XII INTRODUCTION
une incomparable majesté^ le nouveau soleil, prophète de la religion moderne, le grand émule du grand précurseur... du grand Ormuzd.
Seulement, comme dans cette religion il ne devait pas y avoir de Dieu, on dut renoncer à y placer un Messie, et se contenter d'ouïr chanter le prophèle.
Pour apaiser les gens qui s'étaient sottement habitués à donner un objet réel à leurs croyances, le prophète leur laissa, par pure bonté, le choix d'adresser leurs hommages à l'Être suprême ou à son équivalent, dont la définition fut :
« La catégorie de l'idéal (1)..»
Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende.
11 fallait aux idées nouvelles, qui marchaient avec peine, sous leurs armures de plomb, un plus léger costume. Le prophète se chargea de s'en faire le tailleur. C'était un ingrat travail : on eût dit <( un peloton dévidé par le diable (2); » il en vint néanmoins à bout, et, le diable aidant^ il vêtit toute cette racaille à la française, leur donnant à chacune une paire de culottes, des bottes et un képi. L'étoflfe était toute neuve, mais de qualité très-inférieure, de façon qu'au plus léger coup de vent le képi s'envolait ; les bottes s'éculaient au premier pas ; et, au travers de la culotte, la chemise, dit-on, passait ; ce qui était, assurément, un spectacle bien édifiant pour les âmes pieuses !
Gela n'empêchait pas que les bons Allemands a ouvraient de grands yeux quand ils voyaient revenir leurs idées habillées par » un « tailleur de notre pays, et Je vous assure qu'ils leur trouvaient fort bonne façon (3). »
On appela ça le cinquième évangile.
C'était la gibelotte des quatre autres, avec une sauce formidablement allongée. Je vous jure.
(1) Renan, Etudes d'histoire religieuse. 5» éd., p. 419. — (i) Lettre au Figaro, v. s. — (3) Id.