DU CHANCRE
mes tuméfiés. La surface du corps était couverte de taches exanthématiques se rattachant à la roséole syphilitique la mieux caractérisée : taches lenticulées, rouge sombre, laissant dans quelques points, sous la pression du doigt, une tache jaune fauve. Absence de fièvre et de prurit.
Au grand étonnement de M. Lustreman, mon diagnostic fut celui-ci :
Chancre induré du grand angle de l'œil {engorgement successif des ganglions péri-auriculaires, parotidiens et sous-maxillaires) \ adénopathie secondaire cervicale; roséole syphilitique ; accidents secondaires précoces.
Au plus grand étonnement du malade, je lui dis : Il y a deux ou trois mois, monsieur, tout au plus, que vous avez porté à votre œil la matière contagieuse qui vous a inoculé la syphilis.
Revenu de sa surprise, le malade me dit : Effectivement, je me rappelle qu'étant couché avec une femme et^après certains attouchements, je fus pris d'une vive démangeaison à l'œil, où je portai la main, et le frottai pendant un temps assez long. C'est depuis ce moment que ma paupière est devenue malade.
N'est-il pas vrai que si ce monsieur avait été atteint d'une blennorrhagie ou antécédente, ou concomitante, c'est à elle qu'on eût rapporté et le chancre de l'œil et les accidents secondaires? Eh bien, faut-il que je le dise, je crois que le nez du pharmacien de M. Martins se trouvait très-probablement dans le même cas que l'œil de notre avocat.
M. Cazenave doit se rappeler l'histoire (elle ne date que de 1847) d'un élève en médecine très-intelligent, sur lequel il diagnostiqua une syphilis constitutionnelle, d'emblée, caractérisée par une roséole, sans antécédents. Ce jeune homme se présenta à la clinique de l'hôpital du Midi, et là nous pûmes constater devant tous les élèves l'existence, passée inaperçue, d'un chancre induré des mieux caractérisés, siégeant sur la joue gauche et caché dans le touffu de favoris très-épais. Les ganglions sous-maxillaires — témoins irrécusables — étaient engorgés, indolents, avec ce caractère de rénitence propre aux adénopathies symptomatiques du chancre induré. Cette ulcération, à laquelle le malade n'avait attaché aucune importance, lui étant révélée, il put en préciser l'origine et la date, qui concordait parfaitement avec l'apparition des accidents secondaires.
A cette même époque existait, dans les salles de l'hôpital, un malade ayant un chancre (accident primitif) sur le sinciput. J'ai montré à ma clinique une femme qui portait un chancre induré sur le sourcil gauche, avec engorgement symptomatique des ganglions péri-auriculaires, ayant précédé de deux mois une céphalée nocturne, l'engorgemenl des ganglions cervicaux postérieurs et une roséole.
Je n'en finirais pas, si je voulais seulement indiquer tous les cas qui ont passé sous mes yeux de chancres siégeant dans des lieux, inaccoutumés et pouvant, pour des observateurs peu rigoureux, être confondus avec des accidents secondaires rapportés aune bien-