CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
Et voilà ce que vous avez osé faire, vous, trois fois flls de l'Eglise de Jésus-Christ; vous, prêtre, vous religieux, vous, chrétien !
Si vous ignoriez que, parmi vos frères dans la foi, tous ceux qui portent autour de leur front l'auréole de la sainte doctrine, ont vengé le Pape que vous outragez de Taccusation sacrilège d'avoir déshonoré, comme Pape, la chaire suprême; si vous ignoriez que presque tous l'ont également absous de l'imputation odieuse de l'avoir déshonorée comme simple docteur ; si vous ignoriez qu'un nombre considérable des plus savants et des plus saints, ont pu et ont osé dire qu'en matière même de prudence et de fermeté apostolique il n'avait jamais failli ; si vous ignoriez que du nombre de ces derniers se trouve notre maître à tous en matière d'histoire, et celui dont vous-même vous glorifiez encore de porter le saint habit ; si vous ignoriez toutes ces choses, que savent les plus minces écoliers de théologie, pourquoi écrivez -vous, mon Père ? et si vous les saviez, dites-moi donc quel nom il convient de vous donner ?
Je ne vous adresse aucune injure, mais je vous demande de vouloir bien tirer vous-même la conséquence des faits.
Vous deviez savoir, et dire, qu'il existe une différence essentielle entre un conseil administratif donné à un particulier, et une définition dogmatique, obligeant toute l'Eglise; l'avez-vous su ? l'avezvous dit?
Vous deviez savoir, et dire, que l'infaillibilité des Conciles cecuméniques ne regarde point les faits non dogmatiques. Vous avez dit tout le contraire.
258 LE COANT DU CTGNE GALLICAN.
Vous deEVîez savoir, et dire, que rauthentidté textuelle des actes du VP Concile était discutable et discutée ; que son œcuménieité, depuis la XIP session, était discutable et discutée; que sa confirmation, par saint Léon, était discutable et discutée; que ces mêmes lettres, an point de vue de leur existence même, et surtout de leur intégrité, étaient discu* tables et discutées; vous deviez savoir tout cebi, et c'est tout le contraire que vots nous avez dit.
Vous deviez savoir et dire que, même en admettant toutes ces authenticités et toutes ces intégrités, les textes que vous alléguiez n'accusaient point le pape Honorius d'avoir â<^^atiqaefflent déâni l'hérésie, mais seulement, par légèreté ou dadblesse, d'en avc^ été le fauteur; et vous avez poussé le courage jusqu'à torturer les textes, accumuler les contre-sens dans vos traditions, pour faire dire à ces textes ce qu'ils ne disaient pas, et vous avez outragé vos propre» citations en leur faisant affirmer le contraire de ce qu'elles voulaient exprimer-
Vous deviez savoir et dire la différence essentielle qui existe entre un fauteur d'hérésie et un hérétique formel, ainsi que les vicissitudes du mot hérétique, dont vous avez si cruellement abusé ; vous déviez le savoir et le dire, et vous ne l'avez pas dit.
Vous deviez savoir et dire que, quand même lé pape Honorius eût enseigné l'hérésie la plus formelle, comme docteur privé, cela n'atteignait en rien la thèse de l'infaillibilité pontificale, qui ne s'ex^ce que dans la sphère des définitions dogmatiques univers^lement obligatoires; &sk un mot, dans les décisions fommlées
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^x cathedra ; et que, par conséquent, même dans Toplnion la plus défavorable au pape Honorius, sa chute ne touchait absolument en rien la question de Tinfaillibilité; et vous ne l'avez pas dit : c'est tout le contraire que vous nous avez dit.
En revanche, et par contre, vous deviez savoir et dire que la thèse de Tinnocence d'Honorius était disi^utable, soutenable et soutenue par presque tous les théologiens et les historiens catholiques, et vous avez osé a/'Srmer que soutenir cette même thèse c'était tomber dans l'excommunication. Vous avez dit plus tard que c'était une plaisanterie. — Cette plaisanterie est fade.
Vous avez donné des versions fausses de tous les textes que vous avez cités, des Conciles et des Papes, sans en excepter un seul ; et vous avez eu le courage étrange de parler d'une école de falsification. Vous avez posé comme étant la question à résoudre^ une question étrangère qui n'intéressait personne, et voua avez osé parler d'une école de mensonge. Vous avez tû le nom de tous les défenseurs du Pape calomnié, et supprimé tous les textes qui le justifleût,.et vous avez parlé d'une école de dissimulation et de réticences. Vous avez transporté, par une fraude que je veux croire involontaire, en torturant et supprimant des textes, l'anathème fulminé contre les hérétiques, pour le faire tomber sur la tête de l'innocent; et vous avez le cœur de nous parler d'une école de fraude. Vous faites condamner un Pape du VJP siècle par des Pontifes du VI« siècle ; vous faites vivre des contemporains de Charlemagne au temps de saint Léon; vous
faites condamner Simon le magicien par un Concile de 680 ; vous découvrez, att VII» siècle , le Bréviaire romain qui n'exista jamais avant le XII®; vous lisez* des leçons de saint Léon II deux cents ans avant qu'il y en eût une seule ; vous entendez démontrer par un document postérieur l'existence antérieure de ce même document; vous citez comme incontestées des pièces dont l'interpolation seule est incontestée ; vous ne savez même pas, ou du moins vous ne savez pas nous dire quelle différence subsiste entre un écrit dogmatique et une définition dogmatique; vous osez appeler un scribe, la commission de cardinaux et de docteur? dont faisaient parti Baronius et Bellarmin ; et vous osez nous parler de l'école de l'ignorance et de l'erreur I
Et après que des hommes comme Mgr Dechamps, le Révérend Père D. Guéranger, M. A de Margerie et autres, vous ont mis le doigt sur la plupart de ces iniquités historiques et théologiques, vous avez le singulier courage de chanter victoire en affirmant au monde que l'on n'a pu découvrir dans votre brochure que quelques fautes d'orthographe et quelques coquilles d'imprimeur !
Je pense avoir trouvé dans ce pamphlet autre chose que des solécismes et des coquilles. Je vous l'ai signalé et, je crois, démontré. Je ne vous ai écrit ni par Tordre de pei*sonne, ni par aucune céleste inspiration; mais uniquement parce que j'aime l'Eglise que vous avez frappée au cœur; et Jésus-Christ que vous avez, dans la personne des petits, blessé à la pupille de rœil.