‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 55 sur 180 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Où Jean Loyseau rappelle au R. P. Qratrj plusieurs choses et quelques principes généraux qui pourrbnt réunir Tutile à Ta* gréabie.

Aujourd'hui que ma peur est passée, j'en parle plus à mon aise, et je ris même en y songeant. On se moque volontiers de soi quand, après s'être promené dans les champs, la nuit^ au clair de lune, on a pris on tronc d'arbre pour un bandit, ou un drap de lit pour un revenant; mais les premiers jours qui ont suivi l'apparition de votre petit livre, mon Révérend Père, je vous assure que je ne riais pas.

Vous n'êtes pas pour moi un adversaire taillé sur le patron des Bar, Renan et consorts. Je vous connais et je vous aime. Il me souvient d'avoir vécu dans votre douce intimité pendant des semaines entières, tous deux sous un toit ami, où nous recevions, l'un et l'autre, une hospitalité charmante. Là, loin* des villes fiévreuses, à l'ombre de ces grands arbres qui semblaient autant de sentinelles posées pour empêcher le bruit de passer, vous travailliez,* mon Pore, à ces œuvres de saine polémique contre les vrais enne« mis de l'Église, œuvres où personne, dans ce siècle, ne vous a, peut-être, dépassé.

22 LE C«àNT DU CYGNE GALLICAN.

Moi, je vous admirais, et je vous aimais. Vous aviez la bonté d'écouter, quelquefois, le bégaiement d'un écrivain novice, et quand je réveille mes lointains souvenirs, la mémoire de ces jours me revient bien douce au cœur. Yoms aves été bon pour moi; vous avez eu l'humanité de vous entretenir avec mon trèspetit personnage ; j'avoue que je vous en suis profondénmii et mioèrestteiit obligé. Je toub êom d^arveir mieux compris, par votre exemple, quelle ûoït être la bienveillance de ceux qui sont quelque chose envers ceux qui ne sont rien ; et, me souvenant de la patience avec laquelle vous avez daigné subir la lecture de mes premiers essais, et de ces émotions à deux que nous avons ressenties, en discourant des maux de notre mère commune, la sainte Église, je me représente encore votre face loyale, où votre âme se peint, et vos regards limpides qui semblent une respiration du cœur.

Il me serait difficile de ne vous pas aimer, mon très-Révérend Père, et pour m'en empêcher, je ne ferai, croyez-le bien, nul effort. Les reproches que je vous adresse n'auront jamais d'aigreur. Je blâme et je regrette les paroles inutilement blessante^ qui, quelquefois, vous ont été lancées, et je regrette doublement, d'abord, qu'elles aient été lancées, et ensuite, qu'elles l'aient été à vous. Mais n'est-ce pas un devoir d'ami de dire la vérité à celui que l'on aime l

Si vous eussiez compris le mal que votre écrit peut faire, je suis plus que certain que vous na l'eussiez pas jeté dans le grand tourbillon de la publicité.

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