INTRODUCTION. XIII
Les souhaits du patriarche bédouin furent ainsi de beaucoup dépassés. Si les morts rient^ il dut joliment rire. Dans tous les cas^ les vivants n'ayant aucune raison pour se priver de cette distraction, furent bien divertis par cette mascarade. C'était un vrai évangile de mardi gras.
Et les masques sonnaient de leurs instruments autour de la vieille Jéricho, croyant en faire tomber les murailles.
Hais les murailles ne tombent pas au son des mirlitons, même de ceux qui se vendent 7 fr, 50 c. chez le marchand.
Pour faire honneur à la prière prophétique du patriarche bédouin, il y en eut, dans Jéricho, quelques-uns qui prièrent le Renan de se tourner, afin de voir s'il avait encore sa queue.
Et, comme il ne l'avait plus, hélas! ils déclarèrent avec obstination et férocité qu'ils ne consentiraient jamais à faire couper Ta leur, disant :
« On est trop vilain comme ça. )>
D'autres, toujours suscités par le génie bédouinique, prétendaient que le Renan avait l'habitude de se parer du paletot du paon en matière scientifique ; ce qui, jusqu'à ce jour, ne s'était jamais vu chez les nabi d'aucun peuple; et ce qui n'était pas décent du tout pour le mirliton en chef de la religion nouvelle.
Ils disaient, — c'était bien ridicule, — que la bonne foi était le premier devoir d'un homme qui se respecte.
Que si ce n'est pas bien de se parer de la montre d'autrui ou de se moucher dans son foulard, ce n'est pas, non plus, très-bienséant de subtiliser ses découvertes.
Ils disaient qu'une religion qui n'aurait que de tels apôtres serait une religion d'emprunts.