‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 114 sur 180 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Mais voici encore d'autres témoins et d'autres juges.

Constantin, le successeur d'Héraclius, venait de livrer aux flammes la trop fameuse Ecthèse de son prédécesseur, Pyrrhus avait été exilé en Afrique (645) et devait, pour un temps, abjurer Thérésie entre les mains du pape Théodore, grec de nation,^ qui avait succédé à Jean IV sur le siège de saint Pierre (642).

Ce fut en ce temps que s'éleva une contestation célèbre entre cet hérésiarque et le saint abbé Maxime, lequel, lui aussi, avait pleine et entière connaissance des faits. Les monothélites, sans jamais produire les lettres d'Honorius, continuaient â prétendre que le silence catholique, très-prudemment prescrit par le grand Pape, devait s'interpréter dans le sens de leurs erreurs ; mais saint Maxime, qui était au courant de toute l'afliaire, se posa en apologiste vigoureux du glorieux accusé, et s'exprima en ces termes dans une de ses lettres : « Qu'ont omis, pour conjurer l'hérésie, et le DIVIN HoNORius, et, aprèslui,le saint vieillard Séverin, et enfin son sliccesseur, Jean le Pontife sacré? Et qu'elles supplications a de même omises celui qui, maintenant gouverne l'Eglise, le bienheureux pape Théodore? » »

Que dites- vous encore de ce témoignage, mon Révérend Père? Vous semble-t-il qu'on puisse soupçonner

1. Quid autem et Divinus Honorius^ quid vero et post illum Severinus senez, quid, denique, et is, qui post hune oxtitit, BacerJoannes? Porro isqui nuac prœsidet Beatissimus Papa omisit quicquam aupplicationis conveniens? (saint Maxim. Ep. ad Petr. Illustr.)

150 LE CHANT DU CYGNB GALUCAN.

l'orthodoxie d'un Pape dont Tapoiogie a été entreprise en de tels termes par de tels hommes, des saints, des contemporains, des martyrs? Prétendez- vous en savoir plus long qtie le saint abfoé Maxime, qui avait étudié la question sur place, sur pièces, et pendant plus de six mois, et qui, après mùr examen, sans rencontrer aucun contradicteur, ne craint pas d'affirmer que le pape Honorius a combattu thérésie monothé» liste, et de lui décerner l'épithête de divin?

Butre saint Maxime et vous, qui nous affirmez l'hérésie de votre victime, vous me permettrez encore de ne pas hésiter un instant.

Poursuivons. — Au bruit de la dispute ^evée entre saint Maxime et Pyrrhus, toute l'Eglise d'Afrique ff«^ émue. Les évoques africains se réunissent en Coa^ ciie, ils étudient les faits et, se levant tous contre le monothélisme, Hs viennent avec une glorieuse unanimitéj déposer l'hommage de leur foi aux pieds de la chaire de Pierre, et demander la déposition de Paul, patriarche intrus du siège de Constantinople,

Les Pères, en envoyant les actes de leur Synode ae Saint-Père, s'expriment comme il suit, dans leur lettre synodique adressée au pape Théodore : « Il a été réglé, par les anciens canons, » disent-ils, « que rien de tout <;e qui se traite, même dans les provinces lointaines et écartées, ne doive se traiter s'il n'a d'abord été porté è, la connaissance du saint Siège apostolique : afin que tout juste décret soit confirmé par s6n autorité; ^n que les autres Eglises prennent là, comme dans sa source native, le point de départ de leur enteigna* ment, et que, de là, s'écoulent, dans toutes les nation*

COàPITRB DOUZIJàMe 1^1

de {^«niv^ers, tes entcrenients de sidut, tumo ime pureté incorruptib^^ * »

Ne vous semMe-t*il pas, mon Révéreaiâ Pè^e, t^^ces érôques d'Afrique, tenant un tel langage au pape Théodore, après aroir suivi toute la querellé du monothélistne» et lu les accusations et la défense* d'Honorius dans les écrits de Pyrrhus et les réponses de saint Maxime ; ne vous Bemble-t*iï pas, dis-je, que cette affirmation de TincorruptiMlité de la doctrine du saint Siéjçe sortant de ta bouche de tels Poiatifes, doit avoir une certaine feroe; et serait inexplicable en supposant la chute d'Honorius! Mais poursulvotts.

Ce fut alors que le patriarcTie Intrus, Paul, subs*titualeType à l'Ecthèse, et le fit souscrire par Constant. Ce fut alors que le souverain pontife Théodore, signa la condamnation de tous ces hérétiques, après avoir trempé sa plume dans le sang de Jésus-Christ, et ce fut alors aussi que, pendant que le saint Siège luttait avec une héroïque énergie pour la cause de la vérité et de la civilisation, des empereurs imbéciles occupés de despotiser dans le temple, ne s'apercevaient pas que Tislamisme était à leurs portes et sur le point .de faire voler en éclats les débris de leur

I . Ântiquîs r&gulis Bandtum ut qoidqtiid qnannrîs in remotis vel longiBqUis positis ageretnr provsnciis naa priut tractandom esset, AÎti ad notittam aanctissiims Sedi« apostoliose fuisset deductum : ut ejus auctoritate,justa que fuisset pronunciatio firmaretur, indique sumerent caeterse Ecclesise, velut de iiatali suo fonte prsedicationis fcxordium, et per diversas lotîus muûdî regiones,puritatis incôrruptïè roanarent fidei »acf amèota ftftlotU. {Epist Synoé,)

152 LE CITANT DU CYGNK GALUCAN.

trône yermoulu. C'est ainsi que Dieu punit les enyahisseurs du sanctuaire. Quand vous voyez la main des princes laisser le glaive pour toucher l'encensoir, soyez sûr qu'il§ ont un ennemi qui grandit à leurs portes» et que leur rogne touche à sa fin.

Le 5 Juillet 649 on sacrait à Rome l'intrépide Martin de Tuderte, sous le nom de Martin P'f, qui devait illustrer l'Eglise des rayons de sa gloire et la glorifier par son martyre. C'est encore un noble témoin de l'innocence du pape Honorius» mon Pôre> et vous pouvez en juger vous-même.

A peine monté sur le trône pontifical» saint Martin réunit un Concile composé de cent cinq évêques, en dépit des menaces de l'exarque, dans la basilique de Latran. Là, encore une fois » mais plus sérieusement que jamais, devait être et fut traitée la question du monothélisme; là, furent apportées toutes les lettres des évoques d'Orient et d'Occident, et les écrits des hérétiques; là, furent prononcées des condamnations ; Ik, fut formulé le dogme ; là, furent fulminés des anathèmes.

Or, mon Révérend Père, croyez-vous qu'il soit possible que cette cause ait été ainsi discutée et jugée, sans qu'on y prononçât le nom du pape Honorius ? croyez-vous qu'il soit possible que, s'il eût failli, même par imprudence, mais surtout en matière de dogme, ce fait ait pu passer inaperçu au Concile, et être tellement oublié qu'il n'en soit fait aucune mention ?

Eh ! bien ; cependant, dans ce Concile qui a presque la valeur d'un Concile général, et qui fut en telle estime à cette époque, que les souverains Pontifes, le

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