Id. note
d'un nommé Jésus. 213
prouve peu; mais il y a une note, grâce à Dieu! « La circonstance, Luc, xxiii, 27-31, est de celles où l'on sent le travail d'une imagination pieuse et attendrie. Les paroles qu'on y prête à Jésus n'ont pu être écrites qu'après le siège de Jérusalem (1). » Merci, mille fois ; je commençais à m'effrayer.
a Et ils lui donnèrent du Ce qui semble indiquer vin avec de la myrrhe, et il qu*on avait , par cruauté , refusa d'en boire (2). » ajouté du fiel, ou remplacé
« Et ils lui donnèrent du la myrrhe par du fiel. La note vin mêlé de fiel, et Tayant ne va pas manquer de nous
Î^oûté, il refusa d'en boire apprendre que : a Matthieu 3). )» fausse ce détail, pour obte-
nir une allusion messianique (4). » (Page 419.) Quand ie Tavais dit que vous y étiez !
« 11 paraît que les deux (un goût bien bizarre), «pour voleurs crucifiés à ses côtés la conversion des pécheurs, rinsultaient aussi (5), a ici modifié la tradi -
Voyons la note bénie. tion (6). » « Luc, suivant son goût »
En effet, il est inadmissible qu'il ait commencé par
blasphémer, et se soit converti un peu plus tard. Quelle
singulière manie il a, ce saint Luc, de vouloir que
les pécheurs se convertissent !
« CTest celui qui Ta vu qui a On crut voir couler du en rend témoignage: et son sang et de Teau... Jean prétémoignage est véritable tend l'avoir vu (8) . » Ce n'est (7). )» pas probable, ce n'est que
saint Jean qui l'a vu.
(1) P. 418, note. — (2) Marc, xv, 28. — (8) Matth. xxvn, 84. — (4) P. 419. — (5) P. 424. — (6) Id. note. — (7) Jean, xix, 85. — (8) P. 428.
2i4 LETTRES SUR LA VIE
c< Les princes des prê- Tr. R. : Il est douteux très, avec les pharisiens, que les juifs fussent dès lors s'assemblèrent ; et ayant été préoccupés de la crainte que trouver Pilate lui dirent : Jésus ne passât pour res- Seigneur, nous nous som- suscité (2). i» mes souvenus que ce séducteur, pendant qu'il vivait, a dit qu'il ressusciterait après trois jours. Ordonnez donc que I on garde son sépulcre jusqu'au troisième jour... {{) »
La note dit qu'on a exagéré les précautions prises par les Juifs, pour les a besoins de rargumentation chrétienne (3). » Ce qu'il y a d'impayable, c'est que les Juifs eux-mêmes ne le nient pas; mais M. Renan est plus Juif que les Juifs.
Personne n'ignore que Jésus, après sa résurrection, apparut à saint Pierre, à ses apôtres réunis, aux disciples d'Emmaûs, etc. Nous ne citons aucun texte en preuve, parce que les faits sont trop connus. M. Renan ose dire : a Marie de Magdala est le seul témoin primitif delà résurrection (4). » Ahl c'est qu'aussi elle avait une « forte imagination, >• ayant été, dit facétieusement la note, « possédée de sept démons (5). »
Je ne puis résister à la joie de signaler le raisonnement de l'auteur au sujet de la résurrection de N. S.
(1) Matth. ixvii, 72. — (2) P. 4«9. — (3) Id. — (4) P. 434. (5) M.
d'un wommé Jésus. 215
n se demande si le récit des apôtres est vrai, et s'il faut admettre que le corps de Jésus fut enlevé ; ou, encore, si cette opinion est le fruit d'un a enthousiasaft crédule ; » et il conclut ainsi : a C'est ce que, faute de documents contradictoires, nous ignorerons à jamais (i). 9
C'est absolument comme si Ton demandait : a Napoléon revint-il de l'île dTElbe? Tous ses contempo^ rains l'affirment; mais comme personne ne contredit ce point d'histoire, c'est ce que nous ignorerons à jamais, p
Dire que c'est à M. Renan que l'on doit un pareil aveu!
Et dire qu'un homme qui écrit peut poser en principe qu'un fait n'est certain que quand il rencontre des contradicteurs! Jamais savetier ne fit imprimer de telles sottises.
Renan : « Cent ans au II faut être ignorant moins devaient au moins comme une carpe pour ne s'écouler avant que le nom » pas savoir que saint Paul y de Jésus ne fût porté en prêcha, et que saint Jae- Espagne (2). ques y mourut ; et que le
tombeau de ce dernier apôtre se trouve à Composteile.
«( Judas s*enallaet se pen- Trad. R. : a Selon une dit (3). p tradition Judas se tua (4). »
Bon! c'est à peu près*
0)P. 4S4. — (2) P. «S7. —(3) Matth. «vu, 5. — (4) P. 438.
a Judas s*étant pendu^ son corps se rompit; et ses entrailles tombèrent par terre (1). »
Trad. R. : <( Selon une autre tradition^ il fit dans son champ une chute, par suite de laquelle ses entrailles se répandirent à terre. »
Voir Act. I; 18 (2). (C'est justement le texte précité.) Quelle chute étrange!
« Selon d*autres^ il mourut d'une sorte d*hydro- Sisie. » Voir Papias (3). — [erci, j'en ai assez.
a C'était pendant l'heure Trad. R. : a Quand on le de tierce (4) (de 9 à midi) condamna^ il était environ qu'ils le crucifièrent. )» midi (6). y>
« Jésus fut condamné vers l'heure de sexte» (commençant à midi) (5).
La note ajoute : a d'après Marc, il n'eût guère été que huit heures du matin, puisque, selon cet évangéliste, Jésus fut crucifié à neuf heures (7).» Il me semble qu'il n'est pas nécessaire de conndtre le sanscrit pour comprendre que les heures hébraïques étant de plusieurs heures chacune, quand saint Marc dit : C'était pendant l'heure de tierce, il ne contredit pas saint Jean, affirmant que c'était vers l'heure de sexte. C'est absolument comme si l'on disait chez nous : Il est 11 heures I, ou environ midi. Ah I si vos contradictions pouvaient s'expliquer comme les divergences apparentes des Évangiles 1
(1) Luc, act. 1, 18. — (2) P. 438. — (3) Id. — (4) Marc, xv, «8. — (5) Jean, m, 14. — (6) P. 415. — (7) P. 415.
Nous nous arrêtons ici, non faute de matière ; mais par dégoût et par ennui. C'est un métier repoussant que celui de signaler la mauvaise foi d'un de ses semblables, n faut du courage pour lire tout un volume dont pas une seule page n*est exempte de semblables énormités; on voudrait pouvoir croire à Tignorance ou à la folie , ce serait moins dégradant. Tout ce qu'il y a de sentiments honnêtes dans le cœur se révolte à la lecture de ces pièges grossiers, tendus à la crédulité publique^ avec une ruse de mauvais aloi et une maladresse dont on ne soupçonnerait pas même un écolier capable. Il faut bien mépriser ses lecteurs pour leur jeter un pareil appât, et supposer qu'ils s'y laisseront prendre.
Jamais un vrai savant, fût-il outrageusement impie, tfeût osé ourdir un pareil tissu de contradictions et d'inexactitudes volontaires. L'homme au cœur le plus haineux, à l'âme la plus irritée contre Jésus et son Église, n'aurait pas poussé l'audace jusqu'à maltraiter ainsi l'histoire et le bon sens, ni jusqu'à travestir les faits avec un tel cynisme, s'il n'eût, en outre, été doué, à un ineffable degré, d'ignorance et d'impudeur.
Nous ne savons quelles peuvent être vos connaissances, M. Renan, soit en matière d'histoire, soit en matière de linguistique, soit même en matière de philosophie ; mais nous sommes certain que celui qui peut
faire mentir le français et le latin, doit savoir faire mentir, de même, et le grec et l'hébreu. Nous ne sommes pas prophète, mais nous avons la certitude absolue que les docteurs protestants d'Allemagne, qui sans doute sont dans le faux ; mais qui, du moins, savent quelque chose, vont bientôt immoler cette œuvre stupide autant qu'impure, et lui envoyer avant peu rhommage de leurs sifflets et de leur mépris, avec une splendide unanimité. Quoiqu'on soit frères en erreur, il est trop humiliant de marcher, fût-ce dans les ténèbres du scepticisme, côte à côte avec certaines gens. Il est tels écoliers qui peuvent déshonorer même de méchants n^aîtres. Les rêveurs d'outre-Rhin auront, je pense, assez de vergogne pour répudier un aussi compromettant disciple.
Après avoir contristé l'âme de nos lecteurs par le spectacle de cette ignoble comédie, et leur avoir montré jusqu'à quel degré de bassesse et de platitude peut faire descendre la brûlante rancune, dans le cœur d'un renégat, nous ne voulons pas terminer cette analyse affligeante sans apprendre, à ceux qui Tî^orent, un fait, déjà notoire, et qui, si nous sommes bien renseigné, n'est pas un fait isolé.
Une de nos célébrités littéraires se sentait mourir. Sur son lit de mort, il voulut se faire lire tout entière la Vie de Jésus par M. Renan ; après quoi, il demanda
qu'on lui fit également la lecture des quatre Évangiles. Cet homme n'avait ni vécu, ni écrit, ni pensé en chrétien ; mais, frappé de l'éclat résultant de ce glorieux contraste, il s'écria, comme ébloui de la splendeur d'une illumination soudaine : Là, je n'ai trouvé que sophisme , contradiction , mensonge ; ici , je vois la simplicité, l'unité, la candeur. C'est donc ici et non pas là que se trouvent la vérité et la vie. M. Renan m'a converti : qu'on aille me chercher un prêtre, je veux mourir chrétien.
Et l'on dit qu'à son convoi funèbre marchaient, côte à côte, dans le cortège, le célèbre professeur à l'École de France, et le pauvre religieux qui avaient, chacun à leur manière, travaillé à ouvrir au publiciste repentant les portes éternelles de Ja patrie.
L'un se demandait, je pense, pourquoi il était venu rendre cet honneur à un corps dont la vie était irrévocablement éteinte; mais l'autre, certainement, bénissait Dieu d'avoir, dans sa miséricorde suprême, rappelé l'âme d'une de ses brebis errantes, au saint baiser de la réconciUation paternelle et aux pures et chastes délices de Timmorlalité.