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écrits d'un bout à l'autre, par Matthieu, par Marc (1). > Ah! respectable docteur, comment pouvez-vous dire des choses pareilles? Si ces expressions signiflent que «c'étaient seulement des traditions provenant de chacun de ces apôtres, et se couvrant de leur autorité > {i), cela doit le signifier aussi bien pour saint Luc que pour saint Matthieu, et voici que vous nous dites, à la même page, que : a Pour Luc, d'abord, le doute n'est guère possible... que l'auteur de cet évangile est certainement le même que celui des Actes des apôtres... (c'est-à-dire saint Luc) : que cet a ouvrage est écrit tout entier de la même main et de (sic) la plus parfaite unité...» (3). En ce cas, l'Évangile attribué à saint Luc ne porte pas en tête le mot : itffon, s'il est de lui tout entier? Hélas I il n'en est rien : le mot y est, et vous le mettez vous même : selon Luc ; en latin secundum^ et en grec xaxà, à ce qu'on m'a dit, du moins.
Choisissez donc, ou de souffler aussi sur saint Luc, ou de laisser les autres dans la libre possession de leur individualité et de leurs œuvres : il faut être conséquent, mon Père, même quand on est membre de l'Institut.
Et croyez-vous donc que parce que j'ai intitulé mon
(1) P. XVI.— (2) P. XTI. — (S) P. XYI.
petit volume : vie de Jésus selon M. Renan, j'ai voulu vous faire l'impolitesse de vous rappeler que vous n'en étiez pas seul le légitime père ? Loin de là : j'ai voulu faire toucher au doigt que les mo\&par ou selon ne signifient absolument rien ; et que, de même que, d'après vous, le titre : selon saint Luc, n'empêche pas que tout le 3® Évangile ne soit, tout entier, de saint Luc, de même, les mots : par Ernest Renan en tête du 5®, ne prouvent nullement, que vous seul en soyez l'auteur. Ceci est clair comme la lumière.
Ne disputons donc ni à saint Matthieu, ni à saint Marc, ni à saint Jean la propriété de leurs œuvres. Vous savez aussi bien que moi que l'authenticité en fut mille fois démontrée, et vous-même, au sujet de saint Jean, prenez la peine de nous dire ce qui suit : « Et d'abord, personne ne doute que, vers l'an 150, le quatrième Évangile existât et fût attribué à Jean... Irénée est formel : or, Irénée sortait de l'école de Jean... ajoutons que la première Épître attribuée à saint Jean est certainement du même auteur que le 4® Evangile : or, épître est reconnue comme de Jean par Polycarpe, Papias, Irénée. — Mais c'est surtout la lecture de l'ouvrage qui est de nature à faire impression. L'auteur y parle toujours comme témoin oculaire ; il veut se faire passer pour l'Apôtre Jean. Si donc, cet ouvrage n'est pa« réellement de l'apôtre , il
faut admettre une supercherie que Tauleur s'avouait à loi-même. Or,... on n'apas d'exemple dans le monde apostolique d'un faux de ce genre [\). »
Ainsi-soit-il : il est donc bien convenu que le 4* Evangile est encore de saint Jean , quoiqu'il soit intitulé : selon saint Jean : et de deux I vous verrez que nous finirons par les trouver tous authentiques, d'autant mieux que vous nous avez dit à la page précédente que « sur l'Evangile de Jean, les doutes sont beaucoup plus fondés que sur les autres (2). » Or, s'il n'y a pas de doute pour saint Jean (3), à plus forte raison iln*y aura pas de doute pour les autres. Il me semble que c'est supérieurement raisonné, cela. La question est tranchée : saint Jean est bien l'auteur du 4® Evangile.
Mais quelle erreur est la mienne! Vraiment, mon révérend, vous êtes l'homme de l'inattendu : « La question, ^ c'est vous qui parlez, « est moins près d'une solution d (4) que l'on ne le pense. Et pourquoi cela, de grâce, mon cher maître? parce que « Papias ne dit pas un mot d'une vie de Jésus, écrite par Jean. D
Mon Dieu I comme c'est triste ! nous voici retombés dans toutes nos perplexités. Que ce Papias aurait bien
(1) P. XIV. — (2) P. XXIV. — (3) p. XXIV. — (4) P. XXIV.
mieux fait de ne pas écrire I Saint Justin, Athénagore, Tatien, Théophile d'Anlioche, Irénée, à ce que vous dites, ea parlent, a Irénée est formel là-dessus. » Eh bien, oui, mais Papias n'en parle point. Cet Evangile est du même auteur que «rÉpître reconnue être de saint Jean par Papias. b Sans doute; mais Papias ne parle point de l'Evangile. » On n'a pas d'exemple, dans le monde apostolique, d'un faux de ce genre. » Savoir d'un homme affirmant être Tauteur d'un ouvrage écrit par autrui. Tout ce que vous voudrez ; mais Papias n'en parle point.
EnQn, puisque Papias n'en parle point, il faudra bien nous en passer. C'est assez désagréable ; mais nous nous consolerons en pensant que, son ouvrage ayant été perdu, il est. bien possible qu'il en ait parlé dans quelque endroit qu'Eusèbe aura oublié de citer ; et que, d'ailleurs , puisque l'Evangile est du même auteur que l'Epi tre , et que Papias affirme que l'Épitre est de saint Jean, probablement l'Evangile sera aussi de saint Jean : de sorte que nous aurons toujours, par un bout, l'autorité de Papias. Bref, cela m'ôte un grand fardeau : je respire ; j'avais trop peur.
Vous avez encore, très-révérend, d'autres doutes , que je suis heureux de. pouvoir dissiper, au sujet de l'authenticité, de l'intégrité, de la sincérité du 4«Evan-
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gile selon saint Jean. « Est-ce bien Jean^ fils de Zébédée, le frère de Jacques (dont il n'est pas question une seule fois dans le 4® Evangile), qui a pu écrire en grec ces legons de métaphysique abstraite dont... le Talmud ne présente pas l'analogue? Tout cela est grave , et, pour moi, je n'ose être assuré que le 4* Evangile ait été écrit tout entier de la plume d'un ancien pécheur galiléen (1). > Mais, en effet, c'est grave, cela : quoi! un pauvre pécheur galiléen aurait écrit de la métaphysique ; et de la métaphysique en grec, encore. C'est très-grave, très-grave.
Ce scrupule vous fait honneur ; mais vous pouvez vous rassurer. D'abord, j'ai eu le bonheur de retrouver une mention de Jacques , fils de Zébédée , dans le GHAP. XXI® du 4* Evangile ; si vous l'eussiez lu plus attentivement, vous l'eussiez trouvé aussi; c'est au versets*, et ce n'est pas moi qui l'y ai mise.
Quant au Talmud, je ne trouve pas cela bien sérieux, je vous assure; certainement, il serait mieux que le Talmud enseignât la même doctrine que saint Jean et les apôtres; mais, enfin, puisque les rédacteurs n'ont pas eu cette idée, il ne faut pas les blâmer : respectons les opinions, mon révérend, si nous voulons qu'on respecte les nôtres. Enfin, nevoustourmen-
(1) P. XIY.
tezdonc pas trop à ce sujet; puisque vers l'an 450, tout le monde attribuait cet Evangile à saint Jean , vous pouvez bien faire comme toutle monde, en 1863. D'ailleurs, peut-être, l'opinion de Papias était-elle comme celle de tout le monde.
Vous êtes vraiment un homme terrible ; et vous avez eu le plus grand tort de vous embarquer dans cette discussion enragée, dont vous êtes incapable de sortir. J'ai essayé de concilier vos opinions entre elles, et cela m'a été pleinement impossible. Ici, vous nous dites que a Jean a voulu couvrir de l'autorité de Jésus certaines doctrines qui lui étaient chères.... qu'en prêtant ses idées à Jésus il ne fit que suivre un penchant bien naturel, » (4) etc., etc. Et là, «vous inclinez à croire que les discours, au moins, ne sont pas du fils de Zébédée. » (2) Alors, pourquoi lui en faire un reproche? Tantôt vous observez que saint Jean et parle toujours comme témoin oculaire (3) ; que, depuis la mort de Jacques, son frère, il restait seul héritier des souvenirs intimes dont ces deux apôtres, de T aveu de ^cms, étaient dépositaires... qu'il raconte des circonstances que lui seul pouvait connaître... de petits traits de précision... des souvenirs de vieillard quelquefois d'une prodigieuse fraîcheur (i). » Ailleurs il se transforme sous
(I) p. XXXI. — (2) P. XXXVI. — (3) p. XXVI. — (4) P. xx^-iii.
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votre docte plame, et vous a osez défier qui que ce soit de composer une vie de Jésus qui ait un sens en tenant compte des discours que Jean prête à Jésus... (c'est donc lui qui les a écrits, sa mise en scène est sans naïveté, ses discours raides et gauches, etc., etc. » ({) En bonne conscience, mon cher maître, vous me laissez dans une grande perplexité.
Je crois que vous feriez bien de renoncer aux discussions et aux raisonnements, dont vous vous tirez mal, pour vous livrer entièrement à la littérature pure, où vous réussissez mieux. Vous ne ferez croire à personne ayant une étincelle de bon Mns, que les Evangiles aient été altérés. Tout le monde sait quel respect les anciens fidèles avaient pour les écrits des Apôtres; et quels beaux cris on eût jetés, dans toute l'Eglise, si un faussaire eût tenté d'y glisser ou d'en soustraire un seul mot. Tout le monde comprend que s'il y avait eu, comme vous le dites, tant de versions diverses, il serait bien étonnant que ce fût la même que Ton trouve aujomd'hui partout : c'est là ce qu'on pourrait appeler un fameux miracle ! S'il y en avait eu un si grand nombre, que sont donc devenues les autres? Cela saute aux yeux, mon révérend.
Vous êtes adorable avec vos hypothèses. Quand vous \
(t) p. XXMll.
nous parlez des Evangiles selon saint Matthieu et selon saint Marc, l'un, témoin oculaire, l'autre, narrateur, sous la dictée de saint Pierre, des faits et des paroles de N.-S. J.-C. vous constatez : a 1° que ces deux ouvrages étaient rédigés sans aucune entente, et en langues différentes; 2° que dans l'état actuel des textes , l'Evangile selon Matthieu et TEvangile selon Marc offrent des parties parallèles, très-longues et parfaitement identiques (i). » Je comprends cela et j'en conclus que Pun prouve l'autre ; ce qui n'a rien de surprenant, puisque saint Matthieu et saint Pierre furent, l'un et l'autre, témoins oculaires de la vie de Jésus. Et vous, mon révérend Père, vous en concluez a qu'il faut supposer, ou que le rédacteur définitif du second Évangile avait le premier sous les yeux, ou que tous deux ont copié le même prototype. » (2) Et pourquoi, je vous prie, ne pas admettre tout bonnement, que l'un et l'autre ont dit la vérité? Vous êtes quelquefois naïf, à force d'être subtil. Il eût été plus sage, voyez- vous, de garder cette observation pour vous ; les cléricaux sont capables d'en abuser.
Papias va nous fournir, de même , un exemple de votre précieuse candeur. Voici votre appréciation : « Papias, évêque d^Hiéropolis, homme grave, homme
(1) p. XIX. — (2) P. XIX.
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de tradition, etc. (i). » Pour moi, je veux bien que Papiassoit un homme grave et un homme de tradition; il en est qui ne feraient, peut-être, pas mal de Timiter en cela; mais vous voulez prouver votre thèse, et vous nous décochez la note suivante : a Eusèbe est embarrassé de la naïveté de Papias (homme grave) et le traite de petit esprit (2). » Eh bien l franchement , ça ne valait pas la peine de le faire tant mousser ce pauvre Papias ; à quoi pensez- vous donc, quand vous écrivez?
Vous comprenez, mon révérendissime, qu'il m'est impossible, à moi, pauvre ignorant, de vérifier tout ce que vous me dites au sujet des langues savantes, comme le grec, l'hébreu, Taraméen, les dialectes sémitiques, et le reste, que vous paraissez savoir sur le bout du doigt; mais je sais lire passablement le français, et compter, sans me tromper, jusqu'à cinq , sur ma main. Or, en suivant votre introduction qui, comme vous voyez, laisse, encore, un peu à désirer , je suis tombé sur un assez curieux passage. C'est celui où vous parlez de l'apôtre saint Jean; et comme , en ce moment, le besoin de votre phrase était de le réduire à zéro, vous en dites ce qui suit : a on voit qu'en écrivant ses discours l'auteur suivait, non ses souve-