CHAPITRE DOUZIÈME
Mon clier Père, si vous étiez juge dans un tribunal quelconque, oseriez-vous sur de telles pièces de conviction établir, par un jugement sans appel, la culpabilité d'un accusé, et vous exposer à déshonorer la mémoire d'un innocent, sur la vue d'un dossier produit par ses seuls adversaires ?
Mais si cette simple possibilité ne suffit pas à votre conscience, et si vous demandez des preuves; ces preuves les voici.
Vous êtes ravissant, mon bon Père, avec vos affirmations trachantes, sur des points où les plus doctes hésitent ; et il est plus curieux encore de vous voir prendre ces grands airs de pourfendeur pour contredire, sans aucune preuve, un fait sur lequel tout le monde est d'acccord, sauf, en effet, le fait de renseignement hérétique, ex cathedra^ que tout catholique rejette; tout le reste de l'histoire du Concile de Constantinople est contestable et contesté dans la partie qui concerne la condamnation du pape Honorius. Je n'ai pas, comme vous, reçu les lumières du Saint- Esprit pour décider avec certitude de la parfaite authenticité des textes que vous alléguez, et dont doutèrent des hommes comme Bellarmin et Baronius. Peste! mon cher Père, quand on parle histoire ou doctrine, tout académicien qu'on puisse être, il faut tirer son chapeau à ces noms-là.
Pour moi, ma science ne va pas jusqu'à discuter avec des autorités si graves ; mais j'accepte, par supposition, l'authenticité de tout ce que vous voudrez, et j'étudie les actes du Concile comme vous les avez trouvés dans le P. Hardouin.
1^ LE QIUNT OB CYGUB CULLICAN.
j'aU GOi^me tou3 les cbrétieas» on mtérêt des ytas gravas à eoonattpe qii^Ue peut étm la^ prq^KiM^maa iocpiioiaéevpar le YP Ctoaciîe dans le» éccit» da VJtiiéf^ tique Sononus, aflu de ne pas la professer zaoi*«4M et deyenir ainsi monothélite sans le savoir ;#t{Miia^ vous refusez obstinément de me dire quelle £at aoa hérésie^ — vous ave^ oublié tant de cboees» m^iffi votre excellente mémoire, mon pauvre Père, — il Éwt pourtant bien que je le cherche. Or, le seul passage incriminable et incriminé de ces flEuneuses lettre»^ celui-ci : « Il est injuste de penser ou de dire qu'il} ait une ou deux opérations en JésusiChrist»
Très-bien I
Mais dites-moi, de grâce, mon Révérend Père, M est bien supposable qu'un homme jouissant de soa bon sens, hérétique ou non, puisse écrire une pareiUe absurdité ? Que le Pape ait dit : Il est absujrdû4e paœwr qu'il y a deux opérations, ce serait hérétique; et oe ne serait pas stupide ; mais lui prêter d'avoir afiSrioé qu'il était inepte de penser qu'il y en eût un$ ou detmp en bonne conscience, c'est trôs^fort. L'abbé Jean, son secrétaire, qui^ nous dit-il, tint la plume pour écrii» ces lettres, était donc fou lui-môme» àe m i^ Vm faire aperoevoir ? Quoi I si j*écrivais : U est inepte à» penser et de dire que le pape Honorius a ou n'sk pi» erré, il ne se trouverait personne auprèa de vm pear me rappeler au sens commun et me souffler à r<»reiUe que de ces deux propositions, si l'une e$t fouisse» é«i«* demment l'autre ne l'est pas ?
Et quand je pense que les lettres du pape Bmmm sont toutes d'une sagesse, d'une exad;itude admix^btes»
j'aTOOe qpi'il m'ert iplm difficile de croire qu'il lai soit éch^H^é une pitreilto bêtise, que de croire que 1» OrecB y auront luifi qij^ue petite chose de leur crû* Pemiez doac que riesi qu'ea lyoutaat les mois : ou dtmÊy le toar était Joué.
Maiailja mieux encore : Supposons^ mon cher Père» que tous» au moment oà vous v&mz de dire» arec l'aplomb qui tous distingue : < Le pape Honorit» a certainement été hérétique, et« sur ce point, aiioutt doute n'efit possible, > tous ajouties aussitôt : Cepen* dant, il est inepte de penser ou de dire qu'il est hé^ rétique ou bien qu'il ne Fest pas. Avouez, mon biwr Père, que si pareille contradiction sortait de votre écritoire, dans un même livre, dans une même page, ce ne serait pas au Saint-Office qu'il faudrait vous conduire^ ce serait tout droit aux petites-maisons.
Or, cette absurdité monstrueuse, dont on ne peut supposer même un sorbonniste capable» pourquoi vouâriea^vous en accuser le Pape, dsam un éorit qu» sea ennemia ont gardé entre leurs mains pendant quarante-deux anst Gomment I Saint Père, se serait écrié le pauvre abbé Jean, les yeux écarquMlés à'ei^ froi» nmm venona de dire tout à l'heure, avec votre^ prédécesseur aaint Léon, qu'en Notre^Seigneur Jésus*^ Chnat il y avait deux natures distinctes, opérant sans oonftiaM»!, <âiaoune ce qui lui était propre, ia nataare divine ce qjui était du Vertie, et la nature hn^ maine accomplissant ce qui était humain : et voki que, ioaintenant» voua me dictée qu'il est inepte de le penser et de le dire ! ô irès^saint Père« avant que je ne traee ces mots, daignez accepter ma démiseion .
Je VOUS assure que si la phrase eût été dictée dans ces termes, Tabbé Jean se fut retiré, à moins que lui aussi n'eût été complètement fou. Donc, si cette phrase n*a pas été interpolée, nous nous trouvons en présence de deux fous, le Pape et Tabbé Jean.
Ma foi, mon Père, comme en tout le reste, le pape Honoriusa toujours passé pour un Pontife très-sensé, permettez-moi de croire que les patriarches constantinopolitains ont quelque peu remanié le texte original.
Donc, ou le texte a été adultéré, ou nous trouvons deux fous, le Pape et son secrétaire. Mais en cherchant bien, peut-être en trouverons nous encore. — Cherchons donc.
La première lettre du pape Honorius fut certainement écrite avant sa mort, et même avant que le destinataire, Sergius, eût écrit son Ecthèse, où il ordonnait le silence sur les deux opérations de Jésus- Christ, et avant qu'il eût obtenu l'adoption de cet écrit monothélite par l'empereur Héraclius. Or, Sergius n'était pas précisément un imbécile, et a fait ses preuves en matière d'astuce et de dextérité. N'est-ce donc pas lui qui a trompé le Pape ?
Ceci posé, représentons-nous les choses comme, du consentement unanime, elles se passèrent. Voici Sergius qui reçoit du pape Honorius une lettre relative au monothélisme. Le Saint-Père a donné dans le panneau; sa lettre prescrit le silence que demandait l'hérésiarque sur les deux opérations du Verbe fait chair; on ne peut rien désirer de plus ni de mieux ; et voici mon Sergius, qui possède entre ses mains ce précieux document et qui se met en train de rédiger