‹ Lettres sur la syphilisChapitre 7 sur 95 · OBSERVATION ET EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION ET EXPÉRIMENTATION

tous les trois, l'un d'une urétrite, le second d'un chancre et le troisième de poireaux! Gomme ceux qui l'avaient précédé, Devergie n'avait point examiné cette fille au spéculum, pour s'assurer de l'état des tissus, au delà de l'anneau vulvaire, et n'élait, par conséquent, pas plus en droit qu'eux de rapporter à une cause unique les effets si différents qu'il avait observés.

Évidemment, ce mode d'investigation était usé et ne pouvait conduire qu'à la stérilité ou à la confusion des résultats.

Le second mode satisfaisait davantage ma raison; il était d'ailleurs plus en rapport avec les exigences de la science moderne ; il me paraissait ouvrir une voie sûre à l'étude et devoir conduire à des résultats incontestables, je veux parler de I'expérimentation.

Je me posai les conditions suivantes :

Puiser la cause de la syphilis à une source connue;

La déposer sur une région visible, facile à observer;

Noter les effets.

Vous le voyez, l'expérimentation seule pouvait remplir ces conditions.

Mais déjà l'expérimentation avait été interrogée, et par elle on était arrivé à des conclusions contradictoires. Quand J. Hunter disait oui, Caron, Brus, Jourdan , Devergie et Desruelles disaient non. A quoi pouvaient tenir des affirmations si opposées après l'emploi de la même méthode d'investigation ?

RlGCRD. a

Je ne le savais pas encore, je l'ai appris depuis. Ce que ma raison me disait alors, c'est qu'une expérimentation bien faite et rigoureuse devait conduire à des résultats précis, et les dissidences des expérimentateurs ne me rebutèrent pas.

Ces recherches étaient difficiles et délicates. Il fallait de la conviction, et, j'ose le dire, du courage pour les entreprendre ; il fallait être sûr de bien apprécier les circonstances dans lesquelles on allait agir ; il fallait s'appuyer sur les expérimentations antécédentes ; il fallait surtout s'appuyer sur la pureté des intentions et sur le témoignage de la conscience.

Je ne me contentai pas, en effet, du grand nom de Hunter, des expérimentateurs cités par Bell, de l'ouvrage de J. F. Hernandez, couronné par l'Académie de Besançon (1), de l'autorité de Percy et de quelques autres grands noms aussi recommandables ; je voulus étudier la question en elle-même, me placer dans les conditions d'un véritable inventeur afin d'assumer sur moi seul toute la responsabilité des résultats.

Comment fallait-il procéder à cette expérimentation ?

On pouvait tenter d'inoculer la syphilis de l'homme aux animaux. Mais déjà Hunter et Turnbull avaient vainement essayé ces expériences, que j'avais toutes répétées et toujours avec les même résulta Essai analytique su?' la non-identité des virus gonorrhoïque et syphilitique, Toulon, 1832.

Page 1