‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 142 sur 180 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

très-Révérend Père, que, vériflcation faite, j'ai découvert que, quand le Concile s'exprimait ainsi, il parlait des écrits de Sergius et des autres ; mais ne traitait de la sorte, particulièrement, aucune des lettres d'Honorius. Ce qui confirme bien ce que je vous ai déjà dit, savoir que rien n'est facile comme de faire condamner un honnête homme, puisqu'il ne s'agit pour cela que de transvaser à son bénéfice les faveurs du jugement qui condamne les coquins.

Après cela, si ça vous fait le moindre plaisir, nous sommes tout prêts à reconnaître avec Vous que les lettres d'Honorius sont des écrits dogmatiques^ et que nul, que je sache, ne l'a jamais contesté. Seulement, daignez remarquer qu'une lettre peut être dogmatique - en d'autres termes, traiter des choses qui touchent aux dogmes — sans être pour cela, une défini^ ^zow dogmatique; vous-même, mon Père, avez certainement la prétention très-légitime de faire de petits écrits dogmatiques, en composant vos lettres à Mgr Dechamps; mais ni le savant Prélat, ni personne, ne s'avisera de regarder ce monument in-32 de zèle gallican, comme une définition dogmatique.

Les lettres à Sergius ne constituent pas, non plus, des définitions, — Or, de même que pour faire le plus humble civet, il faut, d'abord, un lièvre ; de même, pour avoir une définition eœ cathedra y il faut d'abord trouver, une définition; et, malheureusement pour vous, elle n'existe pas. Maintenant, si vous éprouvez trop de peine en nous voyant employer l'expression de lettre privée, adoptée cependant par vos deux illustres compatriotes, Noël Alexandre et Thomassin,

202 LE CHANT DU CYGME BAIAÂOAH.

TOUS pouvez VOUS contenter d'y voir des lettres administratives. Je ne m'y oppose nullement; mais jeHe vois pas trop ce que vous y aurez gagné.

A quoi sert d'appeler à votre aide le cardinal de la Luzerne ? « On veut que ce soit, dit l'auteur invoqué» non comme Pape, mais comme particulier qu'il ait écrit..... Dira-t-on que c'était à l'individu nommé

Honorius et non au Pape que Sergius écrivait?

C'est comme Pape qu'il a écrit, c'est comme Pape ^'ii a erré. » — Il n'était besoin d'aucun cardinal pour feire cette lumineuse trouvaille, et vous pouviez vous escrimer ainsi tout seul contre des moulins à vent Tout le monde sait, et tout le monde dit, parce que c'est incontestable, que Sergius s'adressait au Pape, et que c'est bien le Pape, en tant que Pape, qui a donné les conseils que provoquait le rusé patriarche de Constantinople. Mais la question n'est pas là. H s'agit simplement de savoir d'abord si le Pape a eùr tendu donner une définition dogmatique, sur l€ss points qui commençaient à jeter le trouble parmi les chrétiens d'Orient ? Or, ici, le doute n'est pas possible ; et sans parler de tout ce qui manque aux lettres écrites à Sergius, pour qu'on puisse les transformer en décisions doctrinales, rendues ^a? cathedra, il suîùtf pour leur ôter ce caractère, de se reporter aux paroles mêmes d'Hojiorius. « Il ne faut pas définir, dit-il, s'il y a une ou deux opérations. Non nos oportet unam vel duas operationes definientes prœdicare. >

Et, malgré le Pape, malgré sa volonté formellement exprimée, vous prétendez, vous, qu'il a entendu définir Vunique volonté, l'unique opération des monothélites ! — C'est un peu fort ; il faut en convenir.

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Maintenant, qu'on ait écrit à Honorius, et qu'il ait répondu comme Pape, c'est-«à-dire en tant que Pape, qu'est-ce que cela naos fait, et qu'est-ce que cela fait à la chose? — Lorsque nous avons l'insigne bonheur d'obtenir une audience de Pie IX; lorsque nous nous inclinons sous sa main bénissante, en écoutant les paroles qu'il veut bien nous adresser^ c'est bien aux pieds du Pape que nous sommes venus; c'est comme Pape, et non pas comme Jean Marie Mas'taï Ferretti, qu'il nous parle; et cependant, qui oserait soutenir qu'en entendant ses enseignements dogmatiques, nous entendons des définitions eœ ca^ thedrâ données par lui, dans la plénitude de son autorité pontificale? Pour qui dqj^ prenez-vous vos lecteurs, mon Pare, que vaos leur débitez sans rire de pareilles sornettes ?

Précisons avec soin le grave sujet qui nous occupe. Nous disons que le Pape est infaillible, lorsqu'il prononce eœ cathedra. Or, nous entendons, par là, que le Pape est infaillible, on ne peut se tromper, toutes les fois que, décidant une question qui concerne la foi ou les mœurs, il rend son jugement en l'adressant 4 toute l'Eglise; et que, soit qu'il dise anathème à ceux qui ne se soumettraient pas, soit qu'il ne le dise pas, il indique suffisamment, par les termes employés, qu'il entend prononcer dans le plein exercice de sa suprême autorité, comme pasteur des brebis et des agneaux ; et que, par sa décision, il veut lier les consciences et les soumettre à une croyance immuable.

Maintenant, je le demande à tout homme de bonne foi, comprenant la valeur des choses et des mots : Les

lettres d'Honorius à Sergius, sont-elles une défini* tion ex cathedra? Qaelle que soit la passion qni vous aveugle, mon Révérend Père, je vous estime asseï pour vous croire incapable de l'afârmer nettement Non, ces lettres ne renferment pas une décision ou définition dogmatique, parce que : * 1° Vien ne s'y trouve défini avec précision et directement, ni coùtre l'hérésie, ni contre la foi ; elles ne font qu'imposer silence aux parties, ce qui revient à déclarer qu'on ne veut décider aucune chose ; tandis que, dans les décisions dogmatiques positives, on détermine clairement ce qui doit être cru; 2^ elles ne sont pas adressées à toute l'Eglise; 3o le Pontife ne les revêt pas de toute son autorité, ^t ce qui le prouve, c'est qu'on souscrivit à TEcthèse d'Héraclius, et non pas à elles; 4*^ enfin, ce fut seulement quarante ans plus tard, c'est-à-dire au temps du Vie Concile, qu'elles furent tirées des archives de l'Eglise de Constantinople. •

Ce sentiment, quoi qu'il ne soit pas un jugement ex cathedra^ émane pourtant d'une autorité théologique qui vaut bien la vôtre, mon Révérend Père, et je m'y tiens* •

En présence de ces preuves et de ces autorités, n'aurez-vous pas la loyauté de rétracter les affirmations suivantes : • Honorius a donné à ses lettres toute la force, toute la solennité qu'un Pape y pouvait donner en ce temps où les lettres apostoliques ne déclaraient jamais explicitement l'intention

1. Grégoire XVI, Il trionfo délia Santa Sede, etc. C. XVI, n« 4.

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