‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 145 sur 180 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

dante, la note d'une menace à tous les échos du temple; c'est là une œuvre mauvaise, et un procédé qui n'est digne ni d'un prêtre, ni d'un religieux, ni d'un chrétien.

Le parti des catholiques libéraux joue, en ce moment, un triste rôle, et se sert, pour peser sur l'indépendance du Concile, de singuliers moyens. Ils sentent bien que la conséquence morale d'une définition dogmatique de Tinfaillibilité Papale serait de consacrer rétrospectivement la condamnation de leur système : et, par suite de cette crainte, ils n'ont pas ^ reculé deTant cet excès énorme de juger eux-mêmes une question que l'Eglise assemblée soupèse depuis des siècles dans sa main puissante, et, se transformant en docteurs infaillibles, d'accumuler les affirmations et les sophismes, pour contester au Docteur des docteurs le privilège auguste de son infaillibilité.

Si l'Eglise, pensent-ils, nous donne comme dogme de foi, rinfaillibilité personnelle du Pasteur suprême, c'en est fait de notre théorie de la liberté comme nous l'entendons, et de celle de l'Eglise séparée de l'Etat, et de nos opinions sur la légitimité du pouvoir coercitif, et du reste. Il nous faut donc jeter dans le monde chrétien de tels doutes sur les faits et les principes, qu'il soit impossible au Concile du Vatican de passer outre, sans s'exposer à voir cette doctrine repoussée par les fidèles que nous aurons habilement prévenus. Prêchons la faillibilité et les chûtes dans la foi des Papes de l'histoire : Si nous parvenons à persuader les masses; et, même en confondant les principes et en dénaturant les faits, à faire croire aux fidèles que

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le Saiat-Siége a, quelquefois» enseigné rhérôûe^ le Concile aura peur et, pouc éviter un scandate, nous ferons reculer les Pères du Vatican*

Cette tactique est la dernière ressource de la £sâ»blesse ; mais c'est pour cela» dans cette crainte et dans oe but, qu'ont paru« suocessivement» des écrits où l'on tentait de ressusciter les principes de la dé* claratton de 1682, et où Ton attaquait indirectement celui de l'infaillibilité même, en feignant de n'atta-quer que les ardeurs de quelques écrivains de senti- Inents contraires, et de discuter le seul fait de Tôp^ portunité. Ruse noire, cousue de fil blanc !

C'était déjà trop, et beaucoup trop sans doute* aen»* blables discussions n'api^trtienn^t point à la publia cité laïque, et ne doivent point être jetées par des mains sacerdotales dans le domaine criard des journaux; mais, enân, si le Mt manquait un peu de décence, du moins, était-il voilé de telle sorte qu'il coQBervât encore les apparences de la pudeur. Et voioi qu'uno main encore sacerdotale, arrache bruta^ lement le dernier lambeau qui couvrait la nudité de la l^èse libérale, et lanœ au milieu du monde» aux regftcds de tous, ses affirmations éhontées, dan3 retende la plus détestable et de la plus révioltante nu» di<ié.

M vous croyez que, par c» prooédé impfo» vous* étoiUflS^rez la voix de l'Eglise catholique, messieurs >si le scandale était à craindre, peut«âtr6< poumai^-oB^ s'^rétCHT encore ; mais, maint^ant , il n^tet plus temps» quand le scandale^eit fait C'datvoustqui Faurez YOAlu fmm; et si TE^ise. pouvait àtee contrainte»

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elle le serait, par votire inepte tactique, à consumer dans les flammes de son impérissable lumière, les sophismes par lesquels vous ayez fbllement prétendu Teffri^ep;

Et. la honte de vos menaces vaines retombera sur vos têtes.

Déjà,,aiit saint Concile de TDeirte). la. question fut posée ; déjà elle y fut moralement résolue ; le» neuf dixièmes desrévêques, sans doutet appartenant au parti de rinintelligençe ou trompés^ par cette école mythologique de mensonge qui devait être découverte quelques siècles plus tard, — neuf évêques sur dix-neuf contre un, disons-nous, voulaient promulguer un décret qui affirmât Tinfeillibilité personnelle du Pape. Celui-ci crut devoir ajourner la décision, à la suite des instances que lui adressa certaine diplomatie. Dieu le permit ainsi, afin, peut-être, de réserver, à Un temps où la majesté d'une réunion plus nombreuse et rahaenca. d!une diplomatie tracassière rendrait le triomphe de la vérité plus éclatant,. la définition dogmatique d'une croyance ancienne comme TÉglise, et vaste comme le monde entier.

Ce ne seront ni les menaces ni le mensonge qui détourneront jamais le souffle de l'Esprit-Saint : mais au contraire, comme je crois l'avoir dit ailleurs, si la question de Tinfaillibilité papale a dû être déférée au tribunal de l'Eglise, cette nécessité morale est le fruit de la trop fameuse déclaration de 1682, et si une solution est désormais opportune, nécessaire^ inévitable, on ne le doit qu'aux pamphlets petits et

gros, que font éclater, à si grand bruit, les docteurs gallicans d'aujourd'hui.

Ainsi, si le monde chrétien possède bientôt le dogme consolant et pacificateur de rinfaiilibilité personnelle du Pape, il en sera redevable, après Dieu, à Bossuet qui ne sejdoutait peut-être pas de travailler pour cette cause; et, ensuite, aux scandales que vous et les vôtres venez de faire dans le monde. Révérend Père Gratry.

Nous vous devrons ce bienfait; mais malheureusement, vous nous aurez dispensé de la reconnaissance.

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