‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 19 sur 180 · P. XV · texte numérisé non relu

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Comprenez-vous, cher maître, la force de l'objection? Ce n'est pas moi qui vous donne tort, mais c'est le chiffonnier imaginaire et mal appris qui conclura , naturellement, qu'en tout cas, il aime mieux s'en rapporter à saint Matthieu et à saint Jean qui ont vu , qu'à vous, qui n'avez rien vu du tout des choses que vous nous enseignez.

Vous aurez beau nous dire que vous avez élé dans le pays avec l'argent du gouvernement , que « vous avez visité Jérusalem, Hébron, et la Samarie, » nous parler de c< la merveilleuse harmonie de l'/rfea/évangélique avec le paysage qui lui servit de cadre, » nous affirmer que vous avez eu là a une révélation, » que « vous avez eu devant les yeux un cinquième évangile lacéré , mais lisible, et que dans cette révélation, vous avez aperçu « la figurfe de Jésus, vivre et se mouvoir (1). » Tout cela est bel et bon; mais je pense que saint Matthieu et saint Jean ont aussi visité Jérusalem, et même avant qu'elle ne fût détruite ; qu'ils ont contemplé l'harmonie merveilleuse de la réalité évangélique, avec le paysage d'alentour; qu'ils ont laissé un évangile, très-lisible aussi, et pas lacéré du tout; qu'ils ont pu recevoir, de même , une révélation, à moins que vous ne prétendiez en avoir le monopole. Et

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qu'enfin, ils ne sont pas sans avoir vu, presque aussi bien que vous, a la figure de Jésus vivre et se mou-, voir. B Ces réflexions seraient fort embarrassantes^ si on vous les adressait; mais pour moi je me garderai bien de vous les faire.

La preuve que je vous suggère ces observations sans aucune malice, c'est que je vais vous faire toucher du doigt les conséquences désastreuses de votre innocente maladresse.

En eflet, pour donner crédit à votre roman , — je veux dire à votre Evangile révélé, — vous êtes obligé de démolir les quatre autres, ensemble avec saint Pierre, saint Paul, saint Jude, saint Jacques et tous les Pères apostoliques, par-dessus le marché. Je sais bien que tout vous est possible; mais il vaut mieux , ce me semble, ne pas se créer d'embarras, quand on peut faire autrement; le parti -prêtre est si méchant!

Voici donc comme vous vous exprimez : a Que les évangiles soient en partie légendaires, c'est ce qui est évident, puisqu'ils sont pleins de miracles et de surnaturel. »

Imprudent! vous vous appuyez sur eux, d'un bout à Pautre de votre livre, et puis, vous les traitez d'évidemment légendaires! Mais, alors, quelle valeur a donc votre histoire, si vous la puisez dans des légendes ?

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