‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 84 sur 180 · CHAPITRE HUrrtÈME, S · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUrrtÈME, S

qu'elle avait été créée avant le péché et non celle que le péché avait viciée.,.; car, ajoute-t-il, en notw Sauveur, il n'y a point eu la loi de la concupiscence ni de volontés diverses ou contraires ^ •

Je pense, mon cher Père, que vous ne serez pas fâché d'entendre, sur cette question, l'opinion d'un homme, assurément beaucoup plus compétent que moi, et quî a traité cette matière avec une rare supériorité : voici comment, au sujet. du texte que jeviens de vous rapporter, l'auteur que je vous indique s'exprime :

« Ces expressions, parfaitement claires en elliMr* mêmes, ne sont pas susceptibles d*un sens autre que celui que nous avons indiqué plus haut. Mais lums devons de plus citer,* en confirmation de ce que nous venons de dire, l'autorité de saint Maxime, martyr et intrépide défenseur de la foi catholique contre le inonothélisme, (il subit le martyre par les ordres^e Tempereur monothélite Constant). Or voici, telle que nous la donne saint Maxime, l'explication du sens exprimé par les paroles du pape Honorius. Nous Textrayons, en partie d'une lettre de saint Maxime au prêtre Marin, et en partie de la dispute que le même saint martyr soutint contre Pyrrhus. Oe sont les faits dans toute leur exactitude, et leur simple exposition va jeter un grand jour sur la question.

€ Lorsque le^s monothèlltes eurent r^ndu en

1. Quia profecto a divinitate assumpta e«t ttostr»' »stoâ, Boaeolpa; ilia profocto quse ante peeoatum creata esi, non quse post praevaricationem vitîata... Nam lexalia în membris, attt TotuntAs <fiTèn8ft noaMt. ^<l oootraria solratdru-- V. Pei^ 00MU T. Il ; p. Ji, fLoixx» 184}. et BaUerini, De yi et ratione primatus, etc. p. 281, suîv. Romse 1849'.

84 LE CHANli DU CYGNB GALLICAN.

Orient» et particulièrement à Gonstantinople, te j)ruif que le pape Honorius, dans ses lettres à Sergius, avait enseigné et approuvé leur doctrine» l'abbé Anastase vint à Rome, pour se procurer des éclaircissements à ce sujet. Il rencontra à Rome l'abbé Jean» qui avait été scribe d'Honorius, ou plutôt (selon nous) qui avait été auprès de ce Pape ce que nous appellerions aujourd'hui secrétaire des lettres latines. Jean avait conservé les mêmes fonctions sous le court pontificat de Jean IV, qui fut créé Pape deux ans après la mort d'Honorius. Entre Honorius et Jean IV le Saint-Siège n'avait été occupé que par un seul Pape, le pape Séverin, dont le pontificat encore plus court, ne dura que trois mois. L'abbé Jean fut donc interpellé sur le sens des lettres écrites par Honorius au patriarche Sergius, touchant l'unique volonté eu Jésus-Chiist, professée par ce Pape. L'abbé Anastase reçut pour réponse : qu'Honorius avait voulu parler de Tunique volonté de Jésus-Christ considérée par rapport à la nature humaine parfaite, et qu'il avait voulu simplement exclure de Notre-Seigneur la volonté produite en l'homme par le péché, puisque le Verbe n'a point assumé la chair humaine telle quelle est après le péché d'Adam, mais telle quelle était avant C6 même péché. Honorius, par conséquent, en professant une volonté en Jésus-Christ, n'avait point exclu la volonté du Verbe, mais seulement la volonté de la chair corrompue.

» Le pape Jean IV, lui aussi, donne ce môme sens au texte d'Honorius, dans une lettre adressée à l'empereur Constantin, flls aîné d'Héraclius et qui avait

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succédé à son père Taa 641. Personne ne pouvait mieux connaître le sentiment d'Honorius i^ue Jean IV, qui, après un intervalle de deux ans seulement, se trouvait le remplacer sur la chaire de saint Pierre, et de plus avait aussi à son service l'abbé Jean, Tex-secrétaire de son prédécesseur. Or, non-seulement Jean lY défendit Honorius contre ceux qui accusaient ce dernier de monothélisme, mais il voulut encore expliquer les expressions qui avaient donné occasion de formuler une pareille accusation contre ce Pontife. Observons en même temps, que le pape Jean IV connaissait si bien Terreur monothélite, qu'il la condamna dans un synode réuni par ses soins à Rome.

» Assurément, le sentiment d'Honorius, touchaiit la doctrine des deux volontés et des deux opérations en Jésus-Christ, devait être beaucoup mieux connu de Tabbé Jean et du pape Jean IV que de n'importe qui, et ces deux personnages ne se seraient point portés défenseurs d'Honorius, si celui-ci eût vraiment enseigné le monothélisme dans ses lettres à Sergius. Ces lettres, d'ailleurs, étaient conservées tant dans les archives de l'Eglise romaine que dans les archives de l'Eglise de Constantinople. Cette circonstance rendait par conséquent impossible qu'à Rome Jean IV et l'abbé Jean soutinssent une fausseté que Pon aurait pu si facilement découvrir en produisant les lettres d'Honorius conservées à Cens* tantinople K >

1. Les Conciles g^n^raux, par Vincent Tizzani, archetèqae de Niiôbe ; Rome, 1867 ; T. 1, p. 389 et suiv.

Vous le voyez déjà, mon Révérend Père, les deux conséquences immédiates que nous pouvons déduire de ce texte du docte Mgr Tîzzani, sont lo qu^on peut parfaitement soutenir la thèse du fait que le pape Honorius n'a point enseigné l'hérésie; et 2* qu'on peut parfaitement aussi la prouver.

£t^ en effet, tout ce que je vois qui ressemble à une définition dogmatique dans les lettres du pape Honorius consiste dans ces deux affirmations aussi catholiques Tune que Tautre : la première établissant, en Jésus-Christ, deux natures opérant chacune ce qui lui est propre, et la seconde définissant l'unité de volonté humaine, exécutant la volonté divine, sans se •confondre avec elle ; mais en communion parfidte, sans résistance et de point en point.

D'autres ont cherché, comme moi, et, comme moi n'ont rien trouvé de plus, et vous-même, mon bon Père, qui avez dû les lire, ces fameuses lettres, puisqu'elles font partie des actes du VI« Concile, vous liriez bien bon de nous apprendre ce qu'elles coûr tiennent d*hérétique, et d'y signaler une seule erreur : s'il y en a, ce n'est pas difficile, et j'ignorô vèflta- •blement pourquoi vous ne Tavez pas fait.

C'est, avouez-le, pour le moins singulier que, depuis douze cents ans, personne n'ait encore apporté le plus petit texte à l'appui de cette vieille assertloû .* Le pape Honorius a été hérétique, — et que nous puissions, nous, vous porter le défi solennel de nous tournir une preuve qu'il ait erré en matière de foi, tktm seulement dans amdé&nîtion dogmatiqoie oiai» i&êiae 4ans son enseignement comme docteur privé. Avex-

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VOUS donc cru la receyoîr par révélation, cette preuve ? Seriez-vous sujet à ce genre d'infirmité, mon pauvre Père? MéfleÉ-vaus : n'a pas des révélations qui veut.

J'avais envie de vous citer une masse de témoignages fort respectables de gens avantageusement connus dans le monde théologique, pour vous faire voir que tous ceux qui ont étudié la question affirment que la doctrine du pape Honorius est toujours restée pure ; mais je me contenterai de vous en rappeler deux ou trois.

Mon premier témoin est un saint et savant prélat, que jô vous nomme vokm tiers, parce que je me souviens que vous Taimiez tendrement autrefois ; voici comment il s'expnme :

« En" présence des passages que nous avoifô empruntés ci-dessus à ces lettres d'Honorius, il nous est impossible de comprendre ccmime&t on pourrait le condamner comme hérétique. Toutefois, c'est bien la vérité qu'exprime Léon II, quand il écrit aux Evêques d'Espagne que, bien que le pape Honorius ne soit pas tombé dans Fbérésie des monothélites, il n*est cependant pas exempt de faute, parce que, ditil, il n'a pas éteint, comme il était du devoir de l'Autorité apostolique, la flamme naissante d'un dogme hérétique, mais qu'il Ta entretenue par sa négligence : Flammam hœretiçi dogmatis non^ ut doeuit apostolieam Auctoritatem^ incipténtemy extinxit sêd negligendo confovît. il devait, dès le principe, retrancher Terreur, et c'est sous ce rapport qu'il a manqué. *

CTest ainsi que parle saint Alphonse de Liguori,

SS LE CHANT DU CYGNE GALUCAX.f

dans Touvrage que notre Saint-Père le Pape vient de recommander à l'occasion du Concile.

Vous le voyez, mon Révérend Père, saint Alphonse de Liguori ne partage pas tout à fait votre opinion, et dans les lettres d'Honorius, ne découvre non plus aucune trace d'hérésie.

Il vous faut plus, — je ne vous dis pas mieux ; — voici encore ce que pense et déclare sur ce sujet un autre évêque, bien vivant, que vous eussiez pu consulter, 0t qui ne doit pas vous être suspect; c'est Mgr Ginouilhac, évêque actuel de Grenoble, répondant à ceux qui, pour défendre le pape Honorius du crime d'hérésie dont vous l'accusez, recouraient à la thèse, assurément très-probable, des interpolations : € Ni la foi catholique, > dit ce Prélat, • ni la doctrine de l'infaillibilité du Pape définissant ex cathedra^ ni même la foi personnelle d'Honorius ue réclament impérieusement cette sorte de moyen de défense (la thèse des interpolations).

• l^ La foi catholique : parce que les lettres d'Honorius n'ont pas été adressées comme règles de foi à toute l'Eglise, et qu'elles ont été inconnues non-seulement en Occident, mais même en Orient, par la plupart des Évoques, avant le Concile de Constantinople.

» 2° La doctrine de V infaillibilité du Pape définissant ex cathedra : parce que ces lettres ne sont point des lettres dogmatiques et qu'Honorius y déclara formellement ne vouloir rien définir sur la question soulevée.

» 3 ° La foi personnelle d'Honorius : parce que, quoi

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