à cause de l'aspect inattendu du Mont-Rose qui s'y découvre, formé de ces pics gigantesques réunis comme en faisceau ou plutôt en corolle , et qui, groupés autour d’un centre unique, composent un immense amphithéätre d’une blancheur éblouissante, sur le fond de laquelle se détachent les vicilles- tours et les clochers aigus du bourg de Viège.

BRIEG. "(808 Brieg , où je terminerai cette lettre en même temps que ma journée, présente un coup-d’œil tout différent. C’est certainement le plus beau bourg du Valais, et je lui donnerais même la préférence sur Sion. La vallée qui s’y élargit au pied du sauvage Gliss-Horn et du Mæder-Horn habillé de pins, ne s’y montre plus au-delà que comme une étroite et sombre gorge aboutissant de toutes parts à des glaciers. De l’autre côté du Rhône et au-dessus du joli village de Naters , la Belp- Alpe et la fertile montagne de Riet apparaissent toutes couvertes, Jusqu'à une hauteur considérable, de chalets, d'habitations et de plusieurs villages plantés au bord de l’abime; plus loin, l'énorme glacier qui descend du revers de la Jungfrau, sembie se précipiter dans la vallée avec une pesanteur, avec une impétuosité qui font frémir ; et Prieg même, resplendissant au loin de l'éclat argentin des schistes micacés dont ses maisons sont couvertes, et des gros globes de fer blanc dont la plupart des toits sont surmontés, offre presque l appa; rence d’une ville de l'Orient, dans une région mélancolique, sur laquelle se projette de toutes parts le sinistre et pâle reflet des neiges éternelles.

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