‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 44 sur 180 · LETTRES SUR LA YIB · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LA YIB

et de vous répondre : Mailre, dans les veines de notre race circule le sang d'un Dieu, et vous n'en êtes plus.

Quand on s'attribue indûment une décoration, ou un titre, on s'expose à se faire intenter un procès par les intéressés, ou à se créer des diflBcultés avec la police. Or, comme la police n'a pas mission pour sauve-? garder l'honneur de la famille chrétienne, vous ne trouverez pas mauvais qu'avec tout le respect qui vous est dû, nous vous priions de ne pas prendre nos armes sur votre sceau, ni signer notre nom sur vos œuvres.

Vous î plus chrétien que saint Jean Chrysostome et saint Thomas d'Aquin (1)! Allons donc! Vous êtes moins chrétien que Ponce-Pilate et Judas. Celui-ci, du moins, après la mort de Jésus, n'insulta pas son maître , et se pendit sans rien dire ; et celui-là prit des précautions pour qu'on ne violât pas son tombeau.

Jésus, quoi que vous en disiez, fut un divin architecte. Gomment! vous l'entendez formuleras noms de la Trinité sainte; exposer, magnifiquement, le mystère de sa Filiation suprême; annoncer la Rédemption du monde dans Tefifusion de son sang ; instituer le dogme Eucharistique, avec une précision qui donnait le vertige à Luther; créer une Église, douée du privilège de rinfaillibilité jusqu'à la consommation des siècles;

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prêcher l'éternité formidable des peines de l'enfer ; annoncer le paradis, dans la joie de Dieu même, à ceux qui croiraient en lui ; et vous avez l'audace de nous dire : < Jésus n'est pas un fondateur de dogmes, ni un faiseur de symboles (i). » Juste ciel! Mais trouvez donc, dans le symbole catholique, un mot, un seul mot, qui ne soit pas sorti de la bouche adorée du Sauveur du monde, depuis : Je crois en Dieu, qui le commence, jusqu'à : la vie éternelle, qui le finit.

Quelle étrange rancune vous pousse donc à déraisonner ainsi ? On ne peut pas vous dire, comme naguère Festus à saint Paul : c'est votre grande science qui vous fait perdre la raison. Qui, jamais, avant vous, osa quaUfîer le Sauveur des hommes du nom odieux d'anarchiste?

0 Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, ce n'était donc pas assez d'avoir payé le tribut à votre créature; d'avoir prêché la soumission aux rois; d'avoir daigné comparaître devant quatre juges iniques, et subir le luxe de quatre iniques interrogatoires; d'avoir répandu votre sang, pour rendre hommage à l'autorité des pouvoirs? Fallait-il qu'au poteau de la presse, vous fussiez attaché de nouveau ; et, comme si c'était trop peu des valets du prétoire, fallait-il tomber dans Ti-

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gnominie, jusqu'au point de vous voir jeter à la face, même le nom d'anarchiste, par la bouche d'un renégat?

Arrière, philosophes en goguette, démolisseurs universels, chancre impur et livide attaché aux flancs de la société humaine ; arrière]! C'est déjà bien assez que nous devions subir l'ennui, et les variations de vos programmes; et vous voir, de chute en chute, tomber dans les extrêmes bas-fonds du mensonge et de la folie, sans nous voir contraints de vous contempler encore, voilant votre hcmteuse nudité, et couvrant vos membres estropiés, du vêlement que nous seuls avons droit de porter. Rendez-nous, plutôt, la lanterne; mais épargnez-nous vos caresses. Nous préférons voir se redresser Téchafaud, et y marcher sous votre charitable escorte, plutôt que de subir l'affront de vous toucher la main. L'abîme qui nous sépare s'appelle l'infini ; vous êtes l'écume que le vent soulève et agite, et nous, le rocher où elle se brise toujours sans l'ébranler jamais. Vos théories sont la mare qui croupit sans issue, ne donnant naissance qu'à des vers; et nous, le miroir de l'océan qui reflète les rayons du soleil, sans altération, sans nuages, et sans mélange. Vous êtes des pygmées,et nous sommes des géants. L'enfant qui balbutie sa prière, comme un doux écho de la voix maternelle, vous domine tous

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d'une incomparable hauteur. Vous tous, réunis ensemble, n'avez pu formuler qu'un seul jnot, qui commence et finit votre chétif symbole : Nous^aoutons. Et lui, l'enfant, dans son cœur pur, et la limpidité de son intelligence, il peut dire : Je crois. Là où vous n'avez que des objections, il possède une doctrine. Là où vous marchez à tâtons dans les ténèbres, lui, contemple les splendeurs du ciel.

Nous ne voulons ni de votre progrès, ni de votre liberté, ni de votre révolution, ni de votre Évangile, ni de votre drapeau, ni de votre personne. Pour être avec nous, il faut que Ton soit nous. Nous vous tendons la main, mais nous n'accepterons pas la vôtre avant qu'elle ne soit bien lavée; et nous ne recevrons de vous le baiser fraternel, que quand le feu aura purifié vos lèvres des traces d'un autre infâme baiser; et, même de son souvenir. Nous sommes les enfants légitimes; et nous ne souffrirons pas que des bâtards sans nom tendent une main sacrilège sur le patrimoine sacré que nous ont légué nos pères.

Nous, osons exposer notre face en plein jour. Tandis que vous, lâchement et par derrière, venez essayer de lui ravir sa couronne, en rampant à son ombre, l'Église de Dieu marche, en pleine lumière, sans abaisser ses yeux sur les toiles d'araignées que vous tendez sous ses pas; de même que vous, elle se connait, elle aussi,

à ses œuvres. Malgré vous, elle continuera sa marche triomphale au travers des siècles, brisant le frein de Terreur dans la mâchoire des peuples; et libre en tout lieu, même dans un cachot, comme est libre, partout, un rayon du soleil.

Quand, à l'honneur de votre philosophie, nous aurons vu un seul de vos philosophes verser son sang, pour faire germer ses doutes; alors, nous pourrons prendre vos peut-être au sérieux ; mais aujourd'hui, en réponse à vos blasphèmes , nous sommes assez forts pour renverser d'un seul mot vos sophismes : puisque vous prétendez être chrétiens, montrez-nous donc vos martyrs.

Jésus, pour preuve de sa mission divine, a répandu son sang sur le calvaire. Des millions de martyrs, à son exemple, et pour son amour, ont, après lui, répandu leur sang, et donné leur vie en témoignage de leurs espérances et de leur foi. Nous sommes les derniers venus; mais, si on nous en demande autant, nous sommes prêts à vous l'offrir. Tel est le piédestal empourpré sur lequel la divinité du Christ repose.

Oui, ô Jésus I vous êtes vraiment le Dieu que l'humanité adore. Non pas ce dieu factice auquel, par une concession bienveillante , les docteurs du jour permettent de vivre quelques années encore.

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au bénéfice des ignorants et des petits; mais vous êtes bien le Dieu vivant et véritable, autour duquel toute âme gravite et duquel tout être intelligent vit, qu'il soit assis à votre table, et nourri de vos mystères, ou qu'il ne subsiste que des miettes de votre doctrine. Il n'est donné à aucun homme de trouver hors de vous Taliment que réclament son esprit et son cœur. Votre nom sera toujours la grande arène dans laquelle se donneront rendez-vous, la haine la plus implacable, et le plus ardent amour. De même que le juste ne pourra, sans vous, ni aimer, ni espérer, ni croire ; de même l'impie, sans vous, ne saurait qui haïr. Signe de contradiction élevé au sommet de la montagne^ les uns, par leurs hommages, et les autres, parleurs insultes, conspireront àdémontrer votre divinité. Ceux-là, prosternés à vos pieds, vous aimant comme un père ; et ceux-ci, passant sur votre calvaire pour vous blasphémer sur la croix. Pour vos enfants, vous êtes le seul adorable maître, et le seul objet redoutable à vos plus âpres ennemis. Cauchemar des pervers, et consolation des justes, aucun n'échappera jamais à vos irrésistibles attractions. Les pharisiens et les scribes hocheront la tête, Marie et saint Jean verseront des pleurs; mais tous passeront à votre ombre, et, du haut de votre croix, vous les dominerez tous.

Vous êtes la pierre angulaire de tout édifice stable ;

et la lumière qui ne s'éteindra jamais. Toute âme vous abandonnant sera frappée de mort, de même que toute société où vous n'occuperez plus la première place. Et quiconque désertera votre drapeau, vous confessera par ses ressentiments amers, comme il vous proclamait autrefois par son amour, et vous démontrailpar sa foi. Et, par un prodige qu'un Dieu seul peut accomplir, la charité qui vous dévore, débordant de votre âme divine, remplira tellement l'âme de tous ceux qui vous suivent et vous aiment, que la démonstration éternelle de vos grandeurs méconnues et de votre divinité outragée se résumera dans une aspiration suprême. Et cette aspiration, passant de votre cœur aux cœurs de vos enfants, ira répétant, avec une compassion immense, jusqu'à la fin des âges, et au bénéfice des bourreaux de tous les siècles, comme un écho du Golgotha, ce mot tombé de vos lèvres adorées : Père, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font.

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