CHAPITRE DOUZIÈME
leur, assurément; mais elles ne me paraissent pas évidentes et voici ce qui me paraît évident.
Daignez remarquer que lorsque le Vie Concile se réunît, il y avait € près d'un, demi siècle, > comme vous le dites vous-même, que les lettres du pape Honorius avaient été écrites. Veuillez vous souvenir qu'elles l'avaient été à un patriarcKe hérétique et qu'elles étaient demeurées aux mains d'une succession d'évêques monothélistes, dans les archives de Constantinople. Vous n'ignorez pas, j'espère, que tout ce que nous possédons du texte intégral de ces lettres nous vient des actes du Concile, et fut traduit plus tard en latin, comme le fut le Concile lui-même, peutêtre même par le pape saint Léon II.
Sans être bien ferrés sur l'histoire, nous savons, je l'espère^ vous et moi, mon Révérend Père, que cette époque du VII* siècle est une époque de troubles, de luttes acharnées et de dure oppression pour TEglise romaine. Les Orientaux dominaient à Rome par les exarques et par leurs nombreux agents. La plupart des Papes qui défendfrent la cause de la vérité, après la mortd'Honorius, payèrent leur constance de la persécution, de l'exil ou même du martyre. De longs interrègnes ne durent pas peu contribuer à faciliter tous les genres de finaudes et de désordres, ^i un temps où existait ce que rêvent aujourd'hui quelques Insensés en retard de douze siècles, savoir une papauté en location dans la maison d'autrui ; un beiau ré|^ltat je vous assure !
Toutes <2es choses sont des faits, dont ki connais'o sauce est indispensable, et que vousauresE, je respère«.
trop de bonne foi pour contredire. Or» les habitudes connues des Grecs ; l'intérêt de plusieurs à supposer ou à falsifier des écrits dont eux seuls étaient probable' ment restés détenteurs ; la disparition des originaux qui ne se retrouvent plus dans les archives romaines, toutes ces circonstances, vous en conviendrez, rendent au moins possible le fait d'une falsification.
Voyons, mon cher Père, soyez franc. Si votre brochure devait être, vous mort, jugée par un Concile œcuménique dans un demi-siècle d*ici, est-ce que cela vous serait égal qu'on la jugeât sur le texte unique soit d'un manuscrit. oublié, soit d'une traduction italienne, qui aurait été faite même par le plus honnête homme du parti du mensonge,... je veux dire par un ultramontain ?
Et si vous saviez que cet ultramontain a été plusieurs fois jugé, convaincu et condamné par de semblables faux, la main sur la conscience, seriez-vous bien rassuré sur l'exactitude de la traduction ou l'authenticité de votre texte, mon très-Révérend Père ?
Et si le Concile qui devrait, vous juger sur ces pièces voyageuses était composé de gens prévenus contre vous, croiriez-vous votre cause parfaitement assurée, et l'honneur de votre orthodoxie tout à fait à l'abri? pour moi, je l'avoue, à votre place, j'aurais grand peur.
Et voilà pourtant l'histoire très-exacte des lettres de ce pauvre pape Honorius.
Mais, me direz-vous, ce ne sont là que des possibilités, tandis que le fait de la condamnation subsiste. Nous le verrons plus tard ; mais occupons-nous d'abord de la question de culpabilité.