‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 20 sur 180 · LETTRES SUR LÀ YIE · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LÀ YIE

Direz-vous qu'une partie des évangiles n'est pas légendaire, et que c'est celle-là que vous avez suivie ? Mais on vous demandera comment vous avez pu discerner l'une de l'autre.

Prétendrez-vous que vous avez appris cela par révélation ? Mais ce serait affreusement surnaturel.

Répondrez-vous que les miracles seuls sont légendaires? Mais on pourrait vous demander pourquoi; ce qui serait un mauvais procédé, j'en conviens; ou vous faire observer que vous-même avez écrit ailleurs : » Nous ne disons pas : Le miracle est impossible^ nous disons :Ilnyapaseujusqu*ieidemiracle constaté (i).i> Ce qui serait employer contre vous un procédé bien plus mauvais encore. Mais enfin, tout est possible au parti-prêtre.

Voyez-vous comme vous voilà dans l'embarras. Ce n'est pas votre Apollonius de Tyane qui viendra vous en faire sortir.

Puis : les Evangiles sont légendaires, c'est évident; mais, mon respecté maître, c'est, peut-être, évident pour vous, et pour moi, puisque vous me le dites; mais ce n'est pas évident pour tout le monde. Vous ne pouvez pas ignorer que de grands philosophes, qui nous valaient bien vous et moi, y ont cru très-ferme-

d'un nommé Jésus. i9

ment, et que presque tout le monde y croit encore. Si c'était aussi évident que vous le dites, personne n'y croirait, et n'y eût jamais cru : voilà ce qui est évident. Vous êtes donc obligé de nous signaler la partie légendaire, d'avec celle qui ne Test pas, sous peine de passer pour un esprit léger et superficiel; et, franchement, quand il s'agit de faits si anciens et d'ouvrages écrits par des témoins oculaires , ce doit être un discernement bien difficile à faire. Ma foi, tirez-vous de là comme vous pourrez : avec l'aide d'une petite révélation, duTalmud, de votre ami, M. Littré, et de Philon, vous en viendrez peut-être bien à bout. Quant à moi, je m'en lave les mains.

Une chose n'est évidente, mon révérendissime, que quand tout le monde peut en acquérir la certitude, sans raisonnement et sans preuves. C'est ainsi qu'il est très-évident que malgré votre génie, vos révélations et même votre ascension sur la montagne de Ghazir, vous n'avez pu, dans votre cabane du Liban, et à l'aide de cinq à six bouquins, — Dieu sait lesquels, ce pourrait être V Ahasvérus de Quinet, comme les Mille et une nuits de M. Galland, — vous n'avez pu, dis-je, connaître les détails de la vie de Jésus, aussi bien que saint Matthieu et saint Jean qui vécurent continuellement dans son intimité. Voilà ce qui est évident; mais que leurs récits soient légendaires, je

VOUS assure que ce n'est pas évident le moins du monde. Je parle pour moi, bien entendu.

Telle est l'impasse où vous conduit une première imprudence; mais ce n'est pas tout. Je comprends bien que vous vous êtes mis dans une position difficile : d'un côté, vous ne seriez pas fâché d'enlever l'autorité aux quatre évangélisles, et cela se conçoit : d'autre part, vous sentez que les évangiles étant votre seul point d'appui sérieux, il faut bien pourtant leur conserver quelque petite valeur. C'est un cas grave que celui où vous vous êtes placé. J'aime mieux que ce soit vous que moi ; peut-être aurait-il été plus prudent de n'en pas parler du tout. Il est des circonstances où il vaut mieux ne rien dire que dire des sottises; mais il parait que telle n'a pas été votre opinion. Je la respecte comme je le dois.

En effet, vous jouez de malheur dans votre appréciation critique pour l'authenticité des Évangiles: vous nous dites que a les quatre personnages dont ils portent les noms ne nous sont pas donnés, rigoureusement, comme des auteurs » (1). Et comment cela, mon révérend maître ? eh ! c'est tout simple, répondezvous, a les formules selon Matthieu, selon Marc,..n'impliquent pas que... ces récits eussent (sic) été

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