CHAPITRE DIXIÈME
€ Nous nous sommes fait lire ■ au lieu de : f relisant; • vous traduisez : • les lettres (de Sergius) suivant les fauses doctrines > par • la lettre d'Honorius conforme aux fausses doctrines, » vous rendez le mot : omni modo qui veut dire € de toute manière » par i sous tous les rapports ; » et tout cela dans neuf petites lignes de votre brochure; vous concevez que cela ne rassure pas du tout le lecteur.
Et en effet, mon Père, votre traduction de la fin de ce texte a confirmé toutes mes appréhensions et me révèle de votre part un aveuglement phénoménal; en prenant même le petit fragment de citation tronquée et intervertie qu'il vous a plu de nous servir, je trouve 1° que tandis que le Concile vient de se servir du mot décrété au sujet des hérétiques Sergius et compagnie, il se sert du terme nous avons été d'avis lorsqu'il s'agit de la condamnation d'Honorius. 2** que la fin du texte indique avec une évidence palpable le genre de délit qu'on reprochait au Pape et qui était de s*être conformé aux vues de l'hérésiarque, d'avoir « suivi ses intentions; » tandis que vous ne craignez pas de traduire d'avoir € suivi en toutes choses la même doctrine, » ce qui, mon Père, même pour un académicien, est véritablement bien fort.
Au reste, si vous croyez que j'invente, je vous citerai mon auteur qui savait le grec et le latin aussi bien que vous et mieux que moi : c'est tout simplement le pape Grégoire XVI, qui traduit ce texte de la manière suivante: • Parce que nous avons reconnu dans sa lettre à Sergius, qu'il a consenti ^ses vues et à ses intentions (bien qu'il en ignorât le but; le
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mysMri de l'fa^^ésîe loi ajeut éié cadié sous le ToUe d'un 2èle orthodoxe) et qu'il a coaârmé les doctriuâs impies, (par le silence qu'il a imposé) ^ »
Entre «s ^k)eteur et vous, mon cher Père, malgré tout le respect que je tous porte, j'ai cru ne pouvoir pas hésiter un instant
Ainsi, le sens évident du Concile de CoDstantinople, même en se servant des lambeaux que vous nous en donnez» est : Noua avone lu les lettres de Sergius et la lettre d'fionori«s, les premières sont hérétiques et la seconde a le tort de pactisa avec ces fausses éoo trines ; en conséquence de quoi, nous décrétons de retrancher de TËglise et nous ptMionçons l'anathème contre Sergius et ses adhérents qui professait des choses contraires à la vraie foi, et nouswmmes d'avis de rajer également des dyptiques et d'auathèmatiser Honorius qui a suivi les intentions de Sergius et a^ (k)nné autorité à sa doctrine impie.
Et à ]a place de ce sens, le seul raisonnable etrésultant évidemment de la lecture des textes, voua avez, mon Père, l'étrange courage de bâtir sur quatre contrensens efirayants la formule suivante : Nous avons trouvé la lettre (1" contre-sens) d'HoncMins absolument contraire aux dogmes apostolk|ue&. Nons la rejetons sous tom les rapports et nous l'exécrons (2»«contpe-«ensàdjwix ooups); nous avons, en outre, rejeté f^^ contre^seus) Honorius de la sainte Eglise, parce que nous avons reconnu qu'il avait suivi £h tmitê ûhose (4^ contre-sens) la doctrine de âengi^a-
1. Mauro €appellari. Il Trionfo délia S. Sede, etc., éd. Venet, 1832, page 420,
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Mon Révérend Père, s'il s*agissaitd'un autre, je dirais qu'une pareille traduction est un acte ou de prodigieuse ignorance ou de suprême mauraise foi. Je ne vous suspecte ni de l'un, ni de l'autre, mais quand TOUS s^^ez redevenu calme, vous rougira en songeant jusqu'à quel excès vous a pft ccmduire l^emportement delapftssion.
Comme cette affaire est très-grave, mop Fère, 0t que nous prétendons n'y pas apporter la même légèreté que vous , nous avons fait réflexion que les actes du VI^ CxM^Ie ayant été rédigés en grec, il serait utile d& voir dafts le texte original, en supposant qu'il n'ait pas été interpolé , si votre traduction y pouvait être conforme. Nous avons donc prié des gens très^licHtnêtes et très-ccmipétents, de procéda à cette vérification, et nous vous affirmons que leur version contredit de tous points la v&tre. Les hellénistes pourront s'en assurer par eux-mêmes, en lisant la note ci-dessous, dont l'intelligence dépasse notre petit bags^ de linguistique \
I. Le teste oiiginal grec, ait seolement : « Pance que noM af«ss reconnu par 5a lettre àSergius (la l*^*) qn*il s^était entidr^Quent cfmîùrmé A la pensée de celui -ci, et avait donné mitarilé à •» doctrine impie. »
îc«i tA ot&roO flc9i6n TCfjptâvœ^x 96yy.(XTa. Le sens du grec est évidemment que la lettre d'Honorius a servi les desseins et donné crédit à.lliérésie de Serglus, ce qui est hors de doute ; mais on ne peut, en aucun cas, traduire ce texte par « il a suivi en tontes choses la même doctrine. » T^faim n*a jamais eu ce sens.
Somme toute, mon très-Révérend Père, en laissant de côté vos intentions dont vous n*aurez de compte à rendre qu'à Dieu, et en acceptant les actes conciliaires comme intègres et les lettres d'Honorlus comme authentiques, je vous accuse, même dan cette hypothèse, d'avoir commis une falsification manifeste, dans le but de faire croire au public que Tanathème fulminé par le VI« Concile contre les écrits du patriarche Sergius, coupable, était destiné à la tête d'Honorius innocent.
Je vous accuse d'avoir travesti' odieusement même les textes que vous alléguez à Tappui de votre acte d'accusation ; d'y avoir ajouté des paroles injurieuses de votre invention, et d'en avoir supprimé d'autres nécessaires à l'intelligence du texte et à la défense de l'accusé.
En d'autres termes, et preuves en main, tout en admettant que vous n'ayez pas eu la volonté de le
Au reste, Tacte final du Concile, ft la dernière session, explique très -clairement le sens que les Pères ont entendu attacher à leur condamnation ,• et rend absurde et impossible la traduction donnée par. le R. P. Gratrj. « Nous anath^ma-
tisons, X» disent-ils a et, avec eux Honorius, qui fut évdque
de Tantique Rome, pour leur avoir servi en cela. » Kat <n>v avToiç... wç èxE^voiç èv tovtoiç àxoXouÔiQo-avTa. C^est là, évidemment, le dernier niot du Concile, qui, comme on voit, reproche à Honorius, non d'avoir prêche Thérësie; mais simplement d*avoir contribué par ses lettres, volontairement ou involontairement, à la propagation des nouveautés hérétiques : et ainsi, n'étant pas condamné comme hérétique, il est évident pour tout honmie de bonne foi que Torthodoxie de V enseigne" ment du Pape n'est pas attaqué le moins du monde par le Concile.