CHAPITRE QUINZIÂBiE
dont TOtis les accusez — mais j'ai vu... — Oui vous avez cru voir ; mais vous n'avez rien vu. — Et pourquoi donc» M. Loyseau; je vous prie? — Par une raison semblable, mon excellent Père, à celle qui empêcha, un jour, de tirer le canon pour saluer la venue âHenri IV. C'est que la légende de saint Léon n'y était I^s. C'eât toujours la raison du civet et du lièvre; elle est vieille, mais elle est bonne, et de même qu'il faut un lièvre pour confectionner un civet, il faut une légende pour façonner une leçon. — Si elle n'est pas dans votre Bréviaire, Jean Loyseau, qui vous dit qu'elle n'étnit pas dans le mien, cette bienheureuse l^ende? — Clier Père, ce qui me le dit, c'est qu'elle ne se trouvait nulle part. — Vos preuves? — Les voici. J'aime les Oratoriens, et je l'avoue sans honte. Quand j'ai dû travailler l'histoire de ce malheureux Pontife, le pape Honorius, j'ai ouvwt, entre autres, un livre assez gros , un respectable in-4* écrit par un Père de l'Oratoire, au sujet de cette affaire. Il se nomme le P. Alarchesi, et son livre a pour titre : Ctypeus fbriium, le Bouclier des forts. Très-bien.
Or, voici ce que je lis en toutes lettres dans rin-4* du P. Mardie^'i: < Il faut tenir pour certain que, dans les anciens Bréviaires de TEgllse romaine, aucune mention de ce fait (celui de la confirmation des actes du VI« Concile) ne se rencontrait dans les leçons de saint Léon. Car, le 23 juin, jour auquel totLbe la fôte de ce saint, on n*én faisait autrefois qu'un# simple commémoraison, sans y joindre attçune leçon. Cest ce que J'ai constaté par la lecture de plusieurs anciens Bréviaires que j'ai parcourus avec soin, ef
en particulier, d*ua Bréviaire édité sous le pape Innocent III (XlIIe siècle), lequel volume est conservé dans notre bibliothèque vallicellana, et le prouve avec évidence (que dites- vous de ce Bréviaire du XIII® siècle, mon Père?)
€ La raison de cette absence de leçons, la voici : » continue le P. Marchesi, < c'est que le 28 juin est la vigile de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, fôte que TEglise avait coutume de célébrer sous un rite particulier, et c'est pourquoi, en ce jour, on faisait simplement mémoire de saint Léon, sans aucune leçon au Bréviaire. Et, par conséquent, à cette époque, on ne pouvait rappeler en aucune façon dans les leçons du Bréviaire le fait de l'approbation donnée par saint Léon au VI® Concile, puisque — c'est la rai son du civet, toujours vieille, mais toujours bonne, — puisque les leçons n'y existaient pas, >
« L'office de saint Léon II, sous le rite semi-double, c'est-à-dire avec des leçons, ne date pas tout à fait de 200 ans. >
Respirons, mon Père ; vous devez en avoir besoin, et moi aussi. Il y a, d'ailleurs, ici, un petit calcul à faire et, comme je n'y suis pas fort habile, j'aurai recours à votre vérification, car je vous sais très-bon mathématiciQn.
* Le P. Marchesi écrivait son livre vers l'an 1680. Moins de 200 ans auparavant, cela doit faire à peu près 1500, et 1500 nous place positivement dans le XVI* siècle.
Si donc, avant le XVI© siècle, la fête de saint Léon II se célébrait sans que ce Pontife eût de leçon au Bré-