CHAPITRE TREIZIÈME
uniquement de la règle suivie par l'Eglise romaine, et toujours dans le but d'arriver à trouver, où il n'est pas, le crime d'hérésie.
Vous oubliez même, dans la passion qui vous aveugle, le texte latin dont vous vous êtes servi, lui faisant dire une absurdité splendide, et supprimant frauduleusement les deux mots qui indiquaient le sens de la sentence ; Honorius étant condamné pour avoir omis de rappeler la vraie doctrine, conformément à la tradition apostolique, apostolicœ êraditiotus doctrina.
Enfin, mon Père, et ceci n'est plus un péché véniel, de même que pour ce qui concerne les actes du Concile, vous avez déjà transporté sur la tête d'Honorius^ les condamnations conciliaires qui se rapportaient à la personne et aux adhérents de Sergius ; de même, ici encore, suivant la même méthode, vous transportez au Pontife l'accusation de trahison sacrilège que saint Léon adresse uniquement à Sergius et aux autres monothélites ; et au lieu de traduire comme le texte le porte « il souffrit qu'une trahison profane souillât l'Eglise, » vous traduisez : c il s'est efforcé par une trahison sacrilège^ de renverser la foi immaculée. »
Est-ce ignorance ou mauvaise foi? ignorant, vous ne pouvez l'être, étant professeur en Sorbonne et corrigeant des thèses : vous aviez connaissance du texte original, puisque c'est vous qui m'avez appris que ces lettres avaient été traduites du grec. Est-ce donc mauvaise foi, mon Révérend Père? Je ne voudrais pas le croire ; mais vous m'avouerez que six contre-sens en cinq lignes, pour un linguiste, c'est un peu trop.
Et quels contre-sens, ô dieux immortels ! roici un cas qui serait tout à fait identique. Je suppose que j'aie connaissance d'une lettre que vous eût écrite' notre vénéré Pontife Pie IX et qui fût conçue en ces termes : Mon cher flls, je blâme votre silence dans Ifr question qui s'est élevée au sujet de la faute prétendtw» dHonorius; avec votre talent et votre nom voiw eussiez dû défendre la cause de la vérité et vous avee laissé une trahison sacrilège souiller cette Eglise immaculée.
Je suppose que je publiasse dans le Clocher , cette lettre ainsi traduite : Loin de purifier cette Eglise apostolique, vous vous êtes efforcé, par une -trahison sacrilège, de renverser la foi immaculée.
Je vous demande un peu si ma traduction vous ferait rire?
Et si, possédant Toriginal italien, vous ne me traiteriez pas publiquement de faussaire ?
Et si, au cas où je vous refuserais la pîUB légitime des rétractations, vous ne m'enverriez pas un petit bout de papier timbré?
Et s'il existe au monde un honnête homme^ un seaf, qui osât vous donner tort?
Or, mon Père, je défie votre logique de prouver que les deux cas ne sont pas identiques ; excepté en ceci que j'aurais insulté un académicien, tandis que^ vous n'avez outragé qu'un Pape, et que nul autre huissier que la conscience ne peut vous porter aucune sommation, pour vous obliger à laver cette grande flétrissure que vous avez tenté d'imprimer à la mémoire des morts.