CHAPITRE VI
Où la question d'Honorius se pose et se dépose : et où Ton voit que Topinion du P. Gratry est de beaucoup la plus unanime, parce qu'il est tout seul à la partager.
Mon cher Père, sauf le style, qui en est excellent, je l'avoue, et le ton qui est de forme assez courtoise, — pour la personne de votre interlocuteur, — votre petit livre ne vaut les quelques centimes qu'il coûte qu'à une condition que, certainement, vous ne contesterez pas : cette condition consiste à prouver ce qu'il avance, et à justifier les injures dont il éclabousse la presque unanimité des hommes.
Vous êtes très-fort en affirmation, mon Père, et je puis vous assurer, en toute conscience, qu'après vous avoir lu, j'ai d'abord été pris d'une terrible peur. Chez vous, et selon vous, tout est incontestable. Que le mot hérétique ait toujours été pris au Vile siècle, dans le même seiis où il est pris aujourd'hui : incontestable ; en douter serait une sottise . *
Quç le pape Honorius ait été condamné comme hérétique formel, par cinq Conciles, dont trois œcu^ méniques et trente-six Papes : incontestable ; pas dedifficulté.
Que les actes de ces Conciles nous soient parvenue
sans altération, et dans toute leur intégrité : incontestable ; cela ne souffre aucune objection.
Qu'Honorius ait écrit ex cathedra^ et pour définir un point de doctrine catholique : Incontestable; personne n'en a jamais douté durant six ou huit cents ans.
Qu'il ait écrit à toute l'Eglise les lettres à Sergius : et que cet écrit ait été condamné comme un écrit dogmatique et à cause des erreurs qu'il enseignait : incontestable; toujours selon vos assurances.
Que les Conciles œcuméniques soient infaillibles en matière défaits de cette espèce; et que le fait tout personnel de l'hérésie d'Honorius, parlant comme Pape, soit du nombre de ces faits dogçiatiques autour desquels s'exerce l'infaillibilité de l'Eglise : incontestable ; il n'y a rien à dire à cela.
Que les Conciles généraux oi se trouve le nom d'Honorius, aient été confirmés, quant à cette condamnation, par les Papes» qui, comme tout le monde le sait, peuvent restreindre leur approbation quand et comme ils le veulent, ainsi que cela eut lieu, notamment pour le Concile de Constance : incpntestable encore; cela est hors de question.
Que l'Eglise, dans ces temps, se crut le droit de <5iter un souverain Pontife à la barre d'un Concile c^uménique, de juger son enseignement comme docteur universel, et de le condamner comme tel : incontestable, toujours incontestable ; car, c à cette époque les Pape^, les Conciles œcuméniques, toute l'Eglise, n'avaient pas le plus léger doute sur la compétence des Conciles à condamner comme hérétique,