CHAPITRE CINQUIÈME
nous aurons à revenir plus tard sur tous ces faits, nous nous contenterons de vous faire observer ici que les Papes, sur ce point du silence, ne se sont pas toujours bornés à des exhortations, et que, plus d'une fois, plus d'un Pape a cru devoir imposer des ordres formels et user de son droit d'interdire la discussion sur certaines matières, jusqu'à ce que le dogme ait été nettement formulé.
Ces faits, et cas principes, qui sont ceux de tous les auteurs catholiques, méritaient d'être au moins rappelés par quiconque écrivant sur ces matières, possède un atome de connaissance de l'histoire, ou un scrupule de bonne foi.
Et sauriez-vous me dire, mon Père, pourquoi vous les avez passés sous un silence si profond que, dans toute votre irascible brochure, il ne s'en trouve pas un seul mot ?
Mais continuons :
Honorius, votre hérétique, meurt donc au milieu des larmes de son peuple et entouré de Tamour et de la vénération de l'Église entière ; les uns le comparent à saint Grégoire le Grand : plusieurs Églises lui décernent l'auréole de la sainteté : un saint martyr, qui l'avait connu, lui donne le nom de divin Pontife. Mais celui qui l'avait trahi pendant sa vie, attendait sa mort pour inaugurer la longue liste de ses calomniateurs.
A peine, en eflfet, Sergius eut appris la nouvelle de la mort du Saint-Père, qu'il lève le masque et publie, sous le titre d'Echtèse, un écrit, antérieurement composé, dans lequel il affirme hautement l'erreur
54 LE CHANT DU CYGNB GALUCAN.
d'une seule volonté, non plus seulement dans la nature humaine, mais dans la personne adorable de Jésus-Christ. Il le fait approuver dans un conciliabule, tenu en 638, pendant la vacance du siège pontifical, et le fait adopter par l'empereur Héracllus duquel il obtient, en même temps, de le transformer en décret obligeant les deux partis au silence.
Après dix-neuf mois de vacance, Séverin succède à Honorius, et pendant les deux mois de son rapide pontificat (640) il condamne l'Echtèse, et meurt victime de son courage à défendre la v^ité.
Ces temps sont terribles, mais grands : les crimes y sont affreux ; mais que de sublime énergie dans les âmes des saints et, surtout des souverains Pontifes, gardiens fidèles de la foi ! Il est beau de voir les luttes énormes où l'humanité tout entière, l'humanité fidèle, défend toujours son patrimoine de lumière par la voix de la papauté.
La porte sans cesse ouverte de l'exarchat de Ravenne avait laissé passer l'erreur monothélite en Occident. Jean IV (640-642), qui succède à Séverin, prémunit, l'Eglise occidentale contre le monothélisme naissant, condamne, à son tour, TEcthèse, et comme on commençait déjà à abuser du nom d'Ho* uorius, envoie à l'empereur et au monde sa complète apologie,
L'Ecthèse ayant été répudiée par les empereurs, Paulus, évéque intrus de CSonstantinople, y substitue un autre écrit nommé le Type, dans lequel il en renouvelle toutes les erreurs, et obtient de remperear Constant (648; l'adoption de cet écrit impie qui