‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 43 sur 180 · LETTHES SUR LA VIE · texte numérisé non relu

LETTHES SUR LA VIE

certaines de vos pages, sourîpe de vos contradictions et de vos étranges méprises; j'ai pu, dans quel(iues autres, éprouver un mouvement d'iïidignation et de dégoût à la lecture d'un Evangile nouveau, qu'on dirait avoir été trac^par lamain de Judas. Mais Dieu m'est témoin que le seul sentiment qu'ait pour vous éprouvé mon cœur, a été celui d'une compassion profonde. Dans rame d'un chrétien, il n'y a de place ni. pour la haine Jii pour le mépris. Votre livre> quoiqu'ifsoit entièrement dépourvu de critique et vide de science, n'en est pas moins, dans ses conclusions, le dernier mot de la philosophie moderne, et, comme tel, il ne manque pas d'une certaine valeur dans le domaine de l'histoire contemporaine. Aux siècles que vous méprisez, semblables puérilités n'eussent pas trouvé d'écho. C'est un thermomètre de nouvelle invention, plongé au sein d'une société glacée, et dont le mercure ne s'/élève pas même tout à fait à zéro.

Vous avez bien compris votre temps, et le milieu dans lequel vous vivez. Une oeuvre mauvaise, mais sérieuse, n'eût pas trouvé dix lecteurs; il fallait à ce monde-ci un rêve ; et vous nous l'avez donné. Vous eussiez pu, toutefois, essayer de le donner plus décent; mais vous n'ignoriez pas que, pour plusieurs, l'impudeur n'était qu'un stimulant de plus. Il était un calvaire sur lequel Jésus-Christ n'avait pas été conduit

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encore. Les bourreaux de Golgotha ne Pavaient pas, du moins, insulté jusqu'au point de l'appeler philosophe. Il lui manquait la grande humiliation de se voir placer dans les rangs de votre philosophie, avec un grade supérieur. La société des larrons, crucifiés à ses côtés, devait lui sembler plus honorable et plus consolante ; mais de cette épreuve, comme des autres, nous savons qu'il sortira vainqueur.

Malgré votre peu de science, vous n'en représentez pas moins, d'une manière fidèle, l'un des camps qui se trouvent en présence dans le champ clos de ce siècle. Vous tendez à jouer le rôle de Goliath, brandissant son épée contre Tarmée d'Israël; mais votre épée n'est qu'un fourreau, et David n'y trouverait pas même une ressource pour vous couper la tête. Ce en quoi vous rendez principalement service à l'Église, c'est en constatant, par l'exhibition de votre personne, quelle est la taille des Goliaths de ce temps-ci. L'honneur de la victoire, pour nous, en sera peutêtre moindre ; mais, enfin, il faut se contenter de ce qu'on a.

Étrange espèce que la vôtre ! au sein de richesses

infinies, vous vivez dans l'indigence la plus profonde ;

et sans y toucher jamais vous passez et repassez, à

toute heure, dans la salle où est servi le plus splen-

dide banquet. On dirait que la vue vous manque ; et que

VOUS n'avez pas même conservé le flair. Adorateurs de la forme, vous professez le plus ample mépris pour la substance des êtres ; et si vous aviez malheureusement découvert quelque chose au delà du peutêtre, vous vous réputeriez à jamais perdu de réputation auprès de vos pareils. Les gens qui ont trouvé ce qu'ils cherchaient, vous sont insupportables ; et quand vous les voyez à table, participant en commun au royal festin, vous vous essoufflez à leur prouver qu'ils doivent avoir faim encore, et que leur repas n'était qu'une ombre. Et, pour comble de ridicule , votis venez nous inviter à dîner avec vous.

Eh quoi ! votre table est-elle donc si bien servie que vous pensiez nous séduire par la suave odeur des mets?

Que nous offrez-vous, je vous prie, sinon des principes empaillés, et des vases vides. Le couteau s'enfonce dans des étoupes ; et il faut, quand on les a approchées de vos calices, se hâter d'aller essuyer ses lèvres.

Rien, chez vous, n'a ni mouvement, ni réalité, ni vie; votre programme est de ne marcher vers aucun but ; votre credo^ de siffler tout ce qui affirme ; votre méthode, de creuser la terre, sans même porter avec vous une lampe de mineur. Les taupes trouvent, au moins, dans leurs tanières, un abri contre la pluie, et quelques racines pour se nourrir.

Là où nous demandons une addition^ vous nous chantez une romance ; vous nous donnez une idylle, quand nous exigeons une preuve; et lorsque nous avons besoin d'histoire, vous nous servez un roman.

Je ne conteste pas les charmes de votre prose; mais j'aimerais à ne pas vous voir poser un pied impertinent dans la maison d'autrui. Si le christianisme vous gêne, que ne le laissez-vous en paix? Et si l'Évangile ne vous va pas, ce n'est pas une raison pour le tourner en madrigal. Puisque vous n'allez plus avec Jésus , pourquoi faire semblant d'appartenir à son armée? Si vous nous eussiez donné la monographie d'unpersonnage imaginaire, personne n'eût crié au scandale; mais quand vous venez, avec un air tendre et protecteur, proposer à des enfants qui croient la connaître, de leur refaire l'histoire de leur famille, et leur confectionner une généalogie de votre cru, en commençant par transformer en coquin sans vergogne le divin auteur de leur antique lignage, vous m'avouerez que le procédé est un peu trop sans gène.

Et encore, si vous aviez conservé la pudeur de ne pas vous faufiler dans nos rangs, on pourrait vous subir avec un dédaigneux silence ; mais quand vous venez nous saluer de cette sentence effrontée : Votre famille descend d'un habile faussaire, et j'en suis; nous avons bien le droit, nous, de vous mettre à la porte.

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