‹ Lettres sur la syphilisChapitre 73 sur 95 · DU CHANCRE INDURÉ · texte numérisé non relu

DU CHANCRE INDURÉ

succédé, c'est-à-dire à du tissu modulaire. C'est ainsi que j'ai pu me rendre compte d'une induration que m'a présentée un malade entré dans mon service de l'hôpital du Midi, affecté d'une carie du coronal, survenue trente ans après un chancre de la base du gland, et chez lequel cette induration persistait sous la forme d'un noyau très-prononcé. La différence est encore très-difficile à faire, dans un grand nombre de cas, entre le tissu modulaire et l'induration spécifique.

L'induration spécifique a pour siège anatomique l'épaisseur de la peau et des muqueuses, le tissu cellulaire sous-cutané et sous-muqueux : mais il semblerait que ce sont les capillaires lymphatiques qui en seraient le siège de prédilection. C'est, en effet, dans les régions où les lacis lymphatiques sont plus dessinés, plus abondants, que l'induration se formule le mieux et qu'elle prend sa plus grande dimension; ce qui vient encore à l'appui de cette opinion, c'est la manière dont l'induration s'étend, se propage ; on voit que c'est alors en suivant les vaisseaux lymphatiques, qui, à mesure qu'ils deviennent plus volumineux, se dessinent en forme de cordons.

Quant à la nature intime de l'induration, à son essence, à ce qui la constitue, la chimie organique, qui nous a donné tant de merveilles dans ces dernières années, qui nous en a donné peut-être trop, n'a encore rien trouvé, et le microscope, qui promet toujours et qui tient quelquefois ses promesses, n'a encore reconnu dans l'induration spécifique, que du tissu fibro-plastique, proportionnellement très-abon-

dant, mais qui ne diffère pas de celui qu'on rencontre ailleurs et dans d'autres conditions de non-spécificité. C'est au moins ce qui résulte, jusqu'à présent, des recherches entreprises par un de mes disciples trèsdistingués, M. Acton, en Angleterre, et de celles qui ont été faites ensuite à Paris par MM. Charles Robin et Marchai (de Calvi). Les mêmes résultats ont été obtenus par notre savant confrère et laborieux micrographe, M. Lebert, auquel on doit de si beaux travaux. Tels sont, mon cher ami, les résultats de mes recherches et de mon observation sur le chancre induré. Je vous les donne ici simplement à l'état d'indication, car je suis obligé de le répéter souvent, je n'écris pas ici un traité didactique de la syphilis, je rappelle seulement les principaux points de ma doctrine à l'occasion des objections qui me sont encore de temps en temps et plus ou moins directement adressées. Les développements sont le sujet de mon enseignement oral, ils sont le sujet d'une œuvre étendue que je prépare, et dont ces Lettres, pour tout dire, ne sont que le sommaire. De cette œuvre, j'énuclée les principes généraux, les points de doctrine essentiels, en indiquant les principaux motifs sur lesquels ils s'appuient, et ce travail, quelque imparfait qu'il soit, n'a d'autre mérite que celui que leur donne la qualité de vos lecteurs , qui ne sont plus des élèves, mais des praticiens savants et éclairés, auxquels ces indications doivent seulement rappeler des études et des recherches antérieurement et complètement faites.

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