‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 12 sur 180 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

écrits^ une erreur ou un escamotage ; et à vous suivre^ mais exclusivement^ jusque sur le terrain où une personne qui se respecte ne pose jamais le pied.

Tespère^ donc, que vous serez bien content de moi.

Et VOUS9 bénignes lecteurs^ conservez-moi votre bienveillance accoutumée^ et que je trouve chez vous le cordial accueil auquel depuis longtemps vous m*avez habitué. Taurais voulu vous adresser une œuvre plus sérieuse; mais il est des inepties auxquelles le rire seul peut répondre. Et si vous trouvez dans ces pages bien des négligences^ conséquence nécessaire d'une rédaction hâtive^ ne vous en prenez qu^aux exigences de cette triste époque^ où; sous peine de manquer le train, la locomotive de la vie ne vous accorde qu'une heure, pour répondre à des livres éphémères, dont, heureusement, le temps et Toubli font justice en un jour.

Jean LOYSEAU.

Paris, 8 septembre 1869.

LETTRES

LETTRE P

Monsieur et révérend Maître,

Je me suis donné la joie innocente de lire le cinquième Evangile que vous avez pris la peine d'écrire, et je viens, avec la plus profonde humilité^ vous soumettre quelques petites observations que m'a suggérées cette pieuse lecture, faite, je puis vous l'assurer, avec toute l'attention désirable .

Ne soyez point surpris si j'ai conservé quelques doutes, puisque l'âme pure à laquelle vous dédiez ^otre livre en avait, aussi, elle-même, conçu quelques-uns : bien qu'elle eût le bonheur de jouir de vos

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précieux commentaires, elle vous adressait quelquefois, dites-vous, à ce sujet, des cr questions fines et délicates, »

Je ne voudrais, pour rien au monde, réveiller, dans votre cœur, de douloureux souvenirs, ni traiter avec irrévérence la mémoire des morts; mais je me permettrai, pourtant, devons demander ce que signifient, dans votre épître dédicatoire , ces mots : « tu me dis un jour que ce livre tu l'aimerais... parce qu'il te plaisait; » et ces autres : « tu dors, maintenant, dans la terre d'Adonis. » Est-ce qu'il n'est pas d'usage d*aimer toujours les choses qui plaisent? et pourquoi se réservait-elle de n aimer que plus tard ce qui avait, dès lors, le bonheur de lui plaire? Et veuillez me dire, encore de grâce, ce que peut avoir de si précieux le voisinage d'Adonis, pour qu'on désire tant y laisser sa mortelle dépouille; pour moi, je meurs d'envie, sur votre recommandation, d'aller m'y faire enterrer.

Je constate aussi, avec plaisir, que vous invoquiez cette belle âme; cela fait voir que vous avez, quoiqu'on en dise, conservé le culte des saints. Seulement il ne faudrait, peut-être, pas dire : « ô bon génie; » cela sent un peu trop les contes de Perrault.

Le motif réel de ces lettres, vénéré docteur, est celui-ci : ay^nt eu jusqu'à ce jour lasimplicité d'établir mon domicile dans cette grande demeure, qu'on

d'un nommé Jésus.

nomme l'Eglise Catholique, votre beau livre , je Ta- Youe, a porté à ma Foi chrétienne une sérieuse atteinte. Je ne demande pas mieux que de devenir votre disciple ; mais il me serait désagréable de jeter ma maison à bas avant d'en avoir vu bâtir une autre. En attendant que j'aille jouir de la société d'Adonis, je n'aimerais pas à coucher à la belle étoile, surtout dans le climat du Doute où il fait, généralement, très-froid. J'espère donc, de votre bonté, que vous daignerez accueillir, bénignement, mes chétifs scrupules , et me montrer, au moins, un abri sous le chaume, avant de me contraindre à quitter mon palais.

Car, voyez- vous, mon très-révérend père, si votre religion est bonne , il ne suffit pas qu'elle soit abordable aux grands savants, comme vous , il faut qu'elle soit intelligible aux pauvres ignorants tels que moi. S'il faut absolument, pour embrasser une doctrine , comprendre le persan et lire couramment le grec, je serais obligé d'y renoncer, moi, qui ne suis qu'un pauvre artiste en chaussures; qui sais, à peine , parler français. Si le bon Dieu n'a mis les vérités à la portée que des membres de l'Institut, vous m'avouerez que tous les artisans ont le droit de lui adresser une assignation en dommages et intérêts. Nous formons dans tous les pays une majorité imposante, mon révérend. Et je ne crois pas que le Père commun ait

voulu me déshériter de la lumière, par la seule raison que je vous chausse. Vous devez comprendre cela , vous, qui êtes un grand homme.

En outre, on m'a dit que vous étiez rétribué par le gouvernement, pour nous enseigner une foule de belles et bonnes choses ; or, comme je paye bien exactement ma patente, ma cote personnelle et mobilière, les droits d'enregistrement, l'impôt foncier, les centimes additionnels, et, en cas de besoin, les quarante-cinq centimes, sans compter les contributions indirectes pour le vin, le cidre et le tabac, il me semble que vous, dont les appointements sont puisés en partie dans ma poche, avez bien quelque petite obligation spéciale d'éclairer mon ignorance. Je ne me plains pas de faire les frais de votre entretien : c'est, même, pour moi un grand honneur ; sans parler du plaisir que j'y trouve; mais je pense que cette considération vous touchera, et que vous considérant obligé, en justice, à éclairer mes ténèbres, vous voudrez bien m'honorer d'une réponse , et résoudre mes petites difficultés.

Ceci posé, je passe à vous offrir mes salutations respectueuses , et suis votre plus humble et obéissant serviteur.

Jean Loyseaïï.

d'un nommé Jésus.

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