‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 87 sur 180 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

tique, au VII' siècle, pouvait être et était réellement pris dans un sens autre que celui qu'il reçoit aujourd'hui.

Comment, mon Père, vous avez fait un livré sur la logique, et vous n'avez pas trouvé cela tout seul; à quoi donc vous sert-elle, la logique? pour les autres?

Or, cette petite recherche du sens du mot héré- ^igrue, que j'admets par complaisance, avoir été appliqué au pape Honorius, nous allons la faire ensemble» mon cher Père, et vous verrez qu'elle suffit, même à votre point de vue, pour éclairer tout le procès. Car enfin, si nous découvrons que ce mot signifiait toujours alors ce qu'il signifie aujourd'hui, c'est-à-dire un homme croyant avec obstination une erreur opposée à une vérité révélée que l'Eglise nous propose de croire, je reconnaîtrai humblement mes torts et chercherai un autre moyen de sortir d'embarras. Mais de même, si le mot Tiéréeiqice peut s'entendre dans un autre sens, acceptable même par ceux qui croient à rinfaillibilité pontificale, en ce cas, vous avez trop de bonne foi pour ne pas le reconnaître aussi, et confesser que votre propre argumentation ne vaut rien. Cherchons donc.

Je cherche d'abord dans la sainte Ecriture et j'y vois ce terrible mot pris dans un sens qui n'est pas clairementdéterminé. Saint Paul semble même presque le prendre en bonne part, puisqu'il nous apprend qu'il appartenait lui, l'Apôtre, à la secte des pharisiens, très-Aspectée parmi les juifs, ce qui n'empêchait pas qu'on la nommât hérésie; les pharisiens étaient donc des hérétiques dans le langage hébreu. Mais, cepen-

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dant, je vous Tavoue, je crois que cette qualification ne devait pas d'ordinaire être prise en bonne part.

Vous devez savoir, mon Père, que la langue ecclésiastique ne s'est pas formée du premier jour. Le sens d'une quantité de mots s'est précisé peu à peu. Même daps les matières les plus importantes» le langage théologique a eu besoin de se préciser : et, pour n'en citer qu'un seul exemple, en parlant du dogme de la sainte Trinité, avant saint Hilaire, les Pères euxmêmes employaient souvent des termes que nos habitudes de langage ne supporteraient plus aujourd'hui. Jusqu'à l'apparition du Protestantisme, les mots adororer, adoration^ adorable y se sont pria dans une acception vague qui voulait dire honorer d'une manière plus particulière et plus tendre, ce qu'on ne peut plus admettre maintenant que la théologie scholastique, et les malicieuses interprétations des hérétiques ont forcé le langage chrétien à réserver ces pieuses hyperboles uniquement et exclusivement pour exprimer le culte dû à Dieu.

Or, il paraît que le mot hérétique, lui aussi, a subi dans l'histoire d'assez nombreuses vicissitudes.

Comme ni vous ni moi ne sommes, à ce qu'il paraît, très-versés dans l'étude des temps anciens et dans la terminologie ecclésiastique des iM^emiers siècles, force nous est> mon Révérend Père, de consulter ceux qui ont fait ces recherches avant nous et pour nous : il est, entre autres, un auteur de la fin du siècle dernier que vous pouvez lire avec intérêt et avec fruit sur cette matière, qu'il a doctement traitée. Je veux parler de l'italien Bolgeni.

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