‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 66 sur 180 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

et, plus tard, lorsque l'Eglise orientale serait devenue monothélite, de réaliser enfin la séparation schismatique que rêvait leur orgueil..

Le nestorianisme niait l'unité de personne en Jésus-Christ, Teutychianisme affirmait l'unité de nature; le monothélisme se substituait à ces deux erreurs, dont le Saint-Siège avait pleine connaissance, et qui, pendant longtemps, avaient déchiré TEglise; mais cette hérésie naissante, qui détruisait la perfection humaine du "Verbe incarné, se servait d'un terme nouveau jusqu'alors, le terme d'une volonté, ou une opération^ ou une seule énergie ; et, par une confusion de mots et d'idées perfide, affirmait que ce terme dont elle usait, d'une seule volonté en Jésus- Christ, avait pour but d'enlever à la personne adorable du divin Maître, l'odieux soupçon d'avoir, comme l'homme déchu, deux volontés humaines contradictoires, en lutte l'une contre l'autre ; celleci tendant au bien, celle-là tendant au mal.

Cette dernière thèse d'une seule volonté humaine parfaite en Jésus-Christ, était, du reste, entièrement orthodoxe.

Ce fut seulement lorsque la question était arrivée à ce point et conçue en ces termes, qu'elle vint à la connaissance du papeHonorius.

Il est très-digne de remarque et très-essentiel de se souvenir que la question fut déférée au Saint-Père, par l'hérétique Sergius lui-même, et il faut considérer dans quels termes cette questions fut posée.

Tout le monde est d'accord à reconnaître que la lettre de Sergius est un chef-d'œuvre d'astuce. Il parlait au

Souverain Pontife de Terreur des deux volontés hu« maines contradictoires en Jésus-Christ, suggérait que, par le terme de volonté unique on pourrait probablement contenter et concilier les deux factions encore puissantes des hérétiques antérieurement condamnés; mais que lui, Sergius, par prudence, et pour apaiser les contestations sur les termes de l'unique ou double volonté, rien, d'ailleurs, n'ayant encore été défini sur cette matière, avait cru devoir imposer silence aux deux partis, et qu'il priait le Saint-Père de vouloir bien confirmer sa décision.

Nous ne nions pas que cette lettre ne fût fort habile, et qu'en la recevant, le Pape ne dût être et ne fftt facilement surpris. Pour être Pape on n'est pas sorcier ; et le plus grand saint, comme le plus grand docteur, eût pu s'y laisser prendre.

Les gens étaient suspects ; mais Sergius ne Pétait pas plus qu'un autre ; n'ayant encore subi aucune condamnation, et manifestant des sentiments de grande soumission: envers ^autorité pontificale suprême. Honorius se trouvait donc entre deux écueils : affirmer simplement deux volontés, c'était donner au nestorianisme un prétexte pour ressusciter la thèse de deux personnes en Jésus-Christ; en proclamer une seule, c'était tomber dans l'hérésie eutychienne.

D'autre part, le Pape ignorait l'état exact de la question, ayant été mal renseigné parla lettre ambiguë de Sergius. Il dut se faire ces raisonnements, et pour éviter tout scandale, il se décida à répondre eomme il suit :

1** En Jésus-Christ, dîsaît-il, il y a deux natures qui,

Page 1