CHAPITRE SIXIÈME
A peine Son Excellence eut appris l'objet de ma visite : — Vous désirez donc étudier à fond la question du pape Honorius, M. Loyseau, me demanda-t-il?
— A fond, Monseigneur, non, pas précisément; mais au moins assez pour la connaître ; et je voudrais savoir les noms des principaux auteurs qui ont écrit sur cette matière, afin de juger, par moi-même, de la valeur de leurs raisons.
— Il n'y a que deux partis , mon cher ami, celui des accusateurs du Pape et celui de ses défenseur.^.
— Je sais cela, Monseigneur, mais quels sont les premiers ?
— Ce sont tous les opposants à la doctrine de Tinfaillibilité : Basnage, Dupin, Bossuet, et quelques autres modernes, en petit nombre, mais tous gallicans, et, sur ce point de doctrine, au moins suspects.
— Mais de théologiens non gallicans , d'historiens catholiques, de Pères de l'Eglise?
— Pas un, mon cher ami .
— Pas un ?
— Pas un.
— C'est peu, et du parti opposé, c'est-à-dire de ceux qui pensent que le pape Honorius, comme Pape, n'a point mérité la note d'hérésie ?
— Oh I mon cher, on peut dire sans exagération, que ce sont tous les auteurs catholiques à la presque unanimité. La liste en serait trop longue .
Seulement, vous saurez que, parmi les défenseurs du pape Honorius, on a cru devoir suivre trois voies diverses, dont chacune suffit pour dégager la papauté du reproche d'avoir enseigné l'erreur.
6Ô LE CHANT OU CYGNB GAIXICAN.
La première opinion, qui n'est pas la plus suivie, prétend que le pape Honorius a AûUi dans sa docK trtne« mais comme doctenr privé ; ce qui est parfai* tement possible, du consentement de i»*esqu8 tous les théologiens catholiques. Cette opinion est celle de Melchior Ganus, Toumely et Thomas&in. C'est le système le plu^ commode» mais le moins appuyé de raisons solides.
La seconde opinion, plus commune, est celle de De Marca, Combefis, Cabassut, Tamaguino, Gamier^ Noël Alexandre, Pagi, Gatti, Orsi, Catalano et grand nombre d'autres, qui affirment que le pape Honorius ne fat jamais hérétique, et n'enseigna aucune erreur; mais que seulement il se montra négligent à étouffejr à son début l'hérésie des monothélites, et qu'il fut condamné comme tel.
Enfin, le sentiment, selon moi le plus pi*ohable, est celui qui pense qu'Honorius fut exempt non-seulement d'hérésie, mais encore de toute négligence. £t ce sentiment est appuyé de grands noms, et de raisoxus qui ne sont pas à mépriser. Parmi ceux qui le défendent de la sorte, se trouvent au moins deux oratoriens, le vénérable Baronius et Marchesi, Albert Pighi, Papebroch, Bartolo, Speroni, le P. Pétau, Berti, Lupo, Turrecremata, Bellarmin, Boucat, Sylvius, Zaccaria, Ughi, et cent autres théologiens ou historiens des plus considérables.
— Mais, Monseigneur» IL me semble que ces noms* sont ceux de tout ce qui est saint et savant (ians le monde catholique. Pourquoi donc le P. Gratry, n'ea cite-t-il aucun, et donne-t-il les faits qu'il allègue et