LBTTHES SUR LA VTE
c'était : a un feu dévorant la Tie à sa racine et réduisant tout à un affreux désert; »... doctrine issue d'un c sentiment âpre et tàste de dégoàl pour le monde^ d'abnégation outrée qui caractérise la perfection cliréticancv et qui naquit au cœur dHin « génie sombre qu'une sorte de pressentiment grandiose jetait de plus eaa plus hors d« Thomanité (4). »
Je me croîs fixé : Je me méfierai, désormais, du géant sombre, du pressentiment grandiose et de Tabnégation outrée- Pas du tout! voici la girouette qui tcmrne.
« Les tentatives ÈodalUtes de notre temps resteront infécondes jusqu'à ce qu'elles prennent pour règle le véritable esprit de Jésc», je veux dire de l'idéalisme absolu^ le principe que [ne), pour posséder la terre, il faut y renoncer (2) ; » ce qui veut dire que le socialisme, ptMïbablement, réussira quand il se fera chartreux ou trappiste* J'ai bon espoir.
Juste ciel ï est-il permis d'écrirede pareilles imeptieset de ne pas mourir de honte 1 Jamais Victor Hugo n'est arrivée ce degré-là, et encore a-t-ileule bon sens de ne pas se draper en historien. Du moins, je ne pense pas qu'il ait jamais poussé la facétie jusqu'à se proclamer a plus authentique eontinuatesnr àd Jésus (3) x> que
b'uN nommé JBSU8. 151
^mtFranç<HS de Sales et saint Vineent de PauL J'arrive à ua endroit de votre livre où je me sens «ontraiat d'avouer un non médiocre embarras. Il ne B*^i plus ni de la « fine ironie » avec laquelle Jésus disait : ce Je ne suis pas venu perdre les âmes, mais les sauver (t) ; » ni de cetle éblouissante bévue, qui voBsfaitdire que « Lazare et Marie de Magdala,» après la fflort de Jésus, « n'entrèrent, cesembte, dans aucune église (2); » oubliant^ comme t<mui en avez parfaiiejBiefit le dre^ même Tbistoirede Fraftce, et la fondatiûii da diocèse et Marseille. A|près ce que nous avais ^ il est peu de eb^G^ dont on ne paisse vous suppo^ 9a capable; et, cependant, vous aves trouvé moyen 4eiie suirpreadre z vous êtes très-fort. Voici ce dont 3^'agit; nms ^ed demfl»ide «me toute petite expli- «aiion.
DaB3 notre simpliste de tcatfaoUques, nous avons k bonhomie de prendre Jési^-Cbrist pour un Dieu; et, coaséfu^Eits à iK^re doctrine, ncms adm^toos ses pandes cwnme «yaot vm sens et une valeur sérieuse^ Ainsi, par exemple, quand nous le voyons instituer ua saœment, le sacrement de TEucbaristie, je suppose, voici comment nous raisonnons : Jfésus est Dieu : i| «oondt les besoins de eiotve Ame, puisqu'^Ue^t sortie
(A) P. 9Ak. — {$) ?. «87.
et qu'elle est façonnée de ses mains; et, comme, nonseulement il nous connaît et nous aime, mais il peut, en outre, nous manifester son amour, il possède la scienco de ce qu'il nous faut, et la puissance de nous le donner.
Or, il nous faut une nourriture spirituelle et divine : et rame chrétienne, ayant non-seulement besoin de naître, mais encore besoin de se nourrir, Jésus invente, par un incomparable excès d'amour, un moyen de vivre invisiblement et réellement présent parmi nous, même après sa mort, et de nous unir à lui par la communion à son essence divine, essence que nous recevons, en recevant tout ^n être dans rEucharistie. Aussi, après avoir promis ce miracle, Taccomplit-îl avec une adorable tendresse, surabondante de puissance, de sagesse et d'amour, et nous laisse-t-il, pour aliment, sa divine et humaine personne, dans le mystère commémoratif de son sanglant sacrifice.
Pour réaliser son prodigieux dessein, il donne à soû Eglise le pouvoir et l'obligation de consacrer, sous dé pures espèces, son corps et son sang ; en se servant des paroles par lui déjà proférées: ceci est mon corps, ceci est mon sang.
Luther, qui, selon vous, est aussi un grand homme, n'a pas cru pouvoir se soustraire à l'évidence des paroles du Sauveur, et a cru à l'efficacité des mots con-
d'un nommé Jésus* 453
sécralojres, prononcés par Jésus, et répétés par son Église. Cela le gênait bien un peu, dit-on, et disail-il, lui-même ; mais, outre la foi inaltérée et non interrompue de seize siècles, il ne pouvait échapper à la suprême énergie de ce petit mol Est^ constaté par quatre apôtres, desquels trois sont Évangélistes. . Saint Jean seul, prévoyant, peut-être, que vous Taccuseriez encore de faire un sermon monotone, ne raeoQte que la promesse, et ne parle de Tinstitution de TEucharistie que sous la demi-transparence d'un mot, laissant, d'ailleurs^ à saint Matthieu , saint Marc, saint Luc et saint Paul^ le soin de nous donner les détails, avec une rare surabondance*
Rien ne vous était plus facile que de passer ce fait sous silence ; vous en avez oublié tant d'autres! Mais une démangeaison, plus vive que de coutume, vous a saisi; et, pour montrer jusqu'à quel point vous pouviez pousser le grotesque et l'impie, vous avez tenté de nous expliquer ce qui était déjà pour nous admirablement clair.
Voici donc votre précieux commentaire : Mais,
avant de vous citer, j'ai peur que mes lecteurs croient
que je vous ai ridiculisé à dessein. C'est tellement
énorme, qu'on croira que j Invente. Je puis affirmer,
cependant, sur l'honneur, que je ne ferai qu'abréger.
Je vous laisse donc la parole, demandant pardon aux
i5i LETT&ES Sun LA VIE
hoffiotes et à I)iet^ de soaillar mon papier d'un exposé semblable.
«• La secte » {mot poli pour qualifier l'Église) « nV vait-eUe pas quelqne sacrement, quelque nie, quelque signe de ralliement? Elle ea avait un, que toules les traditions font remonter jusqu'à Jésus. Une des idées iavoriites du mdtre^ c'est qu'il était le pain,.... pftin trè»*8iipérieiir à la manne et dont rhnmanîté al-* lait vÂTre. Geffe idée*** prenait qiseiquefois <fans sa bouche des formes singulièrement concrètes. Une fois^ surtout, il se laisse aller... à un Hioinremeat haidi qui lui coûte plusi^rs disciples. «Oui, oui, je vous » le dis... c'est moi qui sois le pain de vie ; celui qui » vient à moi n'aura jamais plus ftiim, etedui qm croit » eoi moi n'aura jamais soif... » (murmures. -*• Une note nous apprend que ce fut « un mat»t«idu (1);» — nous allons bien voir).
« Jésus, insistant avec plus de force eneoi».., : je suis le pain vivant ; si quelqu'un manse de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, e'œt ma chair pour la vie du monde (â). t) Le soandaie fut au comble (quoiqu'une note bous apprentie que « ces discours portent tn^ l'empreinte du style... de Jean pour qu'il so^t permis de les croire exacts; d mais qiœ^
(t)P.w^-.(a;id.
P'UN IfOMMÉ JÉSUS. 155
€e])endant, ils doivent ètce exacts, puisque a Taoecdote nepouvaitètredénuée da réalité historique (1). n C'est très-drôle; mais c'est comme ça.) «Jésusrenohérissaat > encore : a Ouî^ oui..* celui quimaage ma ehair et qui » Jboit mon sang, demeure en moi et moien lui. Comme » je VIS par le Père qui m'a envoyé, ainsi celui qui me 9 mange vitpar moi.,. > Une telle oI)stination dans leparadoxe, révolta plusieurs disciples. » — Vous croyez que Jésus va s'expliquer : Âh ! bien, oui. — « Jésus ne se rétracta pas..». Les douze restèreat fidèles, malgré cette prédication bizarre, »
a II est probable que, dès lors, dans les repas cornnuins de la secte » (Usez TEglise), « s'était établi quelque Usage» analogue... vi II est probables^ (que le bon Dieu vous bénisse avec vos probabilités enragées), il est probable que c'était là une de ses habitudes, et qu'à ce moment» (le moment du diner), il était particulièrement aimable et attendri.. • la présence du p(ûs6on sur la table (iodice frappant qui prouve que le xite prit naissance sur le bord ^ lac de Tibériade), voyez Matthieu, Marc et Luc**.
(Je veux être mangé vif si Matthieu, Marc et Luc parlent d'autre chose que de l'agneau pascal, à l'occar sion de la Cène; mais le besoin d'une note se faisait
0) P* •oâ.
généralement sentir ; note destinée à nous apprendre que c'était <x dans le bassin du lac de Tibériade qu'on mangeait le plus de poisson, p Ce qui prouve viclorieusemenl, qu'il y en avait sur la table, dans le Cénacle, à Jérusalem, distante de cent lieues! Il y a de quoi devenir crétin, à vous lire !) ' ... «La présence du poisson sur la table fut ellemême presque sacramentelle, et devint une partie nécessaire des images qu'on se fît du festin sacré. » 0 quintessence de l'ignorance I dire qu'à votre âge, vous ne savez pas quel était le sens symbolique de l'anagramme î/.Ouç! C'était bien la peine de voyager aux frais de TÉtat I Les petits enfants apprennent cela au catéchisme ! Mais suivons :
A dîner, le maître avait une conversation «pleine de gaieté.» Jésus aimait cet instant... la participation au même pain était considérée comme une espèce de communion... le maître usait alors de termes,., qui furent pris plus tard avec une littéralité effrénée. Jésus est à la fois très-idéaliste dans les conceptions et trèsmatérialiste dans l'expression. »
Voilà la mise en scène , le lecteur est parfaitement T[)réparé : Le charmant Jésus, tout réjoui et fort gai, disant des mots pleins de fin»î ironie et faisant les frais de la conversation, au milieu des douze grossiers personnages qu'il a , faute de mieux, choisis pour ses
D'Ulf NOMMÉ JÉSUS. i57
apôtres, avait donc Thabilude, au dessert, de rabâcher toujours à peu près la même chose, pour varier ses discours; et de les assaisonner de la fine plaisanterie suivante. — PasunÉvangéliste n'en parle; mais ce n'en est que plus certain : On sera sûr, cette fois, qu'il n'y a pas d'interpolation. — Il disait donc à ses disciples : je sois votre nourriture, phrase qui tournée en slyle figuré, devenait : ma chair est voire pain, mon sang est votre breuvage. Puis les habitudes de langage » (c'est diabolique les habitudes) «l'emportaient plus loin encore. A table, montrant l'aliment » (le poisson, Bans doute), «il disait : me voici tenant le pain : ceci est mon corps; tenant le vin : ceci est mon sang; toutes manières de parler... » (i) pleines de bonnes grâces et de sel ; mais, comme vous dites en terminant, c'est a impossible de traduire cela dans notre idiome D (2).
Vous l'avez cependant joliment réussie, TOtre traduction.
Eh bien ! mon beau docteur, je vous affirme, sur mon âme et conscience, que si j'avais l'inestimable honneur de m'asseoir à voire table, et si vous saupoudriez habituellement vos repas de cet agréable calembour, dussiez- vous me le faire en hébreu ou en sans-
(1) P. 3»4. — (2) P. toc
f5$ I^ETTHeS «UR/IA VIE
erit, je préfèrecais loangep moa piân sec^ omaètsu^ r^ster.à^euQy plutôt que d'avaler yob 69<uinoii6^ ^m huîtres^ ^3ai60uné$ dHioepareâle ^\m; et j e cr^ Se^ mementqud votre Hilidlyqoij^^a^tikMi&^EidepDOÔler dabénéûce du divorce^ si jfta femme ne lui fditp«s bte9 la cuisine, auraitt ^ub aucun douta, atutorieé la femm à divorcer pour son cowpte,fii elle ^ût dû diner en (XWr paguie d'un pareil mari. Je ne doute pas un initant de Tamour coi^ugal de HMLdame Re^an, non plu8 que de l'amour filial de vos enfants^ M tant est qae v<m$ soyez père de famille ; mais essayes , seulement p^i» dant quinze jours, de leur dire, en montrant les sepv dines <mi les anchois : ceci est nxHi corps; et «a lear versant même 4uChi(eau-Lafl(te : ceci est moasafg* et vous verrez la belle grimace que fera épanouir «^te spiritudle plaisanterie mx leur gracieux visage; et bî vous la répétez durant un mois, je veux cesser de m'^ peler Jean Loyseau, s'ils* ne f<tf*mulent,pas contre vous une demande en interdiction, ou une requête en sé^ ration de corps, par^devant MM« les président et juges composant le tribunal de première instance du dépar* tement de la Seine.
Allons donc, farceur que vous êtes, si votre Jés«$ est rhabile homme que vous dites, pourquoi le trans^ formez-vous, sans besoin, en un massif imbécile, s'amusant à perdre ses disciples po\ir le plaisir de leur
d'un komvs jé^us. i59
faire avaler un niais calembour? Vous l'abaissez jusqu'à jouer le rôle d'un hypocrite infâme, pour accroitjpe sasecte;et^ deux pages après, voilà que vous kû faites ouu^omettre tous ses succès pour le plat div^rtisse^ ment de faire un f^ jeu de mots. Laissez-^nous doiic ^anjqpiilles, Pierre-liiichel Vinlras ue serait pas si bête que cela.
Non, non, mon beau philosophe, quand on sent la mort à la porte> on n'a pas envie de rire, même quand on n'est qu'un coquin vulgaire. Je ne puis, à plus forte raison, admettre qu'une pareille chose soit possible, quand il s'agit de l'Être que j'adore comme un Dieu. Je vous porte le déû éternel de trouver, dans les Évasr giles, un seul mot qui autorise votre supposition nauséabonde. Vous ne pouvez être assez ignorant pour avoir oublié à quel moment suprême fui instituée l'Eucharistie. Vous savez, comme moi, que ce fut après que le Sauveur, connaissant qu'il allait bientôt mourir, ^ut alarmé à ses disciples que, désormais, il m leur parlerait plus en paraboles ; ce^ fut , dis-je, après cette protestation sacrée, qu'il daigna consacrer pour les apôtres le sacrement de son amour, et formuler le rite auguste, destiné à en perpétuer, ici-bas, la présence et la durée. Quant à vous, croyez-en ce que bon vous semble; si vous pensez qu'une friture de goujons de la Seine sufiBse à l'alimentation de votre âme, grand
i60 LETTRES SUR LA TIE
bien vous fasse ; mais nous, qui sommes chrétiens, noué osonS croire que nous avons besoin d'associer notre vie immortelle à la vie d'un Dieu. Communiez aux carpes et aux écrevisses tant que vous voudrez, si telle est votre dévotion sublime ; pour nous, qui savons que l'homme ne vit pas de pain seul, ni même de charcuterie, nous nous rirons de votre grosse joie . comme de votre splendide ignorance, et nous continuerons à participer au banquet divin, dressé par le Christ et servi par son Église. Nous sommes les fils de ceux qui, plutôt que de s'en priver, choisissaient de subir le plus âpre martyre ; et si je me suis vu contraint à vous parler de ces choses, c'a été avec la répugnance qu'éprouverait n'importe qui de se voir contraint, pour se délivrer de l'obsession de certains tires, à s'en débarrasser en leur jetant des perles.
La comparaison n'est pas de moi, mais de saint Alexandre I*^, pape et martyr, et fut employée en semblable circonstance. Si, par malheur, vous la trouviez peu polie, vous aurez la bonté de vous en plaindre à lui.
d'un nommé JÉSUS. 161
LETTRE Xm\
Votre XIX* chapitre porte un titre bien spirituel : c Progression croissante cT enthousiasme et d'exalta^ ti(mi> (i). Si votre exaltation et voire enthousiasme n'ont pas atteint leurs dernières limites, nous pouvons nous attendre à quelque chose de beau.
Vous vous exaltei:, en effet, dès la première page, jusqu'à nous apprendre que, dans la secte chrétienne, fondée par Jésus, a la propriété était interdite (2), » et, pourpreuve, vous nous renvoyez à saint Luc, ce grand communiste^ que vous ne comprendrez peut-être pas assez pour pouvoir apprécier la doctrine suivante, qui est la sienne : « Prêtez sans intérêt, et soyez bienfaisants (3); » < faites Taumône (4); d < quand vous donnez un festin, appelez-y les pauvres {5).jo Toutes ces choses se trouvent dans le troisième Évangile, ne vous déplaise, ainsi que l'histoire de Zachée, et encore celle de la pauvre veuve, ce qui semble indiquer que la propriété n'était pas tout à fait prohibée, puisque l'aumône était recommandée à cette secte naissante, dont le fondateur lai-même avait un caissier.
Mais ce sont là de pures vétilles : prêter à l'Évan-
(1)P. 307. — (2) Id. — (3) Luc, VI, 35. — (4)xi,42. — W XIV, 13.
162 LETTRE» SUR LA TIJl
gile votre style et vos appréciations est un moyen si honnête et si facile de Uii foire dire tant de sottises, que vous ne pouviez décemment vous en priver- Jésus, dans la nouvelle période où vous le feites entrer, et que vous avez inventée, grâce à Dieu, à soa bénéfice, ne sera plus désormais « le fin et joyeux moraliste des premiers jours (1). » Voilà qu'il a jeté au loin son chalumeau et sa houlette ; ses lèvres se sont pinces, son front s*«st assombri, 1^ fumées du premier succès lui ont monté à ht tète, comme il arrive à un auteur qui a bien vendu la première éditicm de son livre. Il va se mettre à tout c briser, » même « h vie. » « Le chrétien sera loué d'être mauvais fib, mauvais patriote... (2] b Jésus a des tentations de soir dde (3), c parfois on eût dit que sa raison se tnMSr blait (4). D < Il ne souffrait aueune opposition, .«. ai douceur semblait l'avoir abandonné; il était quelque?tom rude et bizarre... Tobstacle l'irritait.^. Sa notioii de Fils de Dieu se troaMàit et s'exagérait. La loi kiaM qui condamne Tidée à 4éc^ir dès qu'elle cherdie S. convertir les hommes, s'ajitpliquait ^à lui. Les homarai^ en le touchant, rabaissaient à leur niv^ru««« Il était temps que la.mort vinrt déimueruôe situation leodue àrexiiès'(5);ï^ : • - ..(1) p. 31^. — (a) Pî3U, — (3), F, ôii. — (4) P. m* -
(5) p. 320 passim. . .
d'un nommé JÉSUS. 163
Ainsi^ voilà Jésus condanmé à mourir, même par vous : le roman marche.
C'est de cette sorte que fiait le chq)itre Progression croissante d'Enthousiasme et d'Exaltation. — C'est Inen curieux que jamais personne n*ait^ avant vous, découvert rien de cela dans l'Évangile i
Il est des choses qu'on ne réfute pas; on les cite, et un sourire en fait justice. S'il germait dans le cerveau d'un historien imbécile le dessein de faire passer Alexandre le Grand pour un lâche, Charlemagne pour un empereur détrôné, Racine pour un comédien insipide, Molière pour un tragique malheureux, ou vous-même pour un philosophe sensé, je ne pense pas que personne s'amusât à rectifier la biographie uni* versellement connue de tous ces héros calomniés. Ba* ver sur l'Evangile peut être pUis impie, mais ce n'est pas plus absurde, et je ne crois pas que vous ayez^ sur ce point, l'honneur de vous voir réfuter par personne; de même que vous n'avez pas, )e suppose, celui d'avoir un grand nombre de devanciers.
Vous êtes littérateur et romancier; et, comme td, esclave de la phrase et de la situation que vous créez bénévolement à vos héros. Votre roman se divise en trois parties : L'Arioste n'avait inventé que le Roland amoureux et le Roland furieux; vous avez su enchérir en syoutant le type du faussaire. Grâce à vous, nous
aurons la trilogie complète. Le nombre trois est parfait, et, par vos soins, le nommé Jésus deviendra, tour à tour, le héros champêtre, le héros hypocrite, et le héros enragé. Nous avons vu le premier jouer de la flûte à la Tircis, pour appeler les poissons dans les filets de Pierre; chanter la petite chanson après boire, et, que sait-on? danser, peut-être, au bal de noces d'une demoiselle quelconque delà ville de Cana. Nous avons assisté à la transformation du pastoureau candide , et nous l'avons vu changer son chapeau enguirlandé de roses et sa houlette, contre le bonnet pointu du magicien et les gobelets du prestidigitateur; encore un peu, nous allons voir le troisième acte de la pièce, et contempler Tex-berger avec Tex-sorcier pliant bagage, et jouant le rôle complémentaire de fou, et de fou furieux; ce qui ne l'empêchera pas d'être toujours un bien grand homme, et le plus sublime réformateur du genre humain.
S'il est une chose notoire et certaine pour quiconque a lu, même très-superficiellement, les narrations évangéliques, c'est que la personne adorable de N.-S. J.-C. porte le caractère le plus frappant de simphcité et d'unité. Plein de douceur dans son berceau et plein de douceur au Calvaire ; toujours bon, compatissant, rempli de miséricorde et de mansuétude avec les humbles et les pécheurs repentants , avec Marie-
d'un nommé Jésus. 165
Magdeleiae comme avec le larron sur la croix ; toujours sévère etimplacable pour l'orgueil et l'hypocrisie, envers les pharisiens et les scribes de Galilée, comme envers les scribes et les pharisiens de Bethléem, toujours aspirant après l'heure du martyre, sur les bords du lac de Tibériade comme dans les douces confidences du Cénacle; non pas, certes, pour faire triompher une idée philosophique transcendante, et devenir le précurseur d'un Renan quelconque ; non pour chercher sa propre gloire, mais uniquement pour glorifier son Père, et racheter le monde corrompu, sans excepter ni vous, ni moi.
Qu'il se soit trompé ou non ; j'ai là-dessus ma doctrine, comme vous avez votre système. Je ne prétends pas vous chicaner, même sur des opinions insensées; mais le point où ma conscience se révolte et crie, c'est celui où je vous vois, trahissant la vérité avec le cynisme le plus impudent, et affichant une effronterie sans exemple, briser l'indissoluble unité du caractère humain du Christ; et, pour satisfaire aux exigences d'un plan ridicule, disposer en maître absolu de la chronologie et des faits, et soutenir la plus impertinente des thèses avec la plus impertinente des effronteries.
Vous avez donc lu, je suppose, avec une demiattention, les quatre Evangélistes; et, sans aucune pudeur, comme sans aucun égard pour l'ordre. des
temps et des événements, vous avez noté les faits et gestes de J.-C. selon vos petites idées préconçues; triant les douces paraboles pour en orner la figure de l'aimable maître du village; réservant l'épisode des miracles, pour le fin homme du monde; et cotant les invectives, pour les appliquer au forcené des derniers temps.
€ette méthode peut n'être pas dénuée d'habileté; mais elle décèle un homme habitué à employer de tristes moyens pour soutenir de tristes théories.
Que diriez-vous, je vous prie, d'un historien, lequel voulantimposeràlacrédulité publique une vie deNapoléonie son invention, et tracer la marche des idées de son héros au gré de ses propres caprices, placerait l'épisode de Waterloo avant celui d'Austerlitz, et le siège de Toulon après l'exil de Sainte-Hélène? Or, telle est la méthode d'après laquelle vous écrivez l'histoire. D'autres la qualifieront comme il leur plaira; pour moi, je crois être modéré en l'appelant un faux.
Quoi que vous en disiez, Jésus a fait des miracles pendant tout le temps de sa vie publique, à commencer par Gana, en Galilée, et en finissant au Calvaire. Vous pouvez les nier, mais vous devez les connaître. Jésus a prêché le renoncement la première fois qu'il ourat la bouche, et déclaré bienheureux ceux qui souffraient persécution pour la justice, et ceux qui avaient l'es-
d'^n iraMMÉ jrÉsus. 167
prit de paurreté, lors de ses premiers sennons sur la montagne; Jésus a prononcé Tanathènie contre toutesles kypocrisies, dès le premier jour de son divin apostolat ; etadmettre dans sa vieet dans sa pensée des variations pareilles à celles que vous prenez la peine d'inventer, (fest pousser Taudace de la calomnie jusqu'à des limites qui eussent répugné aux consciences les moins délieates.
Cette observation pourra avoir le malheur de vous déplaire ; mais cela ressort tellement de toutes les piges de votre livre, que je crois pouvoir me dispenser d'en fournir ici la moindre preuve. Votre masque est si mal attaché qu'il tombe tout seul. Votre Evangile sne la fausseté par tous les pores; les virgules et les pcânts sent^at le sophisme.
De là; ces contradictions sans nombre, et si fatigantes par leur retour monotone ; de là, ces falsificatiens de textes, sans vergogne et n^ème sans art; de là, ces citations qui retombent sur votre nez, comme tout ce qui est maladroitement jeté en Tair. C'est aùisi, par exemple, qu'à la page 321, vous affirmez que a dans les premiers temps de sa carrière, Jésus ne rencontra pas, ce semble, d'opposition sérieuse. » n était dans sa chère Galilée, qui le portait, comme on sait, sur le pavois; et, deux pages plus loin, voici que vous nous attestez que : a dans cette même Galilée^
il s'en fallait que Taccueil fait i sa doctrine fût également bienveillant (i). »
C'est ainsi, qu'à cette même page 331 , vous nous renvoyez à saint Marc, pour nous prouver que a sa prédication n'eut d'éclat que dans un cercle de personnes assez restreint, » et, si j'ouvre saint Marc, à l'endroit cité, j'y lis que «Jésus élait suivi par une grande foule qui venait de Galilée, et de Judée, et de Jérusalem, et de ridumée, et d'au delà du Jourdain, et du pays de Tyr, et de celui de Sidon (2). ^
C'est ainsi que, toujours à la même page 321, vous nous dites que a plusieurs fois il fut obligé de se cacher et de fuir, » et vous appuyez cette assertion sur le même texte qui m'apprend que Jésus vivait au milieu de toute cette foule, sur les rives du lac de Tibériade. Mais comme il devait donc être bien caché parmi tout ce monde I Quand vous allez au Collège de France, faire votre beau cours d'hébreu, devant un nombreux auditoire, vous vous croyez donc si bien caché que les agents de police auraient perdu votre piste, si, ce qu'à Dieu ne plaise 1 ils avaient reçu l'ordre de vous saisir?
Et toutes ces énormités dans une pauvre petite demi-page de douze lignes, contenant, chacune, une moyenne de huit mots !
(i) P. 8i2. — (î) Marc, m, 1, suiv.
d'un nommé Jésus.
C'est bien le cas de dire ce que votre ami disait àmns le Figaro, en parlant du savant Jésuite : « M.Renan nous prend-il pour des oies ? » Et nous, vos lecteurs, prétendez- vous donc, qu'après tant de peccadilles, nous vous prenions pour un aigle? Ce serait, en vérité, nous demander beaucoup.
En tout cas, si vous êtes un aigle, votre plumage n'y ressemble guère. Je vous jure, qu'il faut du courage pour suivre votre poëme héroïco-comique; et que, devant cette nuée de sauterelles d'impiétés et d'erreurs, la patience manque souvent pour les écraser.
Enfin, passons par-dessus nos répugnances et poursuivons.
Nous sommes donc dans le Jésus charlatan, et voici que nous apprenons de vous, non sans surprise, qu'il ne faisait pas ses tours de passe-passe pour le premier venu. Il n'exposait pas son savoir faire thaumalurgique aux gens habiles; mais, au contraire, « il n'aspirait à gagner que le peuple et garda pour les simples des moyens bons pour eux seuls (1) : » et, comme « le pays » des simples « était loin de convoler tout entier au royaume de Dieu (2), «> « l'amertume et le reproche se faisaient de plus en plus jour en son cœur (3). » Pareil à Lamennais, il entrait alors dans des accès de a la colère la plus effrénée (A) ; » et « devenait intraitable