‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 146 sur 180 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Où l'on enseigne aux jeunes sëminaristes un nouveau^ mais ingënienx procédé, inventa par le R. P. Gratry, pour les aider à réciter leur bréviaire avec beaucoup de dévotion et de respect. — On assiste à des scènes d'un grandiose homérique^ des siècles ressuscitant et se querellant dans une mêlée épouvantable, cinq cents ans restent sur le champ de bataille, le bréviaire romain pour arranger toutes choses, remontant au-delà de sa source, bien plus extraordinaire que le Jourdain, et toute cette Iliade inventée par un ^cribe — le tout est raconté par un Pharisien.

Nous voici arrivés à votre chapitre VII, mon Père, celui de tous dont la lecture nous a peut-être répugné davantage; celui où, dépassant toute injure et oubliant toute pudeur, vous ne craignez pas de verser à pleines mains l'outrage sur le saint livre de lâ prière : sur un livre que vous ne devriez lire qu'à genoux, le livre que vous avez fait vœu d'ouvrir sept fois le jour et dont, sans doute, comme tous vos confrères en sacerdoce, vous ne prononcez les formules sacrées qu'après avoir fait le signe de la croix sur votre bouche, en priant Dieu de vous les faire réciter avec piété, dévotion et respect.

Ce livre, c'est le saint Bréviaire romain.

Vos occupations académiques et sorbonnîennes vous

en auront fait, je suppose, oublier l'origine et méconnaître la grandeur; permettez que je vous les rappelle.

Sans vouloir faire ou simuler aucune science, sur un semblable sujet, je puis vous dire cependant que l'usage de la prière vocale, à certaines heures déterminées du jour et de la nuit, est consacré par les exemples de Jésus-Christ lui-même; qu'il existait déjà dans l'ancienne synagogue, et que l'Egliâe ciUàolique se Test approprié, à partir des temps apostoliques, parce qu'il était saint. La prière est un devoir pour tous sans exception, mais très- principalemeaat pour les ecclésiastiques ; aussi TEglise, dès la {ias haute antiquité, voulant que cette matière ££tt p^iée, fixa ^vi nombre de sept, les heures auxquelles tes prêtres et les ministres sacrés devaient chanter les louanges du Seigneur. On en trouve l'indication précise en saint Jérôme, pour l'Eglise latine, et en saint Basile dans l'Eglise d'Orient.

Ces heures réglées, ou canoniques, changèrent de nom et reçurent, de la piété des anciens Fères^ dif^ rentes signiflcations allégoriques, que vous trouverez dans Martene ou Macri* Mais, quelsqu'en soient le sens et l'origine,, ce qui est tout particulièrement Ineonteatable, c'est que cette obligation de prier vocaleineet à certaines heures dét^minéesfut, dès Torigine, imposée par l'Eglise à ses clercs. Cette division du temps prescrit à la prière fut appelée : heures réglées oa heU"^ res canoniques, et n'a jamais cessé de subsister dans l'Eglise d'Orient comme dans celle d'Occident, afin que, dans le cours de la journée entitee, il n^ eût aucune partie du temps où fût interrompue^ cette ce-

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leste occupation. Seulement, comme de raison^ la formule de la prière dut varier selon les temps, les lieux et les circonstances diverses. Le fond de ces heures canoniques semble pourtant avoir été, depuis leur origine, la lecture ou le chant des psaumes, et il parait que dans les premiers siècles, la coutume était de réciter tous les jours, en leur entier, les psaumes de David.

Mais les souverains Pontifes et même, probablement, les anciens ^vêques ajoutèrent peu à peu quelque chose à Tôffice divin, ou en modifièrent, successi* vement la forme, selon l'inspiration qu'ils en avaient reçue de Dieu, et au gré de leur piété. C'est ainsi qu'on attribue au pape Vigile — encore un calomnié — les Capitules qu'on récite dans les heures canoniques; à saint Damase ou à saint Grégoire le Grand, au Vr siècle, l'introduction du versée qui les commence, J}eus in adjutorium meum intende ; et au pape Sabinien, l'usage de sonner les cloches quand l'heure de la récitation était arrivée, pour rappeler aux clercs l'obligation de la prière sainte, et pour inviter les fidèles à s'y unir.

Le souverain pontife Eugène II ordonna, en 826, que l'on construisit des cloîtres, près des églises cathédrales ou des monastères, pour favoriser l'institution précieuse. de la vie commune chez les clercs ou les chanoines, afin qu'ils fussent plus exacts à assister aux chants de la divine psalmodie, aux heures canoniques ; et son successeur immédiat, Grégoire IV, en 827, érigea dans ce but un monastère contigu à la basilique de Sainte-Marie in Trastevera à Rome, selon

ce que raconte le bibliothécaire Ariostase, véritablement contemporain cette fois.

Les heures canoniques, telles que nous les avon^ présentement, furent déterminées vers le commencement du Ill« siècle de r Eglise ; mais ce ne fut que beaucoup plus tard que s'introduisit l'usage du Bréviaire proprement dit. Le Bréviaire est le livre qui contient les heures canoniques de l'office divin, tel qu'il doit être récité chaque jour, sous peine de péché grave, dans son intégrité, par tous ceux qui y sont astreints. La raison pour laquelle on lui a donné ce nom, vient probablement de ce qu'il présente l'abrégé das leçons de la Sainte Ecriture et des homélies des Pères, que l'on récitait anciennement dans leur entier.

Ce livre est saint et respectable entre tous les livres, et un grand théologien ne craint pas de l'appeler • un admirable abrégé des mystères de la sainte Ecriture. ^ • Le devoir de le réciter tel qu'il est, commença, pour les sous-diacres, bénéflciers et religieux, à l'époque du concile de Bâle (Sess. XXI) ; c'està-dire vers la première moitié du XV siècle , et cette loi fut confirmée, plus tard, par Eugène IV ; comme aussi à la session 9^ du V* concile de Latran (1513) sous Léon X. Personne au monde ne nie aujourd'hui l'obligation qu'ont contractée, de le réciter chaque jour, tous ceux qui sont dans les Ordres sacrés. Et cette obligation est si grave que nous voyons sa transgression reprochée comme un délit à Jean XXI 'î,

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