‹ Lettres sur la syphilisChapitre 5 sur 95 · REFLEXIONS SLR LES MEDECINS ANCIENS · texte numérisé non relu

REFLEXIONS SLR LES MEDECINS ANCIENS

je faisais tout à l'heure allusion. De ce qu'il n'est pas donné à un observateur de voir l'ensemble des faits de toute une partie de la pathologie, et de coordonner un système général, il n'en faut pas conclure que cet observateur n'a rien fait, rien vu, rien établi ; que ses études et ses recherches doivent être regardées comme non avenues, et qu'il faut faire table rase de son enseignement. Cette façon de philosopher en médecine, peut-être un peu trop commune aujourd'hui, est commode et expéditive, mais elle n'est ni vraie ni juste. En syphilographie surtout, ce procédé conduirait à des erreurs déplorables. Une étude sérieuse de l'histoire de notre art commande plus de modération dans le langage, plus de justice dans l'appréciation. Pour mon compte, je me plais à reconnaître et à proclamer que, bien loin que tout soit à dédaigner dans la littérature syphilographique, on y rencontre, pour qui sait les y voir, de belles et curieuses observations, de bons préceptes et des points fondamentaux des doctrines, auxquels le temps et les travaux modernes n'ont rien changé, et que d'aucuns trouvent bon d'exhumer, tout en discréditant la source. Certainement dans les longues discussions sur le mercure, surlegayac, sur la salsepareille, etc., on ne voit le plus souvent chez les anciens comme chez les modernes que l'ignorance, l'esprit de spéculation et Je charlatanisme éhonlé ; mais, là même encore, on trouve parfois de véritables tendances scientifiques, l'empreinte d'esprits judicieux et de précieuses remarques qu'il ne faudrait pas dédai-

gner. Ces travaux, d'ailleurs, n'auraient-ils d'autre intérêt que celui de réfléchirles idées et les opinions des temps passés, qu'ils ne mériteraient pas le dédain, selon moi injuste, que l'on a voulu jeter sur eux.

Aussi est-ce avec un vif intérêt que j'ai lu les Recherches historiques sur la doctrine moderne des maladies vénériennes, récemment publiées dans Y Union médicale, par M. Ed. Langlebert, et dans lesquelles il a rendu si complète justice à Thierry, qui, dès 4552, établissait la division entre les maladies vénériennes virulentes et les maladies non virulentes ou catarrhales, à Alexander Benediclus, à Jean de Vigo et surtout au grand Fernel, qui, le premier, posa ce grand principe, aujourd'hui confirmé par l'expérience de plusieurs siècles, que partout où on applique le pus virulent, pourvu que les conditions de son application soient convenables, il y a d'abord infection locale.

Ne méprisons donc pas les anciens. En syphilographie surtout, quand on sait lire ce que nos prédécesseurs nous ont laissé, on y aperçoit, même au milieu de leurs plus épaisses ténèbres, quelques lueurs qui nous guident vers d'éclatantes vérités, et, quant à moi, c'est avec bonheur que je dépose à leurs pieds, dès ces premières pages, le pieux tribut de ma reconnaissance.

Je ferai la même profession de foi quant aux observateurs modernes. La critique, je le sais et je crois l'avoir prouvé, trouve de fréquentes occasions

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